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Ennemi, guerre, terrorisme, djihadisme… Ces mots résonnent désormais partout au quotidien, dans les médias, dans les discussions et au café du commerce comme si cette réalité violente était redécouverte par une opinion publique jusqu’à présent anesthésiée face à ces menaces. La sidération provoquée par les attentats de janvier puis de novembre 2015 a montré que la cible était désormais la communauté nationale dans sa diversité, au risque de confusions et d’amalgames dans un contexte géostratégique marqué par le désordre mondial et l’absence de leadership. Lire la suite

 

Penser la guerre… hybride ?

Les nouvelles conflictualités imposent d’élargir notre stratégie en adoptant une autre approche – l’hybridité – élargissant notre rayon d’action par la mobilisation de leviers différenciés, permettant d’anticiper et d’agir de façon plus agile tout en renforçant notre résilience globale.

 

L’hybridité des menaces impose de nouvelles réponses hybrides utilisant des outils innovants permettant de traiter les flux réels et virtuels mis en œuvre face à des adversaires irréguliers. L’usage de la « prévention augmentée » permettrait ainsi d’accroître la protection de nos sociétés.

 

Le cyber est un champ d’action majeur dans le cadre de la guerre hybride, en démultipliant les possibilités de déstabilisation. L’appui cyberélectronique devient une composante essentielle pour dématérialiser un conflit tout en imposant à l’adversaire des dommages réels en limitant sa liberté de manœuvre.

 

La guerre hybride est « tendance » aujourd’hui et oblige à revoir les classiques de la stratégie avec un terrorisme islamiste en pleine expansion s’appuyant sur un terreau fertile, y compris en France. Cela nous oblige à repenser nos modes d’action, avec cependant de vrais atouts pour nos armées.

 

La guerre hybride n’est pas une nouveauté. Elle a toujours existé même si ses modalités ne cessent d’évoluer, notamment en intégrant le champ des perceptions grâce au cyber, outil désormais indispensable des guerres régulières et irrégulières auxquelles nous devons faire face.

 

Le concept de guerre hybride connaît un succès certain, tant du point de vue institutionnel – nombre d’États l’ont plus ou moins intégré au titre des menaces auxquelles ils auront à faire face – que par la publication de nombreux travaux. Or, il faut aussi constater que les débats entourant l’hybridité rencontrent aujourd’hui plusieurs écueils.

 

L’Union européenne devrait se doter d’une stratégie hybride lui permettant ainsi de mieux préserver son modèle politique, en évitant que d’autres puissances, notamment la Russie, n’utilisent les outils d’hybridité pour la déstabiliser et la fragiliser par des actions remettant en cause sa légitimité.

 

Parler de la « guerre hybride » est au mieux une erreur, au pire un travestissement de la réalité du phénomène « guerre ». L’hybridité est d’abord un effet de mode sémantique pour décrire des évolutions du champ stratégique. Or, l’histoire montre que par nature les conflits ont tous été de forme différente. Une hybridité avant l’heure ?

 

Contrepoint – Défendre le territoire national

Les récentes attaques terroristes en France obligent à réfléchir au cadre juridique d’engagement des armées sur le territoire national en proposant une nouvelle approche plus réaliste face à des adversaires déterminés à tuer. Les enjeux sont complexes et méritent une remise à jour de la notion de légitime défense.

 

Les attaques de novembre 2015 ont appelé la France à invoquer l’article 42§7 du Traité de l’Union européenne pour pouvoir lutter efficacement contre le terrorisme perçu comme une menace pour tous les États- membres. Ce choix politique – pertinent – est un signal fort lancé à l’Europe.

 

Approches régionales - Le conflit israélo-palestinien

Le conflit israélo-palestinien semble dans une impasse malgré les initiatives européennes et en particulier françaises. Le blocage est total et l’intransigeance israélienne ne facilite pas la reprise d’un dialogue pourtant nécessaire, au risque d’une nouvelle Intifada meurtrière.

