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Dans un monde en expansion démographique, en crise financière et en recomposition économique, comment s’articulent les rapports de force, quels facteurs fondent la puissance ? Dans un univers stratégique qui a banni les guerres régulières (1) et dont les combats se déroulent au milieu des populations avec des moyens souvent improvisés, quel rôle joue la supériorité technologique et logistique ? Sur une planète dont les États n’ont plus le monopole de la violence armée et ne sont plus, tant s’en faut, les seuls entrepreneurs de violence, pourquoi des arsenaux de supériorité stratégique ? Dans une société mondiale où l’émotion omniprésente asservit l’information, submerge les rationalités, déconstruit les déterminismes et altère les logiques stratégiques, à quoi servent les concepts et les doctrines stratégiques ? Ces questions centrales qui minent la réflexion stratégique moderne pourraient faire douter de la pertinence du désarmement et même permettre d’affirmer que cette exigence a enclenché un cercle vicieux qui a accéléré la transformation de la guerre et l’a libérée de sa rationalité (2)Lire la suite

C’est un contexte stratégique favorable qui a permis d’enclencher un nouveau cycle d’activité du désarmement, non seulement en matière nucléaire mais dans bien des négociations multilatérales.

Il y a cinquante ans, on le voit sur la page précédente, les questions d’armes secrètes et de stratégie nucléaire faisaient la Une de la RDN. Il a semblé intéressant à la rédaction de rappeler également comment à cette époque, c’était le 15 février 1963, à l’occasion d’une inspection des institutions de l’Enseignement militaire supérieur, le général de Gaulle exposait les conséquences que la France devait tirer du fait atomique pour l’organisation de sa défense. Lire la suite

p. 13-14

Perspective stratégique

La France a été un des pays pionnier du désarmement depuis les origines, une activité qui fut épisodique mais qui s’exerce désormais principalement dans le cadre européen. Sa posture nucléaire apparaît pourtant souvent comme conservatrice.

Dans ce texte panoramique, Pierre Viaud nous présente l’ensemble des contributions qui constituent cet ouvrage, à la fois les perspectives actuelles du désarmement et le long cheminement qui a conduit à le définir, le structurer, l’organiser et in fine le négocier. Cette vision d’ensemble permet de comprendre cette exigence ancienne et son retour en force dans les relations internationales.

Trop réticente à l’égard des discussions sur le désarmement nucléaire et trop affirmative en ce qui concerne sa dissuasion, la France adopte une attitude qui pourrait l’éloigner de ses partenaires européens et l’isoler sur la scène internationale. Les lignes de forces apparues lors de la dernière conférence d’examen du TNP et la ligne de plus grande pente nucléaire de la plupart des pays européens de l’Otan montrent les risques pour notre pays d’un jeu à la fois trop fermé sur le plan diplomatique et insuffisamment prospectif sur le plan stratégique.

Cette vaste réflexion révèle que l’entreprise du désarmement compose avec les réalités politiques, industrielles et technologiques, et laisse aux hommes une marge de manœuvre suffisante pour en orienter les efforts et en aménager les contraintes. Ainsi en va-t-il de la prolifération et de la dissuasion en 2010, année marquée par un vrai cycle de réflexion nucléaire.

Mémoire stratégique

Revues - Rapports

Recensions

Venance Journé (ss dir.), Commission sur les armes de destruction massive : Armes de terreur - Débarrasser le monde des armes nucléaires, biologiques et chimiques  ; L'Harmattan, 2010 ; 250 pages - Alain Joxe

Ce rapport, favorable au désarmement total des armes NBC, issu d’une Commission indépendante, d’initiative suédoise, signé à l’unanimité par ses quatorze membres spécialistes civils ou militaires du désarmement, venus de tous les continents, fut publié en 2006 dans toutes les langues, sauf en français, ce qui fait partie du sujet. Lire la suite

p. 187-189

Jean-Pierre Chevènement : Désarmement, non-prolifération nucléaire, sécurité de la France  ; rapport d'information du Sénat n° 332, 2010 ; 250 pages - Maxence Gille

Quelle doit être la posture de la France en matière de stratégie nucléaire ? C’est à cette épineuse question que tente de répondre ce rapport d’information du 24 février 2010 réalisé par Jean-Pierre Chevènement au nom de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, dont il est l’un des vice-présidents. Lire la suite

p. 189-191

Joseph Henrotin : La technologie militaire en question. Le cas américain  ; Économica, 2008 ; 300 pages - André Dumoulin

