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Si la communauté militaire s'est rétrécie depuis vingt ans, elle ne s'en est pas pour autant affadie. Le retour à des engagements militaires durs a forgé un nouvel état d'esprit et construit une nouvelle combativité de forces désormais articulées sur des échelons d'emploi plus réduits et mieux spécialisés. Lire la suite

Évoquer la communauté militaire, c'est d'abord évoquer ses valeurs: sens du devoir, discipline, cohésion; c'est aussi évoquer ses repères exemplaires au service du pays; c'est enfin rappeler ses contraintes, notamment celle d'évoluer en permanence. Au moment de la quitter, l'amiral Guillaud lui rend hommage. 

En proposant un mode d'organisation de la pensée stratégique actuelle et le rôle qu'y joue la surprise, en intégrant la cybernétique dans les rapports de force, l'auteur aborde les questions de phénoménologie de la guerre sous un angle neuf et révèle l'importance du cyberespace comme révélateur stratégique décisif.

Communauté militaire

L’absence de menace directe, la professionnalisation, la réduction du budget de la Défense, la succession des réformes et l'essoufflement du sentiment patriotique ont marginalisé le militaire dans la société française. Cette évolution métamorphose la nature même du métier de combattant. Nouveaux gladiateurs, nouvelles arènes… Pistes de réflexion pour rénover le lien armées-nation.

Inventorier les caractéristiques de l'institution militaire aujourd'hui, c'est inévitablement révéler ses singularités dans une société souvent désabusée qui semble négliger les valeurs qu'exige le métier des armes. La cohésion et l'efficacité militaires qu'entretiennent par nécessité les armées dans un champ de contraintes accrues sont un patrimoine républicain à verser au crédit du pays tout entier, comme l'indique l'auteur.

En prenant de la hauteur, on observe en un siècle quatre grandes révolutions militaires, aux effets majeurs, géostratégiques et géoéconomiques ; on relève trois constantes et deux évolutions qui font de l'appareil militaire français un système bien différent de celui de 1914.

Faire le point sur les rapports qu'entretient aujourd'hui le pays avec ses militaires, c'est prendre la mesure de la forte rétraction de la conscience et de l'empreinte militaires de notre société mais aussi de la « militarité » désormais très différenciée des agents du ministère de la Défense. L’auteur, analyste averti de ces questions, en détaille les réalités contrastées. 

Même si le soutien de l'opinion publique française n'a jamais manqué au lancement d'opérations extérieures, les militaires ont déploré, souvent fortement, lors de la décennie d'engagements en Afghanistan, le manque d'intérêt voire de compassion de leurs compatriotes pour les risques et les sacrifices qu'ils ont endurés.

L’auteur tente une approche parallèle, à cent ans d'écart, de la société française et explore sa capacité à se déployer pour la victoire, comme en 1918. Il montre comment les points forts d'hier peuvent être mobilisés aujourd'hui.

On regrette parfois l'abandon du service national, alors que les armées souffrent de la forte diminution de leurs effectifs. La création d'une Garde nationale de 100 000 jeunes gens, permettrait de renforcer l'intégration et la cohésion nationales tout en limitant les effets de la déflation de personnel militaire. À condition de mettre en œuvre des mesures de compensation sociale, un tel projet renforcerait la nation.

Un tour d'horizon est proposé de la concertation dans les forces armées et services rattachés qui, partant des origines, expose le fonctionnement de ses structures, en montre les limites aujourd'hui atteintes et suggère quelques évolutions.

Cette réflexion ancienne révèle la permanence de l'ambiguïté de la place que le pays réserve à la communauté militaire, facteur d'ordre mais aussi de dépassement. L'auteur évoque cette dialectique et montre que malgré les dynamiques qui la bousculent – la technique, la médiatisation – il reste au militaire à développer des qualités spécifiques afin d'assumer la tâche de pacifier les progrès en marche.

