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L'embardée ukrainienne amorce-t-elle un changement de cap pour les relations internationales ? Annonce-t-elle le retour de tensions militaires proches ? Certains le redoutent, enfermés dans la perspective coopérative d'une mondialisation heureuse ; d'autres l'espèrent secrètement, nostalgiques de l'ordre simplifié de la guerre froide et de ses avantages idéologiques et militaro-industriels. Tous s'inquiètent de l'inconsistance stratégique et de la modicité militaire de l'Europe. Tous aussi semblent négliger des continuités essentielles car porteuses de régulations et de canaux d'intérêts communs. Lire la suite

Historiquement, les crises au sein de l'institution militaire trouvent leurs causes dans un décalage qui se creuse entre les sociétés civile et militaire, et suivent un cycle de 15 ans. La crise actuelle ressort d'un cycle plus long qui touche toute la société. Le militaire doit pouvoir s'y adapter et s'affirmer comme acteur d'une rénovation.

Dans ce texte académique, l'auteur qui en est aussi l'architecte expose les attendus et les principales conclusions stratégiques du premier vrai Livre blanc polonais en matière de sécurité nationale. Il montre aussi que l'actuelle tension ukraino-russe, loin d'en invalider les priorités, les renforce.

Enjeux stratégiques

L’équilibre des puissances comme régulateur, la puissance globale comme moyen, la supériorité militaire comme garantie, autant de modèles que la période actuelle de mondialisation n'invalide pas vraiment, même si la dynamique du système international ne peut s'y résumer. Le directeur de la nouvelle chaire stratégique de la Sorbonne met en perspective les travaux effectués et partage ici ses réflexions.

En récapitulant les dés de la stabilité stratégique, l'auteur expose qu'elle est une tension, un moment éphémère et difficilement contrôlable, hier et plus encore aujourd'hui, où elle n'est plus bipolaire et de moins en moins une question nucléaire. Imparfaite, partielle et temporaire, cette stabilité est-elle moralement souhaitable ?

Après un rappel historico-politique, l'auteur expose la complexité et la relativité actuelles, plus grandes qu'à d'autres époques, des notions d'équilibre et de supériorité stratégiques. Il montre comment l'ambiguïté ou la précarité des équilibres conditionnent cette supériorité et imposent le recours à une stratégie vraiment totale.

Examinant le tumulte stratégique actuel et le retour à la puissance militaire comme indicateur de la volonté d'imposer ses vues, l'auteur note que les capacités opérationnelles des pays occidentaux n'ont aujourd'hui, et encore pour quelque temps, pas d'équivalent dans le monde mais que la faiblesse de leur volonté politique laisse le champ libre à des ambitions qu'ils peinent à réguler.

De la dynamique qui caractérise l'actuelle scène internationale, aucune formule ne se dégage autour d'un modèle ou d'un système stabilisé de puissances. La gouvernance qui en tient lieu s'organise autour de jeux d'acteurs, anciens et nouveaux, qui combinent ou non leurs efforts mais encadrent leurs frictions. Il faudra vivre sans doute encore longtemps avec ce concert instable de pôles mal assurés.

L’auteure se plaît à ouvrir les boîtes noires dans lesquelles se composent les stratégies, se concertent et s’opposent politiques, militaires et diplomates pour la définition des actions régalienne, de guerre et de paix. Elle décrit les biais et les aléas qui rendent ce processus le plus souvent irrationnel.

Le tour d'horizon que fait le directeur politique du quai d'Orsay du champ stratégique actuel et de sa complexité explique que l'effort permanent, la lucidité et la créativité soient exigés de notre diplomatie aujourd'hui.

Les conditions de la crédibilité de la dissuasion nucléaire française sont en perpétuelle évaluation et consolidation, qu'il s'agisse de l'affirmation politique ou de la capacité opérationnelle, scientifique ou technique.

Récapitulant les étapes de la stratégie militaire moderne, de 1914 aux conflits d'Irak et d'Afghanistan, l'auteur montre que les succès résultèrent d'une formule vertueuse fondée sur des matériels modernes en phase avec des innovations doctrinales et soutenus par des industries performantes. Aujourd'hui où la pensée militaire européenne est à la remorque du technicisme américain, est-il possible de cantonner la stratégie militaire à sa simple dimension fonctionnelle ?

L’auteur interroge les récents échecs des entreprises militaires américaines en Irak et en Afghanistan et en tire des leçons sur l'évolution des conditions de la supériorité stratégique qu'il applique à l'Union européenne et à la Russie dont les modèles de puissance, inversés, sont tous deux fragiles.