 

Israël privilégie avant tout sa sécurité, mettant en arrière-plan la résolution du conflit avec les Palestiniens. L’absence de progrès réel traduit un durcissement sécuritaire dont les conséquences sont inquiétantes et n’incitent pas à l’optimisme, tant les positions semblent de part et d’autre s’être radicalisées.

 

Repères - Opinions

La coopération sur le nucléaire militaire pourrait devenir très pertinente avec un accroissement des discussions dans un cadre trilatéral permettant de mieux répondre à d’éventuelles menaces communes autour du seuil nucléaire et préparer l’avenir.

 

La question du drapeau a retrouvé sa symbolique après les attentats de novembre 2015. Repère désuet ou fédérateur, le drapeau français est la résultante d’une histoire qu’il convient de se réapproprier pour mieux en comprendre les enjeux mais aussi sa modernité, dans le débat sur l’identité nationale.

 

La désintégration de la Syrie et de l’Irak au profit d’un proto-État, l’État islamique, remet en question de nombreuses certitudes, en particulier pour le mode de pensée français se référant au concept d’État-Nation. La revendication identitaire de Daech est d’un autre ordre et obéit à des ressorts politiques et culturels de nature fondamentalement différente.

 

Le Royaume-Uni a accru son engagement dans la lutte contre le terrorisme islamiste avec une perception accrue des risques qui touchent également la population britannique. Cet effort militaire s’effectue alors même que les armées ont connu de grandes difficultés suite aux opérations en Afghanistan et en Irak.

 

Chroniques

 
 

Recensions

Xavier Panon : Dans les coulisses de la diplomatie française - De Sarkozy à Hollande  ; L’Archipel, 2015 ; 480 pages - Eugène Berg

Ancien rédacteur en chef à RMC et BFM, Xavier Panon qui a été éditorialiste au quotidien La Montagne livre un récit complet, fort bien enlevé sur la politique étrangère de la France de 2007 au début de 2015, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy et la première partie du mandat de François Hollande. Il s’inscrit là dans la veine d’Albert du Roy ou d’Hubert Coudurier, utile pour sauvegarder une mémoire de l’action présidentielle sur le terrain de la diplomatie, de la stratégie, de la défense et de la politique européenne. Lire la suite

 

Marc Fromager est directeur de l’AED (Aide à l’Église en détresse) en France. Très impliqué sur le terrain pour soutenir les communautés chrétiennes en proie aux difficultés, notamment au Proche et Moyen-Orient, il livre ici un cri d’urgence pour rappeler à un Occident souvent aveugle par lâcheté le sort dramatique de ces dernières. Lire la suite

 

Claude Weber (dir.) : Les femmes militaires  ; Presses universitaires de Rennes, 2015 ; 273 pages - Audrey Hérisson

Il était devenu nécessaire, après l’immense débat soulevé par la parution du livre La guerre invisible en 2014, de revenir sur le thème des femmes dans les armées selon une approche scientifique et objective. Les études sociologiques sur les femmes militaires sont nombreuses, mais elles commençaient également à dater, la plupart ayant été conduites à la fin des années 1990 au moment de la professionnalisation des armées. Lire la suite

 

Alain Finkielkraut : La seule exactitude  ; Stock 2015 ; 300 pages - Claude Le Borgne

Sous un titre emprunté à Péguy, Alain Finkielkraut réunit, dans l’ordre de leur parution de 2013 à 2015, plusieurs dizaines de ses chroniques, chacune replacée dans son contexte par les soins d’Élisabeth Lévy. Le genre peut déplaire (redites, pensera-t-on), il apparaît, à la lecture, bien justifié. Lire la suite

 

Gérard Fellous : Daech – « État islamique »  ; L’Harmattan, 2015 ; 268 pages - Claude Le Borgne

Daech est l’acronyme d’un titre un peu lourd : Daoulat islamiya fil ‘Iraq ou ech Cham, État islamique d’Irak et de Syrie. Rares sont les auteurs qui ont osé présenter ce nouveau-né. Il faut savoir gré à Gérard Fellous de le faire, en trois entrées, description du proto-État, coalition réunie contre lui, racines culturelles du « monstre ». Lire la suite

 

Revue Défense Nationale - Mars 2016 - n° 788

Thinking About (Hybrid?) Warfare

New conflicts demand an expansion of our strategy by adopting another approach—hybridity—widening our radius of action through the mobilization of differentiated levers. This permits anticipation and action in a more agile way, all while reinforcing our global resilience.