Retournons dans l’Espagne de 1809, décidément laboratoire des conflits à venir, de Saragosse à Guernica. On connaît la série de gravures qu’en fit Goya, dans la lignée des horreurs de la guerre de Callot. Et pourtant on y tenta dès cette époque la conquête des cœurs et des esprits, la même qu’en Irak et en Afghanistan, le management militaire a baptisée COntre INsurrection, hésitant dix années durant, entre Lyautey et sa pacification – dès lors qu’on veut bien oublier nos razzias dans le Sud marocain qui s’éternisèrent jusqu’au milieu des années 1930 – et la guerre du Rif où l’on écrasa les villages à coups de FT-17, de 75 et de SpadLire les premières lignes

Contrepoints

En rappelant les clés de la manœuvre dissuasive qui entend maintenir l'incertitude à la fois sur le périmètre des intérêts vitaux du pays et les conditions d'une riposte à une agression, l'auteur montre que c'est bien à la dialectique des volontés et des capacités qu'elle fait appel.

En présentant, avec sa candeur coutumière, en parallèle deux ouvrages récents, celui, posthume, de Thérèse Delpech sur la piraterie stratégique et celui qu'offre Henri Paris sur l'inévitable affrontement sino-américain, l'auteur montre que la guerre ne quitte pas les esprits. La dissuader ou la gagner, là est toujours la question.

Repères - Opinions

Quand on fait le bilan avec les auteurs d'une décennie de guerre en Afghanistan, ce qui frappe d'abord c'est son coût humain ; puis c'est le rôle central qu'ont pris dans la société afghane la religion et ses clercs, la drogue et ses circuits. Dans ce paysage confus, reste à évaluer l'articulation entre le contexte taliban et la stratégie américaine qui déterminera les scénarios possibles pour une région en danger.

C'est dans les expériences afghanes et en examinant les difficultés rencontrées par Tsahal en 2006 que les forces terrestres ont puisé les enseignements nécessaires à une préparation opérationnelle soignée qui leur a permis d'aborder avec succès les réalités du combat rapproché qu'elles ont eu à conduire au Nord du Mali. Il reste à en entretenir l'esprit et les savoirs qu'il impose.

Le rapport du militaire occidental contemporain à la vulnérabilité évolue et ouvre de nouvelles pistes que l'auteur explore pour nous proposer une approche rénovée de cette notion qui reste au cœur de l'équilibre souhaitable entre technicité et humanité qui caractérise le militaire au combat aujourd'hui.

La confrontation des militaires à la justice pénale, de plus en plus fréquente, est vécue comme une entrave ou un traumatisme tant pour les intéressés que pour le commandement. Conjuguer les cultures juridiques et opérationnelles permettrait d'aborder plus sereinement les problématiques judiciaires et administratives pour le bénéfice de l'institution militaire.

En revenant sur les différences d'approche des dépenses de défense pendant la guerre froide et sur la dialectique entre planification et marché qui la sous-tendait, l'auteur montre que le socialisme fait des dépenses militaires une condition sine qua non d'une économie à forte croissance. Il expose que le lien entre le socialisme et la défense dessine les contours d'un régime de croissance destiné à éviter les crises économiques et à promouvoir le bien-être matériel et spirituel du peuple.

Les auteurs rendent compte d'une analyse systémique des surprises stratégiques qu'ils illustrent par quatre échecs de la CIA et qu'ils expliquent par le poids de l'identité des services de renseignement qui occulte des réalités pourtant accessibles simplement.

L’auteur qui l'a fréquenté fait à sa manière éloquente un éloge de la liberté d'esprit et de la capacité de synthèse d'un stratégiste unique dont la recherche porta sur la guerre et sur l'univers.

La remarquable étude d’André Thiéblemont sur « La fin du régiment », parue en ligne fin novembre 2013 à l’Institut français des relations internationales (Ifri) – la lecture en est indispensable – amène à poser de nouvelles questions. Ainsi, le développement du Groupement tactique interarmes (GTIA) d’un côté, et des Bases de Défense (BdD) de l’autre, font que « le chef de corps n’est plus maître de son corps ». Le régiment n’a plus d’objet tactique, plus de cohérence organique, et la Politique d'emploi et de gestion des parcs (PEGP) – non mentionnée par l’auteur – l’empêche même d’avoir une cohérence d’équipement. Le régiment n’est plus qu’un réceptacle culturel dont l’unique objet consiste à fabriquer de l’identité, ce qui explique la multiplication de fourreaux d’épaules, de coiffures bizarres et autres ceintures de flanelle colorée qu’on observe depuis une dizaine d’années : autrement dit, il n’y a plus « d’uniforme » dans l’Armée de terre, puisque chaque unité cherche d’abord à se distinguer, croyant par là atteindre une identité. Lire la suite