Quelle peut bien être l’empreinte de la technologie dans la stratégie militaire contemporaine ? Telle est l’interrogation déclinée magistralement par un auteur fin connaisseur à la fois du monde militaire, des atouts et contraintes de la technologie et de la complexité des doctrines opératoires. C’est la conjugaison « guerre et technologie » qui sert ici de base à une analyse des rapports complexes entre le matériel et la pensée, l’homme et la machine dans le champ du militaire. Joseph Henrotin nous fait voyager dans la complexité de la Transformation, de la Révolution des affaires militaires (RAM) aux réseaux centriques, de l’informatique au Quadriennal Defense Review, de la digitalisation du champ de bataille aux opérations autres que la guerre, des nanotechnologies au swarming, de la boucle OODA au « système des systèmes ». L’auteur a cette faculté de montrer combien la technologie ne peut être l’unique réponse aux enjeux militaires et stratégiques et qu’il faut dissocier victoire militaire et victoire politique ; les exemples irakiens et du Kosovo étant des plus éclairant à cet égard. Le piège est là. La techno-guérilla, la guerre asymétrique, le leurrage, le terrorisme, les hackers, la guerre informationnelle et la propagande sont quelques-unes des réponses à la supériorité technologique occidentale focalisée sur le niveau tactique, en oubliant la recherche de la victoire politique. Lire la suite

p. 191-193

Bruno Tertrais : La guerre  ; Puf n° 3866, 2010 ; 130 pages - Pierre-Dominique Ornano (d')

La guerre, à ne pas confondre avec De la guerre, est un opuscule de vulgarisation dont la collection « Que sais-je ? » a le secret. Sous un volume d’un coût réduit on trouvera « clarté, simplicité, synthèse ». L’ouvrage de Bruno Tertrais ne déroge pas à la règle. En moins de 130 pages, petit format, le lecteur raisonnablement érudit, aura tôt fait de survoler l’essentiel de l’histoire et de l’évolution d’une des activités majeures de l’humanité, s’étriper. Descriptions et faits l’emportent largement. Quant aux raccourcis approximatifs et aux quelques prévisions hasardeuses, le spécialiste voudra bien les mettre au rang du simple souci de faire bref et de ne pas encombrer par des subtilités. Lire la suite

p. 193-194

Paul Villatoux : 6 août 1945 - Hiroshima  ; L'esprit du Livre, 2009 ; 96 pages, 125 photos - Alexandre Alexieff

L’histoire du Projet Manhattan est traitée avec brio par Paul Villatoux, docteur en histoire et spécialiste en histoire militaire. Le grand intérêt du livre est qu’il replace ce projet dans son contexte historique. L’auteur décrit les origines de l’arme nucléaire et donne les raisons de sa réalisation. Cette arme allait régir le monde et la géopolitique de l’après-guerre pendant près de quarante-cinq ans, évitant tout affrontement armé direct entre les deux superpuissances issues de la Seconde Guerre mondiale. Lire la suite

p. 195-195

Revue Défense Nationale - Été 2010 - n° 732

Favourable strategic circumstances have led to renewed activity in disarmament, not only in matters nuclear but also in numerous other multilateral negotiations.

From the beginning, France was one of the pioneering countries in the field of disarmament, an activity that occurred from time to time and now happens mainly in a European framework. However, France’s nuclear posture often seems conservative.

In his wide-ranging overview, Pierre Viaud offers contributions from many sources, which include current perspectives on disarmament and the lengthy paths that have led to its definition, structure, organisation and, of course, negotiation. This overall picture enables us to understand the intractable difficulties of disarmament yet also its return in force to international relations.

Too hesitant when it comes to discussions on nuclear disarmament and too assertive concerning deterrence, France takes a line that could distance it from its European partners and isolate it in the wider world. The main themes that came up during the latest NPT Review Conference and the nuclear line of greatest slope taken by most of the European NATO countries showed the risks for our country of playing a game that is both too exclusive at the diplomatic level and not forward-looking enough on a strategic plane.

This wide-ranging study reveals that the business of disarmament is a compromise between political, industrial and technological realities, but that it leaves human beings with sufficient margin of manoeuvre to be able to direct their efforts and mitigate constraints. This is how things currently stand on the issues of proliferation and deterrence in 2010, a year in which there is a real nuclear debate.

