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Alors que la trêve estivale approche, force est de constater que l’Histoire ne s’arrête pas et qu’elle est trop souvent tragique, hélas ! Entre les menaces terroristes sur le territoire national qui perdurent et la poursuite de nos opérations au Sahel et contre Daech, les armées françaises sont engagées sans répit. Or, dans une société du zapping médiatique, il est essentiel de revenir sur les raisons de ces engagements qui répondent à des enjeux stratégiques majeurs inscrits dans la durée. Lire la suite

Enjeux stratégiques au Moyen-Orient

La France est confrontée à de grands enjeux stratégiques où la guerre sous toutes ses formes est une réalité. Notre pays assume avec conviction ses responsabilités avec ses partenaires, en augmentant son effort de défense et en partageant – fruit de son histoire – sa volonté de paix.

La chaire « Grands enjeux stratégiques » a proposé pour son cycle annuel une approche approfondie du Moyen-Orient et de ses tensions géostratégiques avec un constat, l’incertitude permanente inscrite dans le temps long. Une réflexion sur la patience stratégique doit devenir une priorité face aux réalités d’un monde instable.

Le Moyen-Orient est profondément et durablement déstabilisé sans que des perspectives claires ne se dégagent aujourd’hui. Certes, les Occidentaux ont leur part de responsabilité mais les États de la région doivent admettre qu’ils doivent revoir leur politique et accepter l’émergence d’une société civile pour éviter le chaos.

Dès sa création, le Pakistan – État musulman – a voulu se rapprocher du monde arabo-musulman. Très lié avec l’Arabie saoudite, le régime pakistanais a entretenu une relation parfois ambigüe. À l’heure d’un affrontement chiites-sunnites, le Pakistan doit ménager Téhéran tout en conservant l’appui financier de Riyad.

Le Moyen-Orient n’a pas cessé d’être ravagé par la guerre avec des origines différentes allant du nationalisme arabe à la revendication religieuse opposant les différentes formes de l’islam, sans négliger le conflit israélo-palestinien. L’émergence d’un nouveau paysage géopolitique est désormais en cours.

Après des années d’ouverture et de succès diplomatique, la Turquie, sous l’impulsion de son Président, a revu ses objectifs, au risque d’une remise en cause des acquis politiques, avec la reprise des tensions envers les populations kurdes. Ainsi, Ankara s’est engagée dans une voie jusqu’au-boutiste, aux conséquences dramatiques.

L’Union européenne reste un acteur secondaire au Moyen-Orient par absence de volonté politique mais aussi de « hard power ». Le manque de vision commune et la préférence donnée régionalement au bilatéralisme ont marginalisé l’UE malgré de grandes déclarations trop souvent incantatoires.

Le Pakistan est confronté depuis des années à une poussée de la violence islamiste. La radicalisation exacerbée par un sentiment nationaliste fort oblige à une réponse plurielle dans laquelle l’État et une partie de la société civile se sont engagés malgré de nombreux obstacles.

La crise syrienne est profonde, durable et barbare dans ses effets sur les populations. La déstabilisation induite dans la région affecte tous les équilibres politiques, économiques, ethniques et culturels, sans perspective réaliste d’un retour rapide à la paix.

Nouveaux espaces stratégiques

Internet est un outil majeur pour l’exploitation de sources ouvertes, qui aujourd’hui contribuent à l’étude de la prolifération nucléaire, à condition de les utiliser avec prudence pour ne pas tomber dans le risque d’une manipulation à des fins de propagande par des régimes peu enclins à la transparence comme la Corée du Nord.

L’Espace est un enjeu du droit international avec des approches différentes, parfois contradictoires sur son usage à des fins militaires. Il est nécessaire d’accroître les discussions pour consolider les bases actuelles du droit relatif à l’usage de l’Espace.

L’accès à l’espace reste un enjeu stratégique majeur pour de nombreuses puissances tant pour des raisons géopolitiques, techniques ou économiques. L’espace est un des facteurs clés des équilibres et sa maîtrise un atout pour des ambitions nationales.

La conquête de l’espace peut se faire soit par des lanceurs civils, soit par des missiles balistiques modifiés pour accroître leurs performances. Cependant, les contraintes diffèrent et imposent des choix technologiques et donc financiers. Certains pays ont décidé ainsi de rejoindre le club restreint des puissances spatiales.

La dépendance à l’espace est vraiment une réalité pour la plupart des puissances militaires, en particulier nucléaires, avec des approches différentes allant de la capacité à détruire des cibles spatiales à l’application d’une dissuasion par déni. Le besoin de développer une réflexion stratégique sur l’espace redevient vital.