The hybridity of threats imposes new, hybrid responses using innovative tools permitting the treatment of real and virtual fluctuation, implemented when faced with irregular adversaries. The usage of “augmented prevention” thus permits an intensification of the protection of our societies.

Cyber issues comprise a major field of action in the context of hybrid warfare, multiplying possibilities for destabilization. Cyber-electronic support has become an essential component to the diffusion of conflict, but at the same time imposes real damages on the adversary by limiting its maneuvering freedom.

Hybrid warfare is a “trend” of today and necessitates the review of classical strategy, with Islamic terrorism clearly expanding, supported by a fertile breeding-ground of which France is a component. This obliges us to rethink our modes of action, with real assets for our Armed Forces.

Hybrid warfare is not a novelty. It has always existed even though its modalities unceasingly evolve, notably by integrating the field of perceptions, thanks to cyber development, a tool indispensable for regular and irregular warfare which we must confront.

The concept of hybrid warfare recognizes a certain success, as much from an institutional point of view—a number of nations have more or less integrated it by way of the threats they face—as from the publication of numerous works. Yet, it is necessary to observe that debates surrounding hybridity today also meet several pitfalls.

The European Union should adopt a hybrid strategy allowing it to better preserve its political model, preventing other powers, notably Russia, from using tools of hybridity to destabilize it and render it more fragile through actions calling its legitimacy into question.

Speaking of “hybrid warfare” is at best an error, at worst a distortion of the reality of the phenomenon of “war”. Hybridity is primarily an effect of semantic modes of describing evolutions on the strategic field. Yet, history shows that conflicts—by nature—have each possessed different forms. Hybridity ahead of its time?

Counterpoint–Defending National Territory

Recent terrorist attacks in France necessitate reflection on the juristic engagement of the Armed Forces on national territory by proposing a new and more realistic approach facing adversaries determined to kill. These issues are complex and merit a modernization of the notion of a legitimate defense.

The November 2015 attacks called upon France to invoke the 42§7 article of the Treaty of the European Union to be able to effectively combat terrorism, perceived as a threat for all of the member-states. This political—and relevant—choice is a strong signal launched at Europe.

Regional Approaches–The Israeli-Palestinian Conflict

The Israeli-Palestinian conflict seems to be at an impasse, despite European initiatives, particularly those of France. This blockage is complete, and the inflexibility of Israel does not facilitate a resumption of conversation, however necessary, with the risk of a new and deadly intifada.

Israel, privileging its security before everything else, relegates the resolution of conflict with Palestinians to the background. The absence of real progress translates to an intensification of security whose consequences are worrying and do not encourage optimism, as the positions of both sides seem to be radicalized.

Opinions and Viewpoints

Cooperation concerning nuclear military power has become very relevant, with an increase in discussions in a trilateral setting permitting better response to potential threats shared around the nuclear threshold and better preparation for the future.

The flag has rediscovered its symbolism after the November 2015 attacks. Whether as a dated or unifying point of reference, the French flag is the result of a history whose ownership is necessary to reclaim in order to better understand its issues and also its modernity, in the discussion of national identity.

The disintegration of Syria and Iraq to benefit a proto-state, the Islamic State, brings into question numerous certitudes, particularly concerning the French mode of thinking referring to the concept of the Nation-State. The Daech’s demand for identity is of another order, and obeys political and cultural motivations of a fundamentally different nature.

The United Kingdom has mounted its engagement in a fight against Islamic terrorism with an understanding amassed from risks that also touch Britain’s population. This military effort is implemented even as the Armed Forces recognize great difficulties following operations in Afghanistan and Iraq.