Book reviews

Venance Journé (ss dir.), Commission sur les armes de destruction massive : Armes de terreur - Débarrasser le monde des armes nucléaires, biologiques et chimiques  ; L'Harmattan, 2010 ; 250 pages - Alain Joxe

Jean-Pierre Chevènement : Désarmement, non-prolifération nucléaire, sécurité de la France  ; rapport d'information du Sénat n° 332, 2010 ; 250 pages - Maxence Gille

Joseph Henrotin : La technologie militaire en question. Le cas américain  ; Économica, 2008 ; 300 pages - André Dumoulin

Bruno Tertrais : La guerre  ; Puf n° 3866, 2010 ; 130 pages - Pierre-Dominique Ornano (d')

Paul Villatoux : 6 août 1945 - Hiroshima  ; L'esprit du Livre, 2009 ; 96 pages, 125 photos - Alexandre Alexieff

Revue Défense Nationale - Été 2010 - n° 732

Dans un monde en expansion démographique, en crise financière et en recomposition économique, comment s’articulent les rapports de force, quels facteurs fondent la puissance ? Dans un univers stratégique qui a banni les guerres régulières (1) et dont les combats se déroulent au milieu des populations avec des moyens souvent improvisés, quel rôle joue la supériorité technologique et logistique ? Sur une planète dont les États n’ont plus le monopole de la violence armée et ne sont plus, tant s’en faut, les seuls entrepreneurs de violence, pourquoi des arsenaux de supériorité stratégique ? Dans une société mondiale où l’émotion omniprésente asservit l’information, submerge les rationalités, déconstruit les déterminismes et altère les logiques stratégiques, à quoi servent les concepts et les doctrines stratégiques ? Ces questions centrales qui minent la réflexion stratégique moderne pourraient faire douter de la pertinence du désarmement et même permettre d’affirmer que cette exigence a enclenché un cercle vicieux qui a accéléré la transformation de la guerre et l’a libérée de sa rationalité (2).

Pourtant la régulation des tensions de la planète résulte toujours d’une dialectique évolutive entre armement, pour dissuader la guerre ou la gagner, et désarmement, pour amorcer la paix et garantir des équilibres suffisants. Mais comme la période actuelle est celle de forts déplacements géostratégiques, faudrait-il en déduire que les inévitables champs d’affrontement vont migrer hors des zones structurées par les arsenaux et les expériences militaires, zones aujourd’hui juridiquement soumises à l’interdiction de la guerre et à la contrainte du désarmement et de ses vérifications ? C’est à la fois possible et partiel.

Possible car il y a encore des espaces mal administrés offrant des champs vierges aux compétitions de puissance et où dissuasion et action peuvent se combiner pour créer des rapports de force favorables, l’espace océanique, sidéral, informatique, normatif, monétaire…

Partiel car dans bien des cas, les questions de frontières, d’incompatibilités ethno-économiques, de sécurité régionale, de compétition stratégique servent toujours à justifier des courses aux armements pour conduire ou dissuader les prédations et les vengeances, défendre les intérêts de peuples vulnérables et d’États fragiles ou soutenir des projets de puissance.

Peut-on dire dès lors, que le désarmement ne s’imposerait au fond qu’à quelques grands acteurs étatiques suspectés d’avoir accumulé des instruments de supériorité stratégique pour échapper aux contingences extérieures et préserver leur liberté d’agir ? Peut-on affirmer qu’il a aussi une portée universelle, à tous les niveaux et dans tous les espaces de conflictualité ? Que la retenue stratégique et tactique doit aujourd’hui s’imposer pour préférer les atouts de la médiation collective au choc toujours aléatoire des armes, au motif qu’elle est certes génératrice de vertu mais surtout productrice d’économie des forces. Voilà un bon sujet de réflexion à la fois éthique et stratégique.


(1) La fin des guerres majeures sous la direction de Frédéric Ramel et Jean-Vincent Holeindre ; Éditions Irsem/EHESS/Économica, juin 2010.
(2) Voir « Le cercle vicieux stratégique », réflexion problématique publiée dans la RDN en décembre 2003.

Jean Dufourcq

Octobre 2019
n° 823

L'importance stratégique des Outre-mer

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