Eurosatory 2016

La Politique d’emploi et de gestion des parcs (PEGP), initiée il y a une décennie, a été et reste un enjeu majeur pour l’Armée de terre et son aptitude opérationnelle. Malgré la complexité de cette réforme dans un contexte particulièrement difficile, la PEGP permet de répondre aux exigences actuelles marquées par l’engagement de nos forces.

La préparation de l’avenir est une démarche indispensable pour les armements terrestres. La Direction générale de l’Armement (DGA) s’est pleinement engagée dans cette voie, s’appuyant sur une approche capacitaire étendue pour fournir aux forces les armements permettant le « combat collaboratif » au profit du « combattant augmenté ».

Le passage mondial de l’industrie de défense terrestre a considérablement évolué avec l’arrivée de nouveaux compétiteurs moins contraints par les règles européennes. Cela oblige nos industriels à poursuivre leurs efforts d’adaptation en s’appuyant sur l’innovation technologique et la compétitivité économique.

Les Systèmes d’armes létaux autonomes (Sala) posent de nombreuses questions quant à leur emploi et aux règles à appliquer. N’excluant pas la responsabilité des utilisateurs et du commandement, il convient de ce fait de poursuivre les réflexions au niveau international pour mieux encadrer ce type d’armement nouveau.

Les systèmes robotiques militaires évoluent vite grâce aux progrès technologiques et au développement de l’Intelligence artificielle. Leur degré d’autonomie va s’accroître, posant la question centrale de leur contrôle, avec celle de la place de l’homme dans le processus décisionnel allant jusqu’à l’ouverture du feu.

L’emploi de robots armés autonomes pourrait représenter la panacée en évitant le risque de perdre ses propres soldats. Cependant, malgré les progrès des technologies et de l’Intelligence artificielle, il serait dangereux et inconscient d’aller vers une robotisation intégrale en excluant l’homme dans la boucle décisionnelle.

Le développement des robots de combat s’accélère avec des projets avancés tant aux États-Unis qu’en Russie. L’automatisation de ces plateformes conférera un avantage tactique à leurs utilisateurs, y compris aux terroristes. La France doit poursuivre les travaux dans ce domaine d’avenir pour éviter une mauvaise surprise.

Approches régionales

Le Brésil, puissance pacifique, développe une réelle ambition stratégique avec une modernisation de son outil militaire et de ses industries de défense. La France, partenaire stratégique pour Brasilia, y participe activement.

Chroniques

Recensions

Vincent Jauvert : La face cachée du Quai d’Orsay : enquête sur un ministère à la dérive  ; Éditions Robert Laffont, 2016 ; 306 pages - Benoît Aboville (d')

Vincent Jauvert, grand reporter international pour le magazine Le Nouvel Observateur a enquêté pendant deux ans sur les forces et faiblesses actuelles du dispositif diplomatique français. Son bilan est sévère mais, pour lui, les responsabilités sont largement partagées entre les diplomates qui continueraient de cultiver l’« entre-soi », l’appauvrissement budgétaire continu du ministère et l’attitude de l’Exécutif vis-à-vis du Quai d’Orsay depuis plus d’une dizaine d’années. Lire la suite

p. 175-177

Benoît Durieux (dir.) : La Guerre par ceux qui la font. Stratégie et incertitude au XXIe siècle  ; Éditions du Rocher, 2016 ; 365 pages - Audrey Hérisson

La question de la guerre, celle d’aujourd’hui et de demain, suscite un débat essentiel pour notre pays et pour l’Europe. Le Centre des hautes études militaires (Chem) marque, avec cet ouvrage collectif, sa volonté d’y contribuer. Le général Benoît Durieux, directeur de cette institution qui forme les futurs hauts responsables des armées, se réfère à Clausewitz dans son introduction pour expliquer que « la réflexion sur la guerre la plus efficace, en particulier en période de transformation, n’est pas celle qui propose des recettes pour le succès, mais celle qui vise à la comprendre et à entrer dans sa logique interne ». Qui donc mieux que ces militaires qui « font » la guerre pourraient fournir cette clé d’entrée pour ce qui fait le cœur de la guerre « caméléon » ? Lire la suite

p. 177-179

Houchang Nahavandi et Yves Bomati : Les grandes figures de l’Iran  ; Perrin, 2015 ; 350 pages - Eugène Berg

Après leurs biographies de Shah Abbas, empereur de Perse, paru en 1998 et Mohammad Reza Pahlavi, le dernier shah, en 2013, les deux auteurs se sont attelés à une tâche plus vaste : présenter une image différente de l’Iran au travers de quelques personnalités emblématiques, symbolisant la continuité parfois chaotique et la pérennité exceptionnelle d’une nation, d’une culture et d’une civilisation parmi les plus anciennes du monde. Par-delà l’histoire, c’est surtout l’inanité, ces « continuités iraniennes » qu’évoquait le grand philosophe Henry Corbin, continuités souterraines irriguant aujourd’hui encore le paysage troublé d’un Iran qui se cherche. Lire la suite

p. 179-180

Revue Défense Nationale - Juin 2016 - n° 791

Strategic Issues in the Middle East

France is confronted by major strategic issues. War under any form has become a reality. Our country assumes its responsibility with its partners, by augmenting its efforts in defense and by sharing—fruit of its history—its will of peace.

The “major strategic issues” conference has proposed to its annual cycle an approach that goes deeper into the Middle East and the geo-strategic tensions with a report in which permanent uncertainty will take a part for a long time.

The Middle East was profoundly and destabilized for long terms without any clear perspectives to get out of it today. Indeed, the West has responsibilities to them but the countries in the region should admit that they need to review their policy and to accept the emergence of a civil society to avoid chaos.

Since its creation, Pakistan—a Muslim country—has wanted to get closer to the Arabo-Muslim world. Very much tied to Saudi Arabia, the Pakistani regime maintains a relation that could be ambiguous sometime. At the time of a shiites-sunnis confrontation, Pakistan should treat Tehran carefully while keeping the financial support of Riyadh.

The Middle East hasn’t ceased of being ravaged by the war for different reasons ranging from Arab nationalism to religious claims opposing different forms of Islam, without ignoring the Israel-Palestine conflict. The emergence of a new geopolitical landscape is under way from now on.

After years of opening and successful diplomacy, Turkey, under the impulse of its president, has reviewed its objectives, at the risk of challenging the political achievements, with the return to tensions towards the Kurdish people. Thus, Ankara is engaged in a way of hardliner to dramatic consequences.

European Union remains a secondary actor in the Middle East due to both the absence of its political will and that of the “hard power”. The lack of common vision and the given regional preference to bilateralism have marginalized the European Union despite the great yet often incantatory declarations.

Pakistan has been confronted by the thrust of violent Islamists. The radicalization, exacerbated by a strong nationalist sentiment, asks for a plural response in which the state and a part of the civil society are committed despite numerous obstacles.

The impact of the Syria crisis is deep, long-lasting and barbaric on the people. The induced destabilization in the region has affected political, economic, ethnic and cultural balances with no realistic signs of a quick returning to peace.

New Strategic Spaces

Internet is an important tool for exploitation of open sources that contribute to the study of nuclear proliferation today. However, to not fall prey to the risk of being manipulated by propaganda purposes of the regimes hardly incline to be transparent, like the North Korea, one should use it carefully.

The spce is of importance in international law with different approaches, sometimes contradictory to its usage for military purposes. It is necessary to increase discussions to consolidate the current base of law concerning the usage of space.

Access to space remains a strategic importance for numerous powers due to geopolitical, technical or economic reasons. The space is one of the key factors of balance and control over for national ambitions.

The conquer of territory could be done either by the civilian launchers, or by the modified ballistic missiles in increase their performances. However, constraints vary and impose technological and therefore financial choices. Certain countries have decided then to join the club limited to spatial powers.

The dependence to space is truly a reality for the most of the military powers, particularly the nuclear powers, with different approaches ranging from the capacity to destroy spatial targets, to the application of deterrence by denial. The need to develop a strategic reflection on space becomes again important.

The Fleet Employment and Management Policy (Politique d’emploi et de gestion des parcs, PEGP), initiated a decade ago, was and still is of importance for the French Army and its operational aptitude. Despite the complexity of this reform under a particularly difficult context, the PEGP allows to respond to current demands marked by the commitment of our forces.

The preparation to future is an indispensable approach for the terrestrial armaments. The Directorate General of Armaments (Direction générale de l’armement, DGA) committed itself completely in this path, building an extended capacity approach to supply weapons to the forces allows the “collaborative combat” for the benefit of the “increased combatant”.

The global passage of terrestrial defense industry has developed considerably with the arrival of new competitors that are less constrained by European rules. This requires our industry to continue its efforts in adaptation based on technology innovation and economic competitiveness.

The Lethal Autonomous Weapon Systems (LAWS) bring out numerous questions as for their usage and rules to apply. Not excluding the responsibility of the users and the command, it agrees to continue to the reflections at international level to better supervise such type of new weapon.

The military robotic systems develop very fast thanks to the technological progress and the development of artificial intelligence. Their level of autonomy is going to increase, bringing up the central question of their control, with that of the place of man in the decision-making process until the openfire.

The use of armed autonomic robots could represent the panacea of avoiding the risk of losing one’s own soldiers. Despite the progress of technologies and artificial intelligence, it will be dangerous and reckless to move towards a complete robotization excluding man in the decision-making loop.

The development of combat robots is accelerated with projects advanced in the United States and in Russia. The automatization of such platforms gives a tactic advantage to their users, including the terrorists. France should continue the work in this future domain to avoid a unhappy surprise.

Regional Approaches

Brazil, a pacific power, develops a genuine strategic ambition with the modernization of its military tools and its defense industries. France participates in it actively as a strategic partner of Brazil.

Chronicles

Book reviews

Vincent Jauvert : La face cachée du Quai d’Orsay : enquête sur un ministère à la dérive  ; Éditions Robert Laffont, 2016 ; 306 pages - Benoît Aboville (d')

Benoît Durieux (dir.) : La Guerre par ceux qui la font. Stratégie et incertitude au XXIe siècle  ; Éditions du Rocher, 2016 ; 365 pages - Audrey Hérisson

Houchang Nahavandi et Yves Bomati : Les grandes figures de l’Iran  ; Perrin, 2015 ; 350 pages - Eugène Berg

Revue Défense Nationale - Juin 2016 - n° 791

Alors que la trêve estivale approche, force est de constater que l’Histoire ne s’arrête pas et qu’elle est trop souvent tragique, hélas ! Entre les menaces terroristes sur le territoire national qui perdurent et la poursuite de nos opérations au Sahel et contre Daech, les armées françaises sont engagées sans répit. Or, dans une société du zapping médiatique, il est essentiel de revenir sur les raisons de ces engagements qui répondent à des enjeux stratégiques majeurs inscrits dans la durée.

Prendre le temps et le recul pour comprendre les causes des désordres actuels est l’un des objectifs de ce numéro réalisé en partenariat avec la « Chaire grands enjeux stratégiques contemporains » de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Pour la troisième année consécutive, la RDN publie les interventions faites au cours de ce semestre avec deux approches, l’une sur le Moyen-Orient et sa déstabilisation profonde et durable, et l’autre sur l’espace dont la dimension stratégique est essentielle depuis 1957, même si les rivalités ont considérablement évolué, avec l’apparition de nouvelles puissances spatiales aux ambitions clairement affirmées. S’agissant du Moyen-Orient, le constat est pessimiste, tant les antagonismes sont profonds, durables et irréversibles, à moins d’une évolution en profondeur des sociétés civiles. C’est aussi la certitude que notre pays et l’Europe ne peuvent ignorer cette crise dont les conséquences nous touchent directement comme l’ont dramatiquement montré les attentats de 2015. Nous devons assumer sans crainte l’affrontement direct, sûrs de nos valeurs de démocratie et de paix face à la barbarie de Daech, notre ennemi.

Affronter cet ennemi, ainsi que d’autres menaces, exige des forces adaptées et entraînées, dotées des équipements adéquats. C’est l’objet du second dossier consacré à Eurosatory 2016. Ce salon de l’armement terrestre constitue un temps fort pour la communauté défense. C’est ainsi que l’Armée de terre poursuit sa mutation technologique avec le programme Scorpion et ses développements en termes de plateformes, de véhicules et de systèmes à la fois complexes, robustes et augmentant les capacités du combattant. C’est aussi la nécessité d’avoir une industrie de défense forte, capable de créer des synergies notamment en Europe, de consolider notre autonomie de décision et de contribuer, par les exportations, à renforcer notre influence stratégique.

Influer stratégiquement est en effet essentiel pour pouvoir assumer pleinement nos responsabilités. Celles-ci sont la résultante de l’Histoire et l’héritage laissé par ceux qui durent affronter d’autres dangers au cours du XXe siècle, comme lors des batailles de Verdun et de la Somme dont nous célébrons le centenaire. C’est également une des missions de la RDN par sa contribution au débat stratégique, indispensable pour répondre aux défis de demain, en assumant sa liberté de réflexion et donc d’expression.

Jérôme Pellistrandi

Octobre 2019
n° 823

L'importance stratégique des Outre-mer

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