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Derrière la crise de la gouvernance mondiale que tout le monde déplore, il y a le spectre de l’impuissance généralisée. Et derrière celui-ci, il y a la réalité d’une complexité telle qu’elle affecte désormais tous les systèmes nationaux et internationaux. L’absence d’instance collective de contrôle conduit à les déréguler, les distordre et finalement à les dévaluer pour tenter de les maîtriser. Les premières victimes en sont les États fragiles, les institutions internationales et une certaine pratique de la négociation et du multilatéralisme. C’est dans un monde à l’architecture instable et à l’éthique fluctuante que nous devons garantir la sécurité de la France, défendre ses intérêts et exercer ses responsabilités. Lire la suite

Une dualité stratégique s’installe sous nos yeux, celle des espaces fluides et celle des espaces solides ou   rugueux. Cette réflexion à deux voix ouvre des pistes et esquisse une nouvelle axiomatique stratégique. 

On voit bien qu’émergent progressivement de la mondialisation, de ses risques, de ses enjeux et des possibilités qu’elle ouvre une nouvelle dualité et un nouveau champ de repères. Elle s’ordonne de façon de plus en plus nette selon deux axes distincts pour réguler les compétitions dans les espaces distingués ci-dessus, « le fluide et le solide », « le fluide et le strié » voire « le fluide et le rugueux ». Elle doit désormais sous-tendre une double stratégie de sécurité de la France en Europe. Car dans ces deux espaces, les tensions se manifestent et se développent différemment. Les vulnérabilités à protéger, les défis à relever, les atouts à promouvoir y diffèrent sensiblement. Mais si les antagonismes, coopérations, moyens et tempos d’action privilégiés sont distincts, les stratégies de défense et appareils militaires associés doivent y faire face avec une égale efficacité. Lire la suite

p. 8-8

Cette analyse méthodique de la notion d’ennemi appliquée à la France d’aujourd’hui permet de valider le   fait qu’elle ne s’en connaît pas. Deux tendances pourtant peuvent l’inquiéter, la montée en puissance chinoise   et la radicalisation politique de l’Islam qu’il faudrait bien se garder de faire converger dans une posture   critique. Pour cela, évitons d’être enrôlé dans un jeu externe et préservons nos moyens militaires.

En 1980, la jeune revue Stratégique publiait un article où Lucien Poirier annonçait, non sans appréhension, le règne du « Tout qui n’a pas de nom ». Par cette merveilleuse formule il désignait le magma indistinct dans lequel il voyait les nations, peu à peu, se dissoudre. Comme il en va souvent des bons mots, celui-ci dépassait l’intention de son auteur et le Tout qu’il suggérait est « plus total » qu’il ne l’imaginait. Sur l’objet qu’il scrutait, il avait raison : la puissance des nations a perdu les repères que nous lui assignions et on peinerait à définir le domaine où elle puisse encore s’exercer. Lire la suite

L’Europe vulnérable ?

On trouvera ici un tour d’horizon des vulnérabilités de l’Europe traitées dans ce numéro : les défis que  posent la démographie, la finance, la défense, la criminalité et l’énergie ; la problématique du refus voire de la rupture de la puissance européenne en préparation des Assises nationales de la recherche stratégique  2012.

Cette radiographie précise de la population européenne rapportée à la démographie mondiale révèle un continent contrasté dans ses différents espaces mais relativement stable et confortable même s’il vieillit sensiblement et s’hybride passablement.

En prenant conscience que les marchés sont devenus un espace stratégique, on mesure à quel point les pratiques  financières transversales actuelles ont confisqué au profit de quelques-uns qui se criminalisent les clés de l’entreprise européenne et limité sa liberté d’action. Le retour des prescriptions locales pourrait être brutal. 

La crise actuelle offre une occasion à saisir de construire une Europe de la défense indispensable à notre autonomie  et notre influence stratégique. Il faut cesser de se reposer sur une protection militaire américaine de plus en plus relative et même aléatoire, de développer des solutions hasardeuses et des modèles importés. 

