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Le Levant demeure une zone de fortes turbulences, comme en témoigne la guerre civile qui ravage la Syrie et qui n’est pas sans rappeler la guerre civile espagnole. Après des préliminaires méthodiques, l’auteur met en exergue les trois clés du Levant : la quête identitaire des peuples, celle du pouvoir et le jeu des puissances. En exhumant des articles publiés par la RDN depuis soixante ans, il démontre également l’existence d’une véritable école de pensée géostratégique française spécialisée dans l’étude de cette région du Levant. Lire la suite

Perspective stratégique

Après avoir rappelé la nature de l'administration du Levant d'abord par l'Empire ottoman pendant quatre siècles puis par le mandat français pendant plus de vingt-cinq ans, l'auteur relève dans la politique turque, face à la guerre civile syrienne, des tentations néo-ottomanes de promotion de l'Islam politique sunnite et, dans la politique française, un retrait de la protection traditionnelle des minorités.

Le Cham, nom arabo-musulman de la Syrie, garde une trace profonde de l'administration confiée par la SDN à la France et au Royaume-Uni. Le Levant français fut un territoire délibérément divisé pour endiguer un nationalisme arabe stimulé par les Britanniques. L'actuel régime syrien, bien qu'héritier du Baasisme panarabe, recourt à cette même stratégie pour se maintenir mais menace de ce fait aussi le fragile équilibre politico-confessionnel libanais.

De restructurations en fractures et décompositions, le Levant sorti de l'ère coloniale est entré pour l'auteur dans une phase sans doute irréversible de dérive à la libanaise, qui devrait voir des États de plus en plus postiches subir des frictions internes et externes qui en feront un pôle durable de violence.

L’auteur discerne derrière les turbulences actuelles des facteurs de recomposition du paysage régional suffisants pour permettre aux sociétés moyen-orientales de détruire le « mur de la peur » et d'échapper à terme à la fatalité crisogène actuelle.

Le recul que procure l'analyse historique sur cette région du monde où interfèrent de nombreux jeux de puissance et où la religion entretient un climat de crise permet à l'auteur d'identifier une question d'Occident en Orient et de dénoncer le fait que l'Est de la Méditerranée soit devenu « un arc de tempêtes et un champ de mines ».

La fin des régimes autoritaires établis sur base minoritaire ne signifie pas pour autant la possibilité du développement de projets de réaménagement des États postcoloniaux sur des bases communautaires. Le Levant va continuer à être un objet malmené par le jeu des puissances.

En trois temps complémentaires, l'auteur esquisse une triple feuille de route pour sortir le Levant de l'ornière dans laquelle ses convulsions internes et le « Grand Jeu » externe le maintiennent: résolution de la compétition entre modèles politiques islamiques, réconciliation des sociétés levantines avec l'État moderne et nouveau contrat à établir entre majorité et minorités.

Les fondamentaux stratégiques du Levant changent rapidement, priorités, acteurs, projets. Trois scénarios possibles se profilent : transition démocratique, dictature militaire et guerre civile. C'est avec cet appareil analytique que l'auteur fait un tour d'horizon inquiet des évolutions en cours au Levant et en Afrique du Nord.

C'est avec la prudence du prospectiviste que l'auteur analyse les évolutions de la crise syrienne qui clôt pour lui les Printemps arabes dans l'indétermination durable des tensions arabe-kurde-persane et sunnite-chiite. C'est de l'évolution du rapport de force entre l'Arabie saoudite et l'Iran que dépendra en grande partie le degré d'influence respective des États-Unis et de la Russie au Levant.

En dépit d'une unité théorique de langue et de religion, le Printemps arabe a vu une recomposition des relations régionales, notamment avec le Maghreb. Complexité des politiques menées par l'Arabie saoudite et le Qatar, complexité des clivages entre Sunnites et Chiites, complexité des régimes tiraillés entre conservateurs et modernistes. Les relations entre les divers pôles du monde arabe n'ont pas fini d'évoluer.

Le Printemps arabe a de facto affaibli l'intérêt pour le conflit israélo-palestinien. Le choix par le Hamas de soutenir les Frères musulmans et la rébellion syrienne, à la différence du Fatah plus prudent, n'a pas été jusqu'à présent bénéfique. À l'inverse, le blocage d'un règlement négocié par Israël fragilise l'Autorité palestinienne.

La question palestinienne reste particulièrement sensible avec d'une part, une politique de colonisation israélienne très agressive, déniant certains accords internationaux et d'autre part, un blocage du processus de négociation pour la création d'un État palestinien viable.

Le clivage historique entre Juifs ashkénazes et sépharades s'est traduit par une incapacité mutuelle à comprendre le monde levantin. Le durcissement des positions politiques des uns et des autres ne laisse pas entrevoir de pistes d'ouverture à court terme.

Le conflit syrien n'a pas entraîné paradoxalement une confrontation entre le Hezbollah et Israël. Bien au contraire, chaque partie a évité soigneusement des provocations pouvant dégénérer. Cependant, la guerre en Syrie, en s'éternisant, pourrait modifier à terme les rapports de force entre Israël et le Hezbollah.

La faiblesse constitutive de l'État dans la géographie complexe du Levant reste un frein à l'émergence de la paix et donc du développement pacifié de la région. La crise actuelle qu'a ouvert le Printemps arabe risque donc de perdurer.

