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Décembre 2016 - n° 795

À l’Est, rien de nouveau ?

Les urnes ont rendu leur verdict avec l’élection de Donald Trump qui a constitué une surprise politique et donc stratégique pour beaucoup. L’émotion soulevée par ce choix souverain des Américains suscite des inquiétudes quant aux évolutions de la politique étrangère de Washington : isolationnisme, lutte contre Daech, tension avec Téhéran, raidissement avec Pékin pour des questions économiques, rapprochement avec Moscou, désintérêt pour l’Europe et l’Otan… Lire la suite

p. 1-1

La préparation des capacités militaires de demain doit reposer sur des démarches innovantes et basées sur des cycles rapides regroupant les armées, la DGA et les industriels, capitalisant sur le retour d’expérience lié aux opérations. Cette ambition est impérative pour que nos armées conservent leurs aptitudes au combat.

À l’Est, rien de nouveau ?

La politique actuelle de Vladimir Poutine s’inscrit dans la continuité de l’histoire russe visant à ouvrir un accès vers la Méditerranée et à établir des liens avec les pays de la région en s’inscrivant comme protectrice des chrétiens et comme capable de dialoguer avec le monde islamique. L’islam étant aussi une des religions de la Russie.

Moscou s’est engagé avec détermination pour soutenir le régime syrien par un déploiement conséquent de ses forces armées, en particulier ses moyens aériens. Malgré les tensions, un minimum de dialogue subsiste avec les États-Unis en attente des inflexions de la future administration américaine.

La situation politique et sociale en Ukraine reste très compliquée et fragile, tant les antagonismes et les rivalités entre les acteurs sont importants. Les risques de dérapage sont réels, d’autant plus que le conflit avec la Russie est loin d’être résolu avec l’épineuse question du Donbass.

La Moldavie fait partie de ces États de l’ex-Empire soviétique peu connus et au destin incertain – entre Union européenne et Moscou. Les récentes élections marquent un changement avec un rejet populaire de l’oligarchie associée à la corruption et traduisent de futures évolutions géopolitiques.

La Turquie est dans une phase de transition majeure, politique et sociétale, accélérée par les conséquences de l’échec du putsch de l’été 2016, de la guerre en Irak et en Syrie, et des tensions avec les Kurdes. Le régime d’Erdogan affiche de nouvelles ambitions géopolitiques pour affirmer une puissance retrouvée.

Le Brexit aura des conséquences non seulement pour l’Europe mais aussi pour la Russie. Une dimension plus européenne et moins atlantiste pourrait permettre une reprise du dialogue qui reste indispensable pour que la Russie et son opinion publique voient leur avenir dans cette dimension européenne.

Les tensions actuelles en Europe liées à la crise ukrainienne ravivent un contexte de guerre froide entre l’Otan et la Russie. Moscou réarme et affirme de nouvelles ambitions stratégiques, remettant en cause deux décennies de rapprochement. L’élection américaine de cet automne renforce également cette nouvelle incertitude crisogène.

La Russie de Poutine fascine et inquiète, souvent par méconnaissance. Une analyse critique d’ouvrages récents permet d’avoir une vision plus nuancée, replaçant la politique actuelle dans une perspective historique et démontrant qu’il faut éviter toute approche manichéiste de la question russe.

Exportations de défense

Si les exportations de défense constituent un atout majeur, elles exigent également un soutien de la part des armées avec le Soutex. Celui-ci est devenu très exigeant en raison des succès récents à l’exportation et nécessite une adaptation en impliquant les industriels dans une approche gagnant-gagnant.

Les exportations d’armements constituent un élément essentiel de notre défense et contribuent à consolider notre industrie. Les actuels succès doivent être comparés dans le temps long, l’objet de cette étude recoupant la période 1958-2015 avec la guerre froide comme élément central jusqu’à la période 1990-2000.

DCI est un acteur important de la France à l’international en soutenant nos industries à l’exportation et en proposant à nos partenaires l’excellence des armées françaises, notamment avec la formation des cadres militaires étrangers. DCI apporte ainsi son expérience et valorise les atouts « France ».

L’Asie du Sud-Est est une zone dynamique d’exportation-importation d’armements en raison des besoins sécuritaires et des antagonismes entre certains grands acteurs comme la Chine ou l’Inde. Plusieurs pays ont développé des industries de défense pour leurs propres besoins mais aussi dans un but d’affirmer leur souveraineté.

Une prospective à vingt ans des puissances maritimes montre une augmentation qualitative des moyens disponibles avec l’émergence de nouveaux acteurs majeurs comme la Chine. Ces évolutions passeront par des exportations de matériels navals mais aussi par la montée en puissance de capacités industrielles nationales.

Repères - Opinions

Le développement du Geoint ouvre de nouvelles perspectives majeures pour la fonction stratégique « Connaissance et anticipation ». Le fusionnement d’informations géo-référencées propose un élément de puissance et d’influence, à condition de s’en donner les moyens techniques, procéduraux mais aussi humains.

Oman, de par sa position stratégique entre océan Indien et golfe Persique, joue un rôle important dans les équilibres régionaux. La dimension maritime est essentielle pour Oman qui a engagé d’importants efforts pour développer une politique plus ambitieuse tournée vers la mer.

Chroniques

Recensions

Thierry de Montbrial et Dominique David (dir.) : Ramses 2017 - Un Monde de ruptures   ; Ifri, Éditions Dunod, 2016 ; 350 pages - Claude Le Borgne

Le jeu des sigles et acronymes permet à l’Ifri (Institut français des relations internationales) de s’approprier le patronage prestigieux de onze pharaons et surtout des trois premiers Ramsès (1314-1166 avant Jésus-Christ). C’est, on le sait, du Rapport annuel mondial sur le système économique et la stratégie qu’il s’agit, l’économie étant ici privilégiée. Lire la suite

p. 123-124

Général Michel Forget : Nos armées au temps de la Ve République  ; Économica, 2016 ; 194 pages - Jérôme Pellistrandi

La naissance de la Ve République est intimement liée à la guerre d’Algérie avec le retour au pouvoir du général de Gaulle. De fait, la dimension militaire a été essentielle surtout avec la volonté gaullienne de retrouver la grandeur et la souveraineté de la France à travers d’une part, la constitution de sa dissuasion nucléaire et d’autre part, avec son autonomisation de décision concrétisée par le retrait de la structure militaire de l’Otan en 1966. Lire la suite

p. 124-125

Henry Kissinger : L’ordre du monde  ; Fayard, 2016 ; 395 pages - Serge Boidevaix

Existe-t-il, dans notre époque de mondialisation, un ordre entre les États qui garantisse des comportements communs dans une communauté internationale légitime, fondée sur un équilibre des forces assurant la paix et la coopération entre des entités politiques différentes ? C’est le rêve qui, depuis le début de sa carrière, hante Henry Kissinger, le maître de la politique réaliste américaine ; un rêve qui ne parvient pas à se distancer de la prédominance, certains diront de l’hégémonie, des États-Unis. C’est l’objet de son dernier livre qui a valeur de testament. Lire la suite

p. 126-128

Gérard Bardy : De Gaulle avait raison, le visionnaire  ; Éditions Télémaque, 2016 ; 192 pages - Michel Klen

Secrétaire général de l’Union de la presse francophone (UPF), section France, le journaliste et écrