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En retenant il y a quelques mois le thème du nucléaire militaire pour le numéro de l’été 2015, le comité de rédaction de la Revue Défense Nationale avait pour objectif de nourrir le débat sur les questions stratégiques de sécurité et de défense qui se posent à la France, plus d’un demi-siècle après l’exposé, dans la même Revue, des thèses qui avaient alors fondé le concept de la dissuasion. Lire la suite

 

La Revue Défense Nationale s’est toujours préoccupée du débat nucléaire avec la publication d’articles fondateurs de notre doctrine de dissuasion. Le numéro propose ainsi de dresser un panorama des enjeux et questions autour du nucléaire militaire et d’ouvrir des perspectives d’avenir.

 

Perspective stratégique

Le discours récent du président de la République à Istres constitue la « feuille de route » pour la dissuasion des années à venir avec une impression de continuité, mais aussi la volonté de poursuivre la pérennisation des moyens par leur « maintien à niveau ».

 

La dissuasion reste au cœur de notre défense et garantit l’indépendance de la France pour ce siècle. Le processus régulier de modernisation est essentiel et contribue directement à la crédibilité de toutes les composantes de nos forces.

 

Empêcher l’adversaire d’agir en lui imposant un prix trop élevé a souvent été utilisé comme moyen d’action. La dissuasion classique a ainsi été au cœur de la politique de plusieurs États avec l’utilisation de systèmes fortifiés comme le fit Vauban avec la défense du « Pré Carré ».

 

La Fost est en opération depuis 1971 en assurant la permanence à la mer, de la dissuasion avec ses SNLE et toutes les composantes nécessaires pour en assurer la crédibilité. Cet effort est la résultante de l’engagement de tout un système cohérent, à la juste dimension, servi par des femmes et des hommes au professionnalisme exemplaire.

 

La composante aéroportée est un atout majeur dans la stratégie de dissuasion nucléaire, en apportant de nombreuses pertinences, au moment où d’autres États développent des capacités aéroportées de nouvelle génération.

 

Pour la DGA, la dissuasion est structurante depuis sa création dans les années 1960. Aujourd’hui encore, la DGA joue un rôle majeur en assurant la cohérence globale, avec le CEA, de toutes les composantes de la dissuasion entre les forces et les industriels.

 

Le porte-avions Charles-de-Gaulle participe à la dissuasion nucléaire avec la mise en œuvre de la Force aéronavale nucléaire autour du binôme Rafale-ASMP-A, permettant une capacité d’action importante grâce aux qualités intrinsèques du porte-avions.

 

Le Service de protection radiologique des Armées est le « bras armé » du SSA pour toutes les questions liées au nucléaire et notamment pour le suivi du personnel affecté à l’ensemble des composantes de la dissuasion. Le SPRA constitue, de ce fait, un outil essentiel pour le bon fonctionnement des  opérations.

 

Le CEA est depuis sa création en 1945 un acteur central du nucléaire français. La Division des applications militaires (DAM) a conduit tous les programmes liés à la dissuasion et poursuit son travail d’expertise tout en participant au débat scientifique et éthique.

 

DCNS conçoit, construit et entretient les SNLE mis en œuvre pour assurer la dissuasion depuis plus de cinquante ans. Cette filière contribue directement à la souveraineté nationale et permet également le développement de nombreux programmes, y compris à l’exportation.

 

Le missile aéroporté – ASMP-A – produit par MBDA, est un élément-clé de la dissuasion nucléaire. Pour l’industriel, les enjeux sont essentiels, et produire le meilleur missile structure toute l’entreprise avec des effets et une synergie bénéfique, y compris pour les armements conventionnels.

 

Depuis près de cinquante ans, le développement des missiles balistiques des SNLE a directement contribué à la filière spatiale avec Ariane. La dualité des technologies est un atout majeur et contribue à maintenir l’indépendance stratégique nationale.

 

Le développement de la défense antimissiles, souhaité par les États-Unis, est antinomique avec le concept de dissuasion et pourrait à terme entraîner une dépendance forte vis-à-vis des Américains, au détriment de la souveraineté nationale.

 

L’Inde et le Pakistan sont à la fois puissances nucléaires mais aussi en rivalité permanente depuis l’indépendance en 1947. L’équation dissuasive est complexe et évolue rapidement d’autant que les deux États modernisent leurs arsenaux.

 

L’Asie de l’Est est concernée par la prolifération nucléaire avec des pays possesseurs de l’arme comme la Chine ou la Corée du Nord et d’autres dits du « Seuil ». La modernisation des moyens chinois entraîne de facto une course régionale aux armements.

 

La Corée du Nord poursuit ses efforts pour renforcer son arsenal nucléaire, avec le premier objectif d’assurer la pérennité du régime. Seule la négociation dans la durée permettrait d’envisager la fin d’une course aux armements par nature dangereuse.

 

La Russie modernise son arsenal nucléaire non pas dans un but offensif, mais plutôt pour assurer sa défense face à des pays occidentaux menés par les États-Unis trop enclins à présenter Moscou comme un adversaire potentiel et non comme un partenaire.