L’Europe et les États qui la composent sont encore trop souvent aveugles aux avancées du crime organisé et  de la criminalité en col blanc. Pourtant ces deux phénomènes criminels indissociables érodent en profondeur le fonctionnement des institutions démocratiques ainsi que des marchés économiques et financiers.

L’Europe dépend largement des énergies fossiles pour son développement. Elle a également une conscience aiguë des enjeux climatiques. En prenant l’exemple des secteurs du bâtiment et de l’urbanisme, des transports et de l’industrie, l’auteur montre que la réglementation européenne vise à sécuriser le développement économique, à promouvoir l’innovation technologique et à lutter contre le réchauffement climatique. 

Dans cette analyse prospective et conjecturale foisonnante, l’auteur esquisse une rupture de l’Union européenne après un véritable schisme européen qui conduirait à un nouveau système international marqué par une préférence eurasienne de l’Allemagne et une rivalité en forme de duel entre États-Unis et Chine. Il en explore les répercussions politiques, diplomatiques et militaires. 

La péremption du modèle de la puissance européenne résulte de sa difficulté à prendre en compte les nouveaux paradigmes de la puissance dont l’auteur analyse en détail la théorie fondatrice. Il montre que la force de l’Europe est d’être asymétrique et que son projet de convergence est contre-nature. Au lieu de tirer un bénéfice de sa diversité et des degrés de liberté qu’elle offre, la puissance européenne s’acharne à réduire son projet à l’alignement et à l’homogénéité, critères d’un monde révolu. Il invite à résister à ce vide stratégique.

En retraçant le parcours historique de la puissance en Europe, on mesure combien la médiocre prise en  compte par l’Union européenne de l’hétérogénéité du système international, qui combine le transnational et l’international, lui interdit toute vision, tout projet stratégique sans lesquels la puissance est orpheline,  voire inconsistante.

À l’heure où les séquelles de la guerre de Libye n’empêchent pas le stratège en chambre que le monde entier ne nous envie pas, d’en vanter le succès et de loucher vers la Syrie, on peut relire à 2 200 ans de distance ce discours de Paul-Émile, général et consul romain, cité par L’Encyclopédie à l’article « Guerre » : Lire les premières lignes

Repères - Opinions

C’est à un bilan d’étape que convie le général Rouzaud quittant le nouveau Commandement interarmées du soutien (Comias). Il en présente l’esprit, la rationalisation au service des forces, en commente l’articulation autour des bases de défense et en mesure les défis qui doivent être encore relevés. Il rend aussi hommage aux pionniers qui ont endossé et porté cette ambition opérationnelle. 

C’est la variété des combats conduits par les armées françaises tout au long de son histoire qui a fait progressivement  prendre en charge, non seulement dans le domaine médical mais aussi dans le domaine sociétal et politique, les blessés de guerre dont l’auteur nous présente trois figures emblématiques. 

C’est en partant de la genèse du concept américain de smart power que l’auteur montre finement comment  il va influer sur l’état d’organisation stratégique du monde à venir, qu’il consolide une centralité américaine décisive ou bien qu’il relativise sa prééminence dans la lente multipolarisation qui s’esquisse. 

En faisant l’inventaire des conditions de la victoire dans les conflits modernes, on peut être frappé par la part désormais relative qu’y prend le chef tactique. C’est en réfléchissant à la modernisation de l’idée de victoire que l’auteur nous entraîne dans une réflexion sur le lien entre responsable militaire et décideur politique. 

Dans les armées, l’approche du risque est bien souvent intuitive et liée au caractère du chef. Pourtant, le monde anglo-saxon a développé avec succès le risk management, décortiquant les mécanismes de la prise de décision. Adopter une culture du risque, c’est connaître et assumer les risques pris.

