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Le terrorisme islamiste a encore frappé avec sa barbarie aveugle ce 22 mars à Bruxelles. Au-delà de l’émotion légitime et des interrogations sur la réponse immédiate à apporter face à cet ennemi, il faut admettre que la guerre menée par Daech est une réalité, n’en déplaise à ceux qui pensaient que cette idée même de guerre appartenait désormais au passé et devait être ignorée, voire oubliée par une Europe revendiquant à peine un « soft power ». Or, la réalité est autre et impose de revenir aux fondamentaux des relations internationales, où le rapport de forces a toujours été une constante et oblige à disposer des moyens – en particulier militaires – pour pouvoir répondre notamment aux ambitions retrouvées de certaines puissances comme la Russie ou la Chine, ou au cauchemar que constitue le Califat revendiqué par le proto-État djihadiste entre la Syrie et l’Irak, et qui cherche à déstabiliser durablement l’Europe. Lire la suite

La guerre est redevenue une réalité palpable mais de fait, elle s’inscrit dans un continuum de la menace dans laquelle la dimension maritime est essentielle. Développer une stratégie navale doit donc s’inscrire dans une vision globale et durable en particulier pour la défense. La RDN apporte ici sa contribution.

Stratégie maritime, stratégie globale

Les espaces maritimes constituent un enjeu majeur. Leur contrôle est indispensable pour la Marine nationale qui s’adapte en permanence pour répondre à ces exigences croissantes. La préparation de l’avenir, tout en conduisant les opérations, est donc une mission majeure et vitale.

L’océan constitue l’avenir de l’humanité avec des ressources quasi illimitées et offre l’espace stratégique pour la mondialisation des échanges. Cependant, cela impose une meilleure approche commune alors même que la compétition internationale s’accroît pour y contrôler les flux et l’immense potentiel qu’offrent les océans.

L’océan est un enjeu du droit pour de multiples raisons, de la liberté de naviguer à une exploitation maîtrisée pour éviter de détruire irrémédiablement un patrimoine commun. Toutefois, les divergences d’intérêt entre tous les acteurs imposent de longues négociations auxquelles la France, puissance maritime, a un rôle à jouer.

L’Europe est une puissance maritime qui s’ignore alors même que sa dépendance à la mer est vitale pour son économie. L’Union européenne a cependant fait de grands progrès notamment pour la pêche et l’environnement mais il reste à développer une véritable stratégie navale crédible en s’appuyant sur les marines militaires.

La Chine et la Russie, puissances continentales par essence, se sont engagées dans des politiques maritimes ambitieuses, en développant de nouvelles capacités, obligeant les puissances maritimes traditionnelles comme les États-Unis à revoir leur propre stratégie.

Le monde maritime n’est pas épargné par les cybermenaces. Cela impose d’anticiper, que ce soit pour les activités de transport, du bateau jusqu’aux infrastructures portuaires, ou pour les activités militaires. La France s’est dotée de moyens spécifiques pour répondre à ces enjeux qui ne cessent d’évoluer.

Contrairement à beaucoup d’idées reçues, c’est bien la domination des espaces maritimes qui assoit la suprématie d’un État ou d’un Empire. L’histoire fournit des exemples où l’abandon d’une politique maritime a abouti à la chute de ces puissances. Définir les atouts de l’océan est ainsi un des objectifs du programme Océanides.

Face aux flux de migrants traversant la Méditerranée dans des conditions épouvantables, l’Union européenne a réagi en lançant une opération militaire à dominante maritime qui a d’ores et déjà permis de sauver de nombreuses vies. Cependant, face à des réseaux criminels de passeurs, son adaptation s’avère nécessaire.

La Chine s’est lancée dans une ambitieuse politique maritime, contrastant avec sa posture traditionnelle tournée vers la terre. Cette stratégie entraîne une crispation entre les différents États de la région, ainsi qu’avec les États-Unis inquiets de cette montée en puissance aux relents nationalistes.