Chronicles

Book reviews

Xavier Panon : Dans les coulisses de la diplomatie française - De Sarkozy à Hollande  ; L’Archipel, 2015 ; 480 pages - Eugène Berg

Claude Weber (dir.) : Les femmes militaires  ; Presses universitaires de Rennes, 2015 ; 273 pages - Audrey Hérisson

Alain Finkielkraut : La seule exactitude  ; Stock 2015 ; 300 pages - Claude Le Borgne

Gérard Fellous : Daech – « État islamique »  ; L’Harmattan, 2015 ; 268 pages - Claude Le Borgne

Revue Défense Nationale - Mars 2016 - n° 788

Ennemi, guerre, terrorisme, djihadisme… Ces mots résonnent désormais partout au quotidien, dans les médias, dans les discussions et au café du commerce comme si cette réalité violente était redécouverte par une opinion publique jusqu’à présent anesthésiée face à ces menaces. La sidération provoquée par les attentats de janvier puis de novembre 2015 a montré que la cible était désormais la communauté nationale dans sa diversité, au risque de confusions et d’amalgames dans un contexte géostratégique marqué par le désordre mondial et l’absence de leadership.

En effet, cela fait des années que nos armées sont confrontées dans les théâtres d’opérations à des ennemis dont la volonté agressive est un fait quotidien, hier en Afghanistan, aujourd’hui dans la bande sahélo-saharienne ou en Irak et en Syrie. Travailler sur la conflictualité pour mieux la comprendre, et donc la combattre, reste cependant essentiel car si les fondamentaux de la guerre demeurent, l’éventail des actions s’est élargi avec de nouvelles cibles, réelles comme notre société, virtuelles à travers la propagande sur les réseaux sociaux visant à recruter de futurs terroristes. Du Scalp-EG à Facebook, la guerre est protéiforme, hybride pour certains. Ce terme, apparu il y a peu, a suscité de nombreux écrits et recherches sur la pertinence de ce concept. Il était donc légitime que la Revue Défense Nationale y consacre son dossier alors même que la France est en guerre face à la menace islamiste, par nature hybride, tant à l’extérieur que sur le territoire national. À cet égard, le colloque récent du Centre de doctrine d’emploi des forces (CDEF), dont certains articles en sont l’écho ici, a bien montré l’ubiquité de cette menace et donc le besoin d’une adaptation permanente de notre doctrine et de nos modes d’action, avec cependant un préalable trop souvent négligé, celui d’avoir les moyens suffisants pour s’engager.

L’hybridité n’exclut pas de rappeler qu’au-delà des effets de mode, des réalités existent comme les règles juridiques d’engagement de nos forces dans le cadre de Sentinelle. Il est clair qu’un besoin d’adaptation se pose alors même que l’adversaire est désormais prêt à mourir pour sa cause. Le débat, déjà présenté dans le numéro de janvier, se poursuit ici, en attendant de prochaines décisions interministérielles sur la mission des armées en France même.

L’incertitude stratégique, qui est désormais la règle, n’est pas prête d’être levée. Bien au contraire, elle ne va cesser de se complexifier avec de nouveaux défis. La dégradation accélérée en Syrie et en Irak, avec l’intervention russe en soutien du régime de Damas et la volonté turque d’en finir avec la rébellion kurde, ne peut qu’inquiéter. La montée en puissance de la Russie – malgré les sanctions et la crise économique – marque un retour à une nouvelle forme de guerre froide – hybride. Cette dégradation est accentuée par la paralysie de la politique étrangère américaine due à la campagne présidentielle pour les élections de novembre. Il en sera bientôt de même pour notre pays. Plus que jamais, les enjeux de sécurité extérieure devront être pris en compte avec un vrai débat, de vraies propositions et de vrais engagements. La RDN apportera sa contribution.

Jérôme Pellistrandi

Avril 2019
n° 819

Relancer la défense de l’Europe

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