Les systèmes à risque restent sous le contrôle d’hommes. Quels que soit le niveau de technicité et le niveau d’automatisation, aucune de ces applications ne peut produire une performance optimale et éviter les risques de catastrophe sans la présence d’une équipe d’hommes de proximité, chargés de conduire le système.

Revues

Recensions

Voilà un travail rigoureux, et au final nous avons là en mains, un ouvrage dense qui tranche avec l’autre tendance, celle de l’allégement continu – et tristement regrettable – du contenu informatif des rapports annuels édités chaque année. Lire la suite

p. 124-124

Revue Défense Nationale - Octobre 2012 - n° 753

A strategic duality establishes itself under our eyes, one of fluid spaces and solid or rugged spaces. This two-voiced reflection opens pathways and outlines a new axiomatic strategy.

This methodical analysis of the notion of “enemy” applied to the France of today permits the validation of the fact that France is not familiar with such a notion. However, two tendencies can trouble France, increasing concerns through Chinese power and the political radicalization of Islam, concerning which one must well refrain from causing convergence in a critical posture. Regarding this, let us avoid being recruited into an external game and preserve our military resources.

A Vulnerable Europe?

One will find here an overview of the vulnerabilities of Europe addressed in this issue: the challenges that weigh down demography, finance, defense, crime, and energy; the problematic of refusing to see the rupture of European power in preparation for the 2012 National Conferences of Strategic Research.

This precise breakdown of the European population related to the global demography reveals a continent contrasted in its different spaces but relatively stable and comfortable even as it markedly ages and noticeably intermingles.

Realizing that markets have become a strategic space, one measures how much current interdisciplinary financial practices have confiscated, profiting a few who criminalize the keys of European enterprise and restrict its freedom of action. The return of local management could be brutal.

Today’s crisis offers an occasion to take hold of constructing a Europe of a defense indispensable to our autonomy and strategic influence. It is necessary to cease resting under an American military protection that is more and more relative and even unpredictable, and to terminate the development of uncertain solutions and imported models.

Europe and the nations that compose it are still too often blind to the progression of organized and white-collar crime. However, these two inseparable criminal phenomena profoundly erode the functioning of democratic institutions just as much as economic markets and financiers.

Europe depends largely on fossil fuels for its development. It also has a heightened awareness of climatic stakes. Using the example of the construction and urbanization sectors, and those of transport and industry, the author shows that European regulations aim at securing economic development, promoting technological innovation, and fighting against global warming.

In this anticipatory and abundantly conjectural analysis, the author sketches a rupture of the European Union after a real European schism that would drive a new international system marked by a Eurasian preference for Germany and a rivalry in the form of a duel between the US and China. It explores the political repercussions, diplomatic and military, of such a scenario.

The expiration of the European power model results from its difficulties taking into account the new power paradigms whose founding theory the author analyzes in detail. He shows that the force of Europe exists asymmetrically and that its plan of convergence is unnatural. Instead of extracting a benefit from its diversity and the degrees of freedom that it offers, European power desperately attempts to reduce its intentions to those of alignment and homogeneity, criteria of a finished world. The author invites resistance to this strategic void.

Recounting the historical pathways of power in Europe, one measures how the European Union’s modest consideration of the heterogeneity of international systems—combining the transnational and international—forbids it all vision and every strategic project without which power is an orphan of shallow vision.

Opinions and Viewpoints

On relinquishing his post at the new joint support command (Commandement interarmées du soutien—Comias), General Rouzaud gives a round-up of achievements. He presents the raison d’être of the command, its rationalisation in support of the armed forces and how it operates in supporting defence bases, and points out the challenges that have yet to be faced. He also acknowledges the contribution of those who from the outset embraced this operational project and have carried it forward.

The author introduces three figures among the war-wounded who symbolise the variety of types of combat conducted by French forces throughout their history. It is this very variety that has led today to better recognition of war-wounded on societal and political levels, as well as within the medical field.