La France dispose d’un potentiel unique avec son patrimoine ultra-marin, en particulier dans le Pacifique, à condition de se doter des moyens militaires, notamment pour en garantir sa souveraineté face à des puissances ambitieuses telle la Chine, comme le montre cette fiction géopolitique.

Contrepoint – Penser la guerre… hybride ?

L’hybridité – thème du numéro précédent – doit être regardée sous des approches différentes y compris théoriques. La confrontation du concept mis en avant aujourd’hui peut ainsi être revue au regard de la pensée du général Beaufre, théoricien et praticien de l’Art de la guerre.

L’usage stricto sensu de la force militaire semble révolu dans la compétition internationale actuelle où d’autres champs de bataille comme les migrations imposées, les flux financiers, le commerce mondialisé apportent de nouveaux risques et constituent des atouts pour certaines puissances montantes.

Approches régionales – Asie centrale

L’Asie centrale pourrait connaître une déstabilisation inquiétante avec la montée de l’islamisme radical, particulièrement au Tadjikistan et au Turkménistan, qui pourraient être les prochaines cibles des djihadistes, d’autant plus que le népotisme et la corruption accroissent le mécontentement des opinions publiques.

La rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran constitue une source d’inquiétude stratégique, sur fond de conflit entre Chiites, Sunnites, Arabes et Persans et entre États récemment constitués, proto-État revendiqué par Daech, grandes puissances aux ambitions divergentes et opinions publiques au sentiment nationaliste exacerbé.

Repères - Opinions

L’étude de l’ADN est essentielle pour l’identification d’individus notamment pour les enquêtes criminelles. Les progrès faits permettent une quasi-certitude sur les résultats. Par les traces ADN, il est possible de lut- ter contre le terrorisme, tout en accroissant les capacités techniques d’investigation au profit de nos forces.

L’Agence européenne de défense existe depuis plus d’une décennie mais reste encore méconnue surtout pour les pays les plus importants de l’Union européenne. L’AED cependant peut apporter de nouvelles réponses face aux menaces hybrides et donner de la cohérence aux projets de défense.

La Corée du Nord joue un rôle ambigu de déstabilisation dans la région avec la menace nucléaire et le développement de certaines capacités militaires. Jouant de son isolationnisme, le régime de Pyongyang arrive habilement à tirer son épingle du jeu, au détriment cependant d’une population étroitement contrôlée.

La surveillance des essais nucléaires est un impératif pour lutter contre la prolifération. L’Otice participe ainsi à cet objectif en déployant notamment des installations de détection tout en veillant à l’impartialité de son travail grâce à la rigueur de ses scientifiques.

Chroniques

Recensions

Jean-Christophe Romer : Russie-Europe : des malentendus paneuropéens  ; L’inventaire, 2016 ; 108 pages - Jérôme Pellistrandi

Alors qu’une grande partie de notre opinion publique est focalisée – à juste titre – sur la menace que constitue Daech, notre ennemi officiellement désigné, une autre partie de l’Europe, en particulier à l’Est, s’interroge sur la Russie et sa politique étrangère désormais inamicale, voire hostile, à l’Union européenne. Lire la suite

p. 127-128

Ninon Grangé : Oublier la guerre civile ? Stasis, chronique d’une disparition  ; Vrin/EHESS, 2015 ; 283 pages - Audrey Hérisson

« Passer du bellum civil à la stasis c’est refaire le trajet inverse de l’histoire de la pensée : plutôt que d’en rester à la guerre civile selon les thématiques romaines, il faut examiner ce que les Romains ont oublié, nous entraînant dans cet oubli, laissant de côté ce que les Grecs eux-mêmes avaient de la réticence à accepter […] ». La stasis est une guerre interne à la Cité, guerre barbare entre frères ennemis ; elle est le dépassement de toute mesure, un « mouvement archaïque » du politique. Lire la suite

p. 128-130

Jacques Frémeaux et Michèle Battesti : Sortir de la guerre  ; Éditions Paris-Sorbonne, 2015 ; 403 pages - Eugène Berg