La gestion raisonnée, sélective et aussi instantanée que possible d'une infinité de données alliée à un solide système d'hommes délié, solidaire et réactif est aujourd'hui indispensable pour faire face avec efficacité aux conflits de toute sorte que stimule l'accès banalisé à des technologies dont la puissance informationnelle explose.

L’arrivée d'armes nouvelles dans les conflits s'est faite subrepticement et a contribué au brouillage et à l'égalisation des forces en présence. La dialectique qui accompagne ces nouveaux modes d'intervention pourrait conduire à un renversement stratégique qui en réserverait l'avantage militaire à quelques-uns qui s'y préparent.

Partant du rappel historique de la volonté de suprématie scientifique et technique américaine pendant la guerre froide et depuis, et rappelant la coopération nucléaire franco-américaine « par défaut » d'alors, l'auteur esquisse des pistes de coopération collaborative euro-américaine.

Appliquée à l'Asie du Sud, la notion d'équilibre stratégique héritée des temps nucléaires de la guerre froide n'est plus pertinente. Les acteurs de cette région qui renforce son potentiel nucléaire sont dans un entre-deux d'hésitation entre stratégies coopératives et stratégies d'affrontement. Des accords fragiles en limitent le potentiel crisogène.

Il y a exactement soixante-dix ans, au soir du 5 juin, les généraux allemands de l’OKW furent alertés par la répétition, parmi les messages de la BBC à la Résistance, de la seconde partie du vers de Verlaine, quelques jours après la diffusion de la première moitié. Auraient-ils été saisis par la modernité cybernétique comme Monsieur Le Trouhadec par la débauche, et atteints de ce virus de la réunionite qui sévit dans nos états-majors otanisés, ils auraient alors organisé un colloque sur les rapports entre métadonnées et poésie. Plus prosaïquement, ils mirent en état d’alerte les 15 000 hommes de la 21e PzrDiv, qui passèrent une nuit blanche à faire les pleins et remplir les casiers à munitions. Pour le reste, n’aurait été le pilonnage par l’aviation alliée de tous les nœuds ferroviaires au nord de la Loire et des ponts sur la Seine, Verlaine ne les prévenait pas de ce qui se tramait. Lire les premières lignes

Contrepoint

L’espace aérien européen encombré doit être partagé. Vols civils et militaires doivent y cohabiter en bonne intelligence et en toute sécurité. Le projet de « ciel unique européen » qui se développe par étapes depuis les années 1990 est le moteur d'une coopération civilo-militaire qui commence à porter ses fruits.

Il s'agit ici à la fois d'une prospective scientifique et technique du drone armé dont le développement va tirer bénéfice des évolutions prévisibles de nombreuses technologies de pointe et d'une alerte sur l'importance de la maîtrise de son contrôle par l'homme et sur la nécessité d'entretenir des compétences-dés sur le sol national.

Où l'on montre que l'avantage premier des drones est de nature politique et a trait à leur « acceptabilité politique ». L’absence d'opérateur à bord de l'appareil rend tolérable l'occurrence de frappes de drones sur certaines zones contestées. De fait, les drones peuvent être utilisés là où le recours à d'autres outils de l'arsenal militaire serait trop sensible politiquement.

Repères - Opinions

À propos des drones, voici une dissertation sur la valeur courage comme première vertu martiale et une actualisation des réalités de l'engagement militaire moderne.

L’auteur propose en redécouvrant l'autorité, de retrouver l'origine et la finalité de celle-ci, et sa nature subsidiaire. Il pose que le principe de subsidiarité renouvelle sans le révolutionner l'exercice du commandement.

Une opération de maintien de la paix se caractérise par le non-usage de la force. Après la guerre froide, l'ONU dut pourtant y recourir pour préserver la paix et la sécurité internationales.

L’auteur examine la situation politique et économique à Kiev, Moscou et Bruxelles et plaide pour un renforcement du soft power européen pour gérer les changements géopolitiques en cours.

L’analyse à chaud de la dimension militaire de la crise russo-ukrainienne révèle des combinaisons nouvelles. Forces spéciales et milices activées de concert conduisent une guerre limitée aux effets décisifs.

La comparaison entre la crise du Kosovo et celle de Crimée est féconde mais irrite les dirigeants serbes qui ménagent Bruxelles et Moscou. Peut-on réellement penser la géopolitique de l'Europe en excluant la Russie ?