Beginning with its American origins, the author neatly demonstrates the influence that smart power will have on the future strategic organisation of the world. Consolidating centralisation on the United States is discussed, and the part smart power plays in current multi-polarisation is put into perspective.

When looking at the conditions under which victory is achieved in modern conflict, it is striking just how great a part the tactical commander now takes in the process. The author’s thoughts on modernisation of the idea of victory lead naturally to consideration of the link between the political decision-maker and the military authority.

The approach to risk in the armed forces is largely intuitive and dependent on the character of the commander. Nevertheless, the English-speaking world has fine tuned the process of risk management and in doing so analysed the mechanisms of decision-making. Adoption of a culture of risk requires knowledge of the risks taken and assumption of responsibility for the outcome, whatever it might be.

Systems involving risk remain under human control. However high-tech they might be and whatever their level of automation, none of these applications can produce optimal performance and avoid risks of catastrophe without the close presence of a human team in charge of controlling the system.

Chronicles

Book reviews

Revue Défense Nationale - Octobre 2012 - n° 753

Derrière la crise de la gouvernance mondiale que tout le monde déplore, il y a le spectre de l’impuissance généralisée. Et derrière celui-ci, il y a la réalité d’une complexité telle qu’elle affecte désormais tous les systèmes nationaux et internationaux. L’absence d’instance collective de contrôle conduit à les déréguler, les distordre et finalement à les dévaluer pour tenter de les maîtriser. Les premières victimes en sont les États fragiles, les institutions internationales et une certaine pratique de la négociation et du multilatéralisme. C’est dans un monde à l’architecture instable et à l’éthique fluctuante que nous devons garantir la sécurité de la France, défendre ses intérêts et exercer ses responsabilités.

Derrière la crise syrienne et ses développements conjoncturels obscurs se cachent des enjeux politiques d’hégémonie culturelle et des manœuvres tactiques de sécurité énergétique. Celles-ci masquent à peine les visions stratégiques incompatibles des pays continentaux et de puissances maritimes. Les victimes expiatoires en sont les minorités d’Asie de l’Ouest (vrai nom du Proche et du Moyen-Orient) enrôlées dans des jeux qui les dépassent et dont pourrait sortir un net refroidissement des relations internationales. C’est dans ce contexte tragique qu’est posée la question biaisée d’une intervention militaire occidentale.

Derrière la crise des dettes souveraines européennes contaminées par une épidémie spéculative importée d’Amérique, il y a la perspective de la dérégulation démocratique d’une Europe dont les peuples s’indignent de plus en plus de la langueur économique. La vulnérabilité européenne apparaît ainsi au grand jour et affecte la sécurité de la France alors même que la construction européenne et ses politiques de convergence étaient l’un de ses choix majeurs depuis un demi-siècle. En abordant une mondialisation compétitive en ordre dispersé, les Européens semblent avoir oublié leur projet, dilué leurs ambitions et abdiqué leur autonomie en se laissant enrôler dans des manœuvres de grande envergure stratégique : libéraliser l’économie mondiale et confiner la Chine. C’est dans une société internationale effervescente qu’une Union européenne en pleine turbulence financière doit penser sa sécurité et en asseoir le cadre. La pratique habituelle depuis soixante ans d’une commode réassurance atlantique suffira d’autant moins demain que la puissance américaine se relativise et se réoriente vers le défi du Pacifique. La question de l’Europe militaire va se poser enfin. La réponse industrielle qu’apportent ensemble EADS et BAE devra l’aborder sans faux-fuyant.

Il nous faut aborder avec réalisme et détermination cette période qui est aussi celle où l’effort de défense de la France doit être ajusté à une tension budgétaire inédite, où le désengagement opérationnel d’Afghanistan s’accélère et la réorganisation organique du ministère de la Défense, avec la consolidation des nouvelles bases de défense (p. 81), entre dans une phase critique. Plus que jamais le débat est utile.

Jean Dufourcq

Octobre 2019
n° 823

L'importance stratégique des Outre-mer

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