Les études des « sorties de guerres » moins anciennes, et surtout moins nombreuses que celles portant sur les causes et le déroulement des guerres, n’en revêtent pas moins un intérêt accru. Lire la suite

p. 131-132

Revue Défense Nationale - Avril 2016 - n° 789

War becomes again a living reality. However, in fact, it takes part in a continuum of threats in which the maritime aspect is essential. Developing a naval strategy should therefore be a part of an overall and sustainable vision, particularly in defense. The RDN brings its contribution here.

Maritime Strategy, Global Strategy

The maritime space constitutes a major importance. The control is indispensable for the French Navy who adapts permanently to respond to such increasing demands. The future preparation is therefore a major and vital mission while conducting all operations.

The ocean constitutes the future of humanity with almost illimited resources and strategic space for globalization of exchanges. However, it requires a better common approach even when the international competition increases to control the flow and the immense potential offered by the oceans.

The ocean is an issue of rights for multiple reasons, of the freedom of navigate to a controlled exploitation to avoid irreparable destruction of common heritage. However, different interests among all actors impose them long negotiations to France, a maritime power, who has a role to play.

Europe is a maritime power unaware that its dependence on the sea is vital for its economy. The European Union has made great progress especially for fishing and the environment. Yet, there remains a true naval strategy that is credible to be developed when supporting its navies.

China and Russia, continental powers by definition, are committed in ambitious maritime policies by developing new capacities. This obliges the traditional maritime powers like the United States to review its proper strategy.

The maritime world is not spared by the cyber threats. They impose anticipation, which could be for the transport activities, from boats to harbor infrastructures, or for the military activities. France is equipped by specific means to respond to such issues that do not cease to evolve.

Contrary to many accepted ideas, it is the domination of maritime spaces who establishes the supremacy of a state or an empire. History provides some examples that abandoning a maritime policy had ended up with the fall of the powers. Defining the assets of oceans is thus one of the objectives of the Oceanid program.

Facing flows of migrants across the Mediterranean in appalling conditions, the European Union reacted by launching a military operation to a dominant maritime who has already allowed to save numerous lives. However, facing the criminal networks of smugglers, its adaptation turns out to be necessary.

China has launched an ambitious maritime policy, contrary to its traditional posture turned towards land. Such strategy leads to tensions between different states in the region, along with the United States being concerned about this rise of power in nationalist stenches.

France has a unique potential with its ultramarine heritage at its disposal, particularly in the Pacific, with the capacity to develop the military abilities, especially to ensure its sovereignty facing ambitious powers such as China, as this fictional geopolitical scenario shows.

Counterpoint–Think about… hybrid war?

Hybridity—theme of the precedent number—should be seen under different approaches including the theoretic ones. The highlighted confrontation of concept today could then be reviewed in regard of the ideas of general Beaufre, who is a theoretician and a practitioner of the art of war.

The usage of military force sensu stricto seems to be gone in the current international competition whereas other fields of battle such as the the impelled migration, the financial flows, the globalized commerce that brings new risks and constitutes some assets for certain rising powers.

Regional Approaches–Central Asia

Central Asia could be known by a concerning destabilization with the rise of radical Islamism, particularly in Tajikistan and Turkmenistan, who could be the next target of the jihadists, especially as the nepotism and corruption increase the discontent of public opinions.

The rivalry between Saudi Arabia and Iran constitutes a source of strategic concern, on the context of conflicts among Shittes, Sunnites, Arabians and Persians; among recently constituted states, proto-states claimed by ISIS, great powers with divergent ambitions and exacerbated public opinions with national sentiments.

Opinions and Viewpoints

The study of DNA is essential for identifying individuals, particularly for criminal investigations. The progress done allows a near certainty of the results. By the traces of DNA, it is possible to struggle against terrorism, while increasing the technical capacities of investigation in favor of our forces.