Les ajustements capacitaires du MOD (Ministry of Defence) britannique entraînent des errements sur la capacité aéronavale. La RAF (Royal Air Force) est mieux traitée que la Royal Navy mais c'est l'Army qui a la préférence des concepteurs de la SDSR (Strategic Defence and Security Review).

Castex, dès 1929, analyse la cohérence stratégique de l'Empire colonial français qui se développa sans vision géostratégique d'ensemble et sans sûreté navale. Il propose d'y pallier, mais sans vision géopolitique et géoéconomique.

L’Ouest – l’Occident, si vous préférez – est perdu. Il ne sait plus ce qu’il est. Astre mort, certains le voient encore comme les lumières persistantes des étoiles venant du passé. L’Ouest n’existe peut-être que dans le regard des autres, ceux qui n’en sont pas et qui souhaitent prendre une revanche sur lui : Russes, Chinois, Musulmans, Africains, voire Américains du Sud ou Indiens. Eux perçoivent encore un Occident, d’autant plus attaquable qu’il est plus faible et qu’eux-mêmes se renforcent. Ils se trompent. L’Ouest n’est pas faible, il n’est plus. Lire la suite

Recensions

Frédéric Bozo : Histoire secrète de la crise irakienne  ; Éditions Perrin, 2013 ; 408 pages - Jérôme Pellistrandi

Alors que la visite d’État du président François Hollande aux États-Unis en février 2014 a montré une image chaleureuse et apaisée de la relation franco-américaine, il y a à peine une décennie, cette même relation connaissait une crise profonde et durable, cristallisée par la seconde guerre du Golfe contre l’Irak à partir du printemps 2003. Frédéric Bozo, professeur spécialiste des relations transatlantiques, propose ici un travail passionnant et rigoureux sur cette période qui vit Paris s’opposer frontalement à Washington au sujet de l’Irak de Saddam Hussein sur fond de terrorisme islamiste. C’est le choc de deux visions antagonistes de la politique étrangère, celle du président George W. Bush, engagé depuis le 11 septembre 2001 dans une croisade contre Al-Qaïda et ses alliés, et celle du président Jacques Chirac, pragmatique et soucieux d’éviter un « clash des civilisations » entre Occident et monde musulman. Lire les premières lignes

p. 151-153

Claire Fourier : L’amour aussi s’arme d’acier  ; Éditions Dialogues, 2013 ; 192 pages - Pascal Lecardonnel

Ce roman, inspiré de faits réels, raconte l’histoire de Francis Dubreuil, soldat du génie, sur la RC4, la route coloniale n° 4, en Indochine, où les combats entre le Corps expéditionnaire des forces d’Extrême-Orient et le Viêt Minh préludaient déjà Diên Biên Phu. Entre ce personnage et Lily, une jeune ambulancière, une romance naîtra dans le fracas des armes pour finir dans l’insouciance parisienne « qui confond RC4 et 4 CV ». Lire la suite

Jean-Pierre Rioux : La mort du lieutenant Péguy, 5 septembre 1914  ; Éditions Tallandier, 2014 ; 270 pages - Jérôme Pellistrandi

Jean-Pierre Rioux, historien de renom, nous propose à l’occasion du centenaire de la Grande Guerre, une biographie très originale centrée sur la mort au combat du lieutenant de réserve Charles Péguy. Le célèbre écrivain, intellectuel dreyfusard, socialiste dans sa jeunesse et converti au catholicisme, est aussi un patriote intransigeant acceptant avec abnégation et enthousiasme de partir au front dès la mobilisation. Lire la suite

p. 154-155

Revue Défense Nationale - Juin 2014 - n° 771

Historically, crises in the military find their causes in the growing difference between military and civil societies and follow a fifteen year cycle. The current crisis emerges from a longer cycle which touches all aspects of society. The military should be able to adapt to this and affirm itself as an actor in its own renovation.

In this academic text, the author exposes the considerations and the principle strategic conclusions of the first real Polish Livre Blanc on matters of national security. He also shows that the current Ukraine-Russia tensions, far from invalidating these priorities, reinforces them.

Strategic Issues

The balance of powers as a regulator; global power as a means; military superiority as a guarantee; all models that current globalization has not really invalidated, even if the dynamic of the international system cannot return to what it once was. The director of the new strategic chair at the Sorbonne puts in perspective the work undertaken and shares his reflections.

In recapitulating the keys to strategic stability, the author exposes that strategic stability is tension, ephemeral and difficult to control, yesterday and even more so today, where the world is no longer bipolar and the nuclear question matters less and less. Imperfect, partial, and temporary; is this strategic stability morally desirable?