Recensions

Serge Doessant : L’officier Charles de Gaulle et ses chefs  ; (préface de Jean-Louis Debré) ; Éditions Glyphe, 2013 ; 129 pages - Maurice Kopecky

L’originalité de ce livre écrit par un professeur d’université est qu’on ne trouve aucune trace de ce sujet dans les ouvrages biographiques concernant le général de Gaulle. Voilà donc un thème complètement original qui apporte des éléments essentiels et nouveaux à la compréhension de ce soldat hors norme devenu un homme politique qui assuma les plus hautes fonctions régaliennes de notre pays. Ces informations ont été prises dans son dossier personnel d’officier, des pièces des deux procès de 1940 conservés aux Archives nationales et au Service historique de la Défense, section Armée de terre. « Une approche nouvelle et passionnante sur celui qui va devenir le symbole de la dignité de la France », dixit Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel. Lire la suite

p. 127-128

François de Lannoy et Max Schiavon : Les généraux français de 1940  ; Éditions E-T-A-I, 2013 ; 192 pages - Jérôme Pellistrandi

La défaite de mai-juin 1940 reste le traumatisme majeur de notre histoire contemporaine et a laissé des traces encore visibles dans l’inconscient national. Même si les acteurs principaux ont disparu depuis plusieurs décennies, le débat historique mais aussi politique se poursuit sur la question lancinante de la responsabilité de cette débâcle. Si les politiques, par leur absence de fermeté et de lucidité face à l’Allemagne nazie, ont échoué à conduire le pays dans la guerre, les militaires, et en particulier le haut commandement, ont perdu la bataille. Lire la suite

p. 128-128

Dusan T. Batakovic : Les sources françaises de la démocratie serbe  ; CNRS Éditions, 2013 ; 577 pages - Pierre Morisot

Voici un ouvrage monumental, accompagné d’une bibliographie impressionnante, qui dépasse la relative modestie de son titre pour analyser en détail l’ensemble de la politique intérieure et extérieure de la Serbie au XIXe siècle et jusqu’aux prémisses de la Grande Guerre où le pays va jouer un rôle de déclencheur lié aux activités de la « Main noire ». Lire la suite

p. 129-129

Revue Défense Nationale - Février 2014 - n° 767

To evoke the military community is to first and foremost evoke its values: its senses of duty, discipline, cohesion; it also means to evoke its exemplary markers of service to country; finally, it means to recall its obligations, most notably that of constantly evolving. At the moment of his leaving, Admiral Guillaud pays homage to this idea and community.

Offering a mode of organization for current strategic thinking and the role played therein by the element of surprise, incorporating cybernetics in its relationship with force, the author approaches the phenomenological questions of war under a new angle and reveals the importance of cyberspace as a decisive, strategic indicator.

Military Community

The absence of direct threat, the professionalization, the Defense budge cuts, and the succession of reforms and loss of impetus, of patriotic sentiment, have marginalized the military in French society. This change has metamorphosed the very nature of the soldier’s profession. New gladiators, new arenas… These points of reference renovate the link between army and nation.

To take inventory of the characteristics of today’s military institution is to inevitably reveal its singularities in an often-disillusioned society that seems to overlook all that it demands of its armed professionals. As the author indicates, the military cohesion and efficiency that are the armies must entertain within a field of increasing constraints are a republican heritage credited to the entire country.

From an elevated perspective, one can observe throughout the course of the past century four significant military revolutions and the major (in particular geostrategic and geo-economic) effects; one notes three constants and two developments that make the (current) French military a very different system than that of 1914.

To report on today’s ongoing relations between the country and its military means to take the measurement of the severe shrinkage of consciousness and of the military’s footprint within our society, but also to take into consideration the “militarité”—henceforth highly differentiated from the agents of the Ministry of Defense. The author, an analyst who was forewarned of these issues, details the contrasting realities.