The European Defense Agency exists since more than a decade, yet it remains unrecognized especially in the most important countries of the European Union. The EDA, however, could bring new responses to hybrid threats and give coherency to defense projects.

North Korea plays an ambivalent role of destabilization in the region with nuclear threat and development of certain military capacities. Playing its isolationism, the regime of Pyongyang extricates out skillfully to the detriment of a closely controlled population.

The surveillance of nuclear tests is an imperative to counter against proliferation. The CTBTO contributes to this objective by deploying the detection facilities in particular, while ensuring the impartiality of its work thanks to its scientific rigor.

Chronicles

Book reviews

Jean-Christophe Romer : Russie-Europe : des malentendus paneuropéens  ; L’inventaire, 2016 ; 108 pages - Jérôme Pellistrandi

Ninon Grangé : Oublier la guerre civile ? Stasis, chronique d’une disparition  ; Vrin/EHESS, 2015 ; 283 pages - Audrey Hérisson

Jacques Frémeaux et Michèle Battesti : Sortir de la guerre  ; Éditions Paris-Sorbonne, 2015 ; 403 pages - Eugène Berg

Revue Défense Nationale - Avril 2016 - n° 789

Le terrorisme islamiste a encore frappé avec sa barbarie aveugle ce 22 mars à Bruxelles. Au-delà de l’émotion légitime et des interrogations sur la réponse immédiate à apporter face à cet ennemi, il faut admettre que la guerre menée par Daech est une réalité, n’en déplaise à ceux qui pensaient que cette idée même de guerre appartenait désormais au passé et devait être ignorée, voire oubliée par une Europe revendiquant à peine un « soft power ». Or, la réalité est autre et impose de revenir aux fondamentaux des relations internationales, où le rapport de forces a toujours été une constante et oblige à disposer des moyens – en particulier militaires – pour pouvoir répondre notamment aux ambitions retrouvées de certaines puissances comme la Russie ou la Chine, ou au cauchemar que constitue le Califat revendiqué par le proto-État djihadiste entre la Syrie et l’Irak, et qui cherche à déstabiliser durablement l’Europe.

À cet égard, l’océan constitue un enjeu majeur dans la mesure où la mondialisation des échanges – dans toutes leurs dimensions – et une grande partie des ressources nécessaires à l’humanité sont concernées par cette dimension maritime. Le dossier de ce mois aborde ainsi ce besoin de réflexion stratégique sur la planète bleue, d’autant plus que la France est une puissance navale de premier plan, mais qui l’ignore bien trop souvent. Or, de même que la lutte contre le terrorisme demandera du temps, laisser faire et baisser la garde pour garantir notre souveraineté, y compris à l’autre bout de la planète, exige un effort permanent, se construisant dans la durée et avec des moyens adéquats.

D’autant plus que les crises actuelles sont par nature hybrides et exigent des réponses globales élargissant les champs d’action diplomatique, militaire, économique et culturel, tout en considérant que le « soft power » n’est rien sans une vraie crédibilité des outils de défense.

Les leçons – chèrement payées – de ces derniers mois montrent en particulier pour notre pays, mais aussi pour nos partenaires européens, qu’il est urgent de revoir à la hausse les budgets consacrés à la défense et à la sécurité, sous peine d’accumuler les défaites.

Avoir des navires pour contrôler notre Zone économique exclusive (ZEE), disposer d’effectifs militaires en nombre suffisant pour agir, tant sur le territoire national que dans des théâtres d’opérations élargis, pouvoir frapper l’adversaire, toutes ces capacités ne sont pas un luxe mais une nécessité vitale.

L’incertitude stratégique que nous connaissons depuis déjà quelques années se traduit par une instabilité aux conséquences tragiques. Plus que jamais, l’urgence oblige à chacun de prendre ses responsabilités, en particulier le politique, pour donner au militaire les moyens d’agir.

Jérôme Pellistrandi

Octobre 2019
n° 823

L'importance stratégique des Outre-mer

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