En reprenant un à un les jeux d'acteurs dans la région et en évaluant les options qui s'offrent à chacun pour défendre ses intérêts et son influence, l'auteur conclut à une vraisemblable fluidité des relations, des partenariats et des alliances dans un jeu plus westphalien que tenant du multilatéralisme classique.

Mémoire stratégique

Revue Défense Nationale - Été 2014 - n° 772

The Levant has long been a troubled area, witness the civil war currently raging in Syria, which is not without a certain similarity to the Spanish civil war. After outlining a few preliminaries, the author highlights the three keys to the Levant: the search for identity among the populations, the quest for power and the ensuing power games. Through a review of articles published in RDN over the past 60 years he unveils a genuine French school of geostrategic thought, specialised in this region of the Levant. Read more

After outlining the four centuries of Ottoman Empire administration of the Levant, and then the French Mandate, which lasted over 25 years, the author takes a look at current Turkish and French policies. In the face of the Syrian civil war, Turkish policy reveals vestiges of neo-Ottoman thinking in its promotion of Sunni Islam politics. French policy, on the ether hand, reveals a retreat from its traditional protection of rninorities.

In Arabic usage, al-Sham, the name usually given to Syria, retains a significant flavour of the administration given by the League of Nations to France and the UK. French Levant was a territory deliberately divided in order to hold in check the Arab nationalism stimulated by the British. The current Syrian regime, although based on pan-Arab Ba'athism, is harking back to the same strategy in its fight for existence and yet at the same rime is threatening the fragile politico-religious balance in Lebanon

Restructuring amid splits and break-ups would seem to be the lot of the Levant as it leaves the post-colonial era and enters another, in which probably irreversible excesses such as have been seen in Lebanon are becoming the norm. Existing states are likely to become more and more irrele­vant as they suffer from internal and external frictions which will surely lead to widespread and las­ting violence in the area.

The author shows that behind current disturbances there are enough factors for rebuilding the regional landscape in order for Middle-Eastern societies to tear down the wall of fear and, in the longer term, to escape from the current endless series of crises.

In his thorough analysis of the history of this region of the world in which numerous power games are played out and in which religion maintains a climate of crisis, the author looks at the issues arising from the presence of the West in the East and shows that the eastern Mediterranean is far from having become, as some think, a stormy minefield.

Ending authoritarian minority regimes does not of itself mean that there is common accord on developing projects for rebuilding post-colonial states. The Levant will continue to be mishand­led as a result of power games.

In three complementary steps, the author outlines three possible paths for the Levant to extract itself from the mire in which its internal convulsions and the great external game are currently holding it: resolving the competition between different Islamic political models, reconciliation of Levantine societies with the structure of a modern state and establishing new arrangements for the majority and minorities to live together.

Strategic fundamentals in the Levant change rapidly, be they priorities, players or projects. There would seem to be three possible scenarios: democratic transition, military dictatorship or civil war. The author takes a worried all-round look at what is currently happening in the Levant and in North Africa.

With a considerable amount of prudence, the author analyses the Syrian crisis, which for him represents the closing stage of the Arab Spring in an atmosphere of uncertainty resulting from Arab-Kurd-Iranian and Sunni-Shi'ite tensions. The degree of influence that the United States and Russia can bring to bear on the Levant will much depend upon developments in the trial of strength being staged between Saudi Arabia and Iran.

Despite common language and religion, which in theory ought to be uniting factors, the Arab Spring led to rearrangements in regional relations, notably with the Maghreb. Complexity is the keyword: in the policies followed by Saudi Arabia and Qatar, in the schisms between Sunnis and Shi'ites, and in the regimes torn between conservatism and modernism. Developments in relation­ships between the many different parts of the Arab world are far from complete.

It is a fact that the Arab Spring has reduced interest in the Israel-Palestinian conflict. Hamas's decision to support the Muslim Brotherhood and the Syrian rebellion, instead of a more prudent Fatah, has up to now not served ir well. On the contrary, the blocking of a settlement negotiated by Israel is actually weakening Palestinian authority.

The Palestinian question remains as sensitive as ever, since on one hand there is the aggres­sive Israeli colonisation policy to be considered, one which flies in the face of a number of international agreements, and on the ether the stalling of the negociation process aimed at creating a viable Palestinian state.

The historical schism between Ashkenazi and Sephardi Jews has resulted in a mutual inability to understand the Levantine world. Hardening of political positions on both sides has, in the short term at least, left no possibility for reconciliation.

It seems perhaps strange that the Syrian conflict has not brought with it any confrontation between Hezbollah and Israel. Quite the contrary, in fact: each side has carefully avoided any provo­cation that might degenerate. Nevertheless, were the war in Syria to continue into the longer term, it might ultimately alter the power balance between Israel and Hezbollah.

Constructional weaknesses among states in the highly complex geography of the Levant continue to hold back any move towards peace, and therefore towards any peaceful development in the region. The current crisis that began with the Arab Spring is likely to continue.

By examining one by one the moves made by players in the region, the article evaluates the options open to each to defend his interests and his influence. The author's clear conclusion is that there is apparent an ever changing state of relations, partnerships and alliances in a game more reminiscent of Westphalian politics than of conventional multilateralism.

Revue Défense Nationale - Été 2014 - n° 772

Il n'y a pas d'éditorial pour ce numéro.

Été 2019
n° 822

La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation

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