While the support of French public opinion has never failed to launch external operations, soldiers complained, often strongly, during the decade of military engagements in Afghanistan, of the lack of interest—nay, compassion—from their countrymen for the risks and sacrifices they (the soldiers) have endured.

The author attempts a parallel approach to French society, reflecting on two points in history one hundred years apart, and explores its capacity to deploy itself toward victory, as in 1918. Through this, he demonstrates how yesterday’s strong points can be mobilized today.

From time to time, one regrets the abandonment of national service, even though armies are currently suffering severe decreases in their numbers. The creation of a National Guard of 100,000 youths would permit reinforcement of national integration and cohesion while limiting the effects of the deflation of military personnel. Provided that measures of social compensation were implemented, such a project would strengthen the nation.

An overview is offered of the dialogue between the armed forces and associated services, which, from its origins, explains the workings of its structures, demonstrates the limits that have been reached today, and suggests some possible changes.

This old reflection reveals the permanence of the ambiguity of the place the country reserves for the military community, a factor of order but also of excess. The author evokes this dialectic and shows that despite the dynamics that jostle the technique and the media, it remains up to the military to develop specific qualities in order to take on the task of pacifying the ongoing progress.

Counterpoint

Recalling the keys to the deterrent maneuver which intends to maintain the uncertainty both on the perimeter of the vital interests of the country, and of the condition of a response to aggression, the author demonstrates that it is the dialectic of wills and capacities that is used to set the maneuver in place.

Presenting, with his usual candor, a paralleling of two recent books: one posthumously by Thérèse Delpech on strategic piracy; and the other offered by Henri Paris on the inevitable Sino-American conformation, the author demonstrates/shows that war does not leave the mind nor the senses. Deter or win – that is always the question.

Opinions and Viewpoints

When one takes stock with the authors of a decade of war in Afghanistan, what strikes first is its human cost; then the central role of religion, its clergy, drugs and its routes in Afghan society. In this confused landscape, there remains the challenge to evaluate the structure and relationship between the Taliban and American/U.S. strategy that will determine the possible scenarios for a region in danger.

It is in Afghan experiences and in examining the difficulties Tsahal/the IDF met in 2006 that ground forces have drawn the necessary lessons for the thorough operational preparation that allowed them to successfully address the realities of close combat they had driving in northern Mali. It remains to maintain the spirit and knowledge required.

The report by contemporary Western military on vulnerability evolves and opens new avenues that the author explores in order to propose to us a renewed approach to this notion that rests at the heart of the desirable balance between technology and humanity that characterizes the military in combat today.

Confrontation in military criminal justice, an increasingly common occurrence, is seen as a hindrance or a trauma, both for those interested as well as those in command. Combining legal and operational cultures would address more calmly the legal and administrative problems for the benefit of the military institution.

Returning to the differences in approach to defense spending during the Cold War and on the dialectic between the underlying planning and market demand, the author shows that socialism made military spending a sine qua non of an economy with strong growth. He argues that the link between socialism and defense delineates/draws the contours/outlines a growing regime intended to avoid economic crises and promote the material and spiritual welfare of the people.

The authors report a systemic analysis of strategic surprises illustrated by four CIA failures, and explain, by the weight of their identity, the intelligence services that hide realities nevertheless easily accessible.

The author, who attended, makes in his own eloquent way praise of the liberty of spirit and the ability to synthesize by a single strategist whose research brought about war and the universe.

Book reviews

Serge Doessant : L’officier Charles de Gaulle et ses chefs  ; (préface de Jean-Louis Debré) ; Éditions Glyphe, 2013 ; 129 pages - Maurice Kopecky

François de Lannoy et Max Schiavon : Les généraux français de 1940  ; Éditions E-T-A-I, 2013 ; 192 pages - Jérôme Pellistrandi

Dusan T. Batakovic : Les sources françaises de la démocratie serbe  ; CNRS Éditions, 2013 ; 577 pages - Pierre Morisot

Revue Défense Nationale - Février 2014 - n° 767

Il n'y a pas d'éditorial pour ce numéro.

Décembre 2019
n° 825

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