After a historical-political reminder, the author exposes the current complexity and relativity, larger than in other eras, of notions of balance and superior strategies. He shows how the ambiguity or the precariousness of the balance conditions this superiority and imposes submission to a total strategy.

Examining the tumultuous current strategy and the return to military power as an indicator of the desire to impose one's views, the author notes that the operational capacities of Western countries today does not have, and has not had for several years, an equivalent in the world, but the weakness of their political will leaves the field open to the ambitions of those they struggle to control.

In the dynamic which characterizes the current international stage, no formula revolves around a model or system of stabilized powers. In lieu of this, governments are organized as a set of actors, old and new, who combine (or don't) their efforts but contain their frictions. We will probably live a very long time in this unstable system with its unsteady poles.

The author attempts to open the “black boxes” in which strategies are composed, organizing and opposing policies, militaries, and diplomats on the definition of regal actions, war, and peace. She describes the biases and uncertainties that make this an often irrational process.

The overview given by the political director of the Quai d'Orsay (Ministry of Foreign Affairs) of the current strategic field and its complexity explains that a permanent effort, clear headedness, and creativity are required from our diplomacy today.

The conditions of the credibility of French nuclear dissuasion are in perpetual evaluation and consolidation, whether in their political affirmation or their operational capacity, scientific or technical.

Recapitulating the steps of modern military strategy, from 1914 to the conflicts in Iraq and Afghanistan, the author shows that success results from a virtuous formula based on modern hardware in step with doctrinal innovations and supported by reliable industries. Today, where European military thought is trailing American technocracy, is it possible to contain military strategy in its simply functional dimension?

The author questions the recent failures of American military enterprises in Iraq and Afghanistan and draws lessons from the evolution of the conditions of strategic superiority, which he applies to the European Union and Russia whose power models, inverted, are both fragile.

A united and responsive rational management, selective and as instantaneous as possible in an infinity of given alliances in a well-established system of unaligned men, is today indispensable in efficiently facing conflicts of any kind that stimulate commonplace access to technologies whose informational power is exploding.

The arrival of new weapons in conflict was done surreptitiously and has contributed to the jamming and equalization of present forces. The dialectics which accompany these new modes of intervention could lead to a strategic reversal, and the military advantage is reserved for those who prepare for it.

Starting with the historical background of American scientific and technical supremacy during the Cold War and after, and recalling the nuclear Franco-American cooperation “by default” then, the author outlines the tracks of Euro-American collaborative cooperation.

Applied to South Asia, the notion of strategic equilibrium inherited during the nuclear period of the Cold War is no longer pertinent. The actors of this region, which reinforces its nuclear potential, are in an interwar period between strategies of cooperation and strategies of confrontation. Fragile accords limit the potential crises.

Counterpoint

The crowded European airspace must be shared. Civilian and military airplanes should coexist in good faith and all security. The project of a “uniquely European sky,” which has developed itself in steps since the 1990's, is the driving force of a civilian-military cooperation that starts to bear fruit.

This is the question of both the scientific and technological foresights of the armed drone, whose development will benefit from expected evolutions of numerous advanced technologies, and a warning about the importance of mastering its human control and the need to maintain key skills on national soil.

Where it is shown that the primary advantage of drones is political and relates to their “political acceptability.” The absence of an operator on board the apparatus makes drones strikes on certain contested zones tolerable. In fact, drones can be used where the use of other tools in the military arsenal would be too politically sensitive.

Opinions and Viewpoints

Concerning drones, here is a essay on courageous valor as the first martial virtue and an update on the realities of modern military engagement.

The author proposes a rediscovering of authority, its origins, and the purpose of it and its subsidiary nature. He poses the principle of a renewed subsidiarity without revolutionizing the exercise of power.

A peace-keeping mission is characterized by the non-usage of force. After the Cold War, the UN has yet to use force in order to preserve international peace and security.

The author examines the political and economic situation in Kiev, Moscow, and Brussels and pleads for the reinforcement of European soft power in order to handle the geopolitical changes in course.

An instantaneous analysis of the military dimension of the Russia-Ukraine crises reveals new combinations. Special Forces and active militias, in concert, steer a limited war with decisive effects.

The comparison between the crisis of Kosovo and that of Crimea is productive but irritates the Serbian leadership which threatens Brussels and Moscow. Can one genuinely think of European geopolitics without Russia?