 

Le réalisme en matière de dissuasion doit désormais prévaloir avec le réarmement de la Russie. La prise en compte du fait nucléaire dans la guerre hybride ne doit donc pas être occultée.

 

La Belgique envisage le remplacement de ses avions F-16 aujourd’hui à capacité nucléaire, dans le cadre de l’Otan. Les choix de Bruxelles quant au prochain appareil seront donc déterminants et s’inscriront dans une dimension politique européenne qu’il reste à définir.

 

Israël dispose d’un armement nucléaire – bien que non reconnu officiellement par Tel Aviv – capable de dissuader des adversaires potentiels dont l’Iran en priorité. L’ambiguïté de la position israélienne est aussi de participer à la crédibilité de sa stratégie.

 

La modernisation de la dissuasion nucléaire russe est une priorité majeure pour Moscou qui n’a de cesse d’annoncer et de lancer de nouveaux programmes très ambitieux, en jouant de rivalité avec les États-Unis.

 

La dissuasion nucléaire ne serait pas aussi efficace que le prétendent ses partisans au regard d’une lecture critique de l’histoire de la Bombe depuis 1945. Dès lors, on pourrait s’interroger sur son avenir.

 

La dissuasion nucléaire française conserve toute sa légitimité, alors même qu’une réduction sensible des capacités a été conduite. Désormais, il convient de préserver les moyens actuels et de préparer le futur, sous réserve d’en avoir la volonté politique.

 

La dissuasion nucléaire est considérée comme obsolète et ne répondant plus aux besoins de défense actuels. Un débat citoyen est nécessaire en préconisant une Europe de la défense plus à même de répondre aux défis sécuritaires.

 

Les compétences dans le nucléaire sont rares et nécessitent un effort prolongé dans le temps, sachant qu’il existe une vraie synergie entre les domaines militaires et civils. Réduire le nucléaire civil pourrait donc s’avérer contre-productif y compris pour la crédibilité de la dissuasion française.

 

Le missile balistique, depuis les premiers V2, dispose d’un avantage psychologique majeur très déstabilisant pour les pays cibles. La prolifération actuelle, aux effets militaires limités, peut inquiéter en donnant une capacité potentiellement dévastatrice au missile.

 

La doctrine française vise à protéger les intérêts vitaux nationaux par la dissuasion dont la logique passe par le non-emploi a priori. Or, les évolutions actuelles du contexte stratégique ne doivent pas laisser croire à un adversaire que le non-emploi signifie le renoncement à l’emploi.

 

Le nucléaire militaire ne se limite pas à un catalogue d’armes aux effets terrifiants mais construit une « sphère stratégique » dépassant les milieux classiques, en développant un ensemble cohérent où principes et doctrines, associés aux équipements, confèrent aux puissances nucléaires une capacité sans équivalent.

 

La doctrine actuelle de dissuasion doit pouvoir évoluer pour prendre en compte de nouvelles menaces en proposant une approche globale mieux compréhensible et donc plus dissuasive face à des adversaires potentiels.

 

La dissuasion française nécessite un renouvellement de la réflexion doctrinale indispensable pour ne pas laisser en friche le débat avec le risque de fragiliser la crédibilité de notre stratégie par une indifférence érodante.

 

L’Europe est censée bénéficier du parapluie nucléaire américain, acceptant de facto une perte de souveraineté. La dissuasion française pourrait s’inscrire dans une dimension européenne, à condition de construire une véritable politique de défense européenne.

 

L’arme atomique n’est pas une finalité tant son emploi serait destructeur. Cependant, la France, peut jouer un rôle actif dans le monde – par son statut nucléaire – en agissant pour défendre la paix, y compris en intervenant militairement.

 

La dissuasion française conserve toute sa pertinence avec ses deux composantes au format déjà limité à la stricte suffisance alors même que d’autres puissances ont entamé une modernisation de leurs arsenaux, en particulier la Russie. Baisser la garde serait inéluctablement renoncer à notre souveraineté.

 

Le débat autour du nucléaire doit également porter sur la volonté de désarmer, tant le risque est grand d’un dérapage dramatique. Cela doit inciter à élargir la dissuasion, quitte à alimenter la controverse.

 

Une démarche volontariste de désarmement nucléaire conduite par la France pourrait être bénéfique en contribuant à diminuer les tensions actuelles, notamment entre Moscou et Washington. La discussion doit être lancée pour supprimer les armes nucléaires.

 

La dissuasion nécessite un vrai débat portant sur sa finalité et les moyens nécessaires. Une approche a minima pourrait se révéler plus pertinente, tout en dégageant des économies à réinvestir dans les programmes conventionnels.

 

Bibliographie

Alexandre Paringaux (dir.) : Les Forces aériennes stratégiques - 50 ans d’alertes nucléaires ; Zéphyr Éditions, 2015 ; 146 pages Lire la suite

 

Revue Défense Nationale - Été 2015 - n° 782

Revue Défense Nationale - Été 2015 - n° 782

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Mars 2019
n° 818

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