The capacity adjustments of the British Ministry of Defence (MOD) has resulted in bad habits when it comes to their air capabilities. The Royal Air Force is better treated than the Royal Navy, but it is the Army who is preferred by the Strategic Defence and Security Review (SDSR).

Castex, in 1929, analyzed the strategic coherence of the French colonial empire that had developed without a coherent geo-strategic vision or naval assurance. He proposed to alleviate it, but without a geo-strategic or geoeconomic vision of his own.

Book reviews

Frédéric Bozo : Histoire secrète de la crise irakienne  ; Éditions Perrin, 2013 ; 408 pages - Jérôme Pellistrandi

Claire Fourier : L’amour aussi s’arme d’acier  ; Éditions Dialogues, 2013 ; 192 pages - Pascal Lecardonnel

Jean-Pierre Rioux : La mort du lieutenant Péguy, 5 septembre 1914  ; Éditions Tallandier, 2014 ; 270 pages - Jérôme Pellistrandi

Revue Défense Nationale - Juin 2014 - n° 771

L'embardée ukrainienne amorce-t-elle un changement de cap pour les relations internationales ? Annonce-t-elle le retour de tensions militaires proches ? Certains le redoutent, enfermés dans la perspective coopérative d'une mondialisation heureuse ; d'autres l'espèrent secrètement, nostalgiques de l'ordre simplifié de la guerre froide et de ses avantages idéologiques et militaro-industriels. Tous s'inquiètent de l'inconsistance stratégique et de la modicité militaire de l'Europe. Tous aussi semblent négliger des continuités essentielles car porteuses de régulations et de canaux d'intérêts communs.

Mais pour aborder avec sang-froid ce coup de tabac au cœur de l'Europe orientale, encore faut-il savoir regarder notre continent pour ce qu'il est, un cœur de civilisation et un centre de gravité stratégique et non la périphérie orientale d'un Occident incertain. En cette période de rendez-vous électoral, on regrette un manque de centralité européenne, socio-économique, ethno-religieuse, industrielle et politique. Le modèle européen de puissance, ballotté, incapable d'affirmer la valeur de sa norme globale se laisse enrôler bien facilement dans des dynamiques externes qui le mettent au défi, à l'Ouest avec un lien transatlantique exigeant, au Sud avec un voisinage méditerranéen instable et à l'Est avec un monde slave rugueux ouvert sur l'Eurasie. Au centre, reste une Europe qui hésite à devenir européenne.

Comment aujourd'hui éviter d'installer de nouvelles lignes de division autour de l'Europe occidentale, de les militariser et d'investir de fortes sommes dans des murs anachroniques, voire de vrais rideaux de fer pour se protéger de l'effervescence d'une planète qui poursuit sa croissance et sort du système qui fonctionnait tant bien que mal depuis 1945 ? En tirant enfin parti de l'excellente position stratégique d'un noyau européen dont le cœur est franco-allemand et la périphérie dessinée par la géographie physique et humaine, de l'Atlantique à l'Oural et du Cap Nord au Sahel. Mais l'Union actuelle peut-elle y pourvoir ? La continuité territoriale est une réalité stratégique autant porteuse de coopération fructueuse que de tensions meurtrières, les Européens à la longue histoire l'ont souvent expérimenté. Le XXIe siècle stratégique n'est pas d'abord le prolongement du XIXe nationaliste et conflictuel ; il est le siècle de la mondialisation et de ses effets prometteurs qui relient mieux que jamais producteurs et consommateurs et crée solidarité, subsidiarité et surtout interdépendances ; les peuples l'exigent. Et la maritimisation qui la ventile, comme l'oxygène les poumons, met le vaste système européen au cœur des marchés du monde. Les atouts européens sont ces continuités positives, à promouvoir et protéger, de la géopolitique et de la géoéconomie.

Telles sont vues d'un stratégiste qui tire sa révérence les pistes à explorer pour éviter l'enlisement dans lequel nous risquons d'épuiser les ressources comptées que le pays peut consacrer à sa sécurité et à sa survie comme acteur stratégique indépendant, faiseur d'histoire et non défenseur appliqué d'un ordre qui fut efficace mais qui se périme rapidement. La « Chaire des grands enjeux stratégiques contemporains » offre ici de remarquables éclairages sur les contrastes d'une scène stratégique bien tumultueuse en ce mois de juin qui justifie ce numéro conséquent dans la lignée du 75e anniversaire de la RDN.

Jean Dufourcq

Décembre 2019
n° 825

Le droit et l'usage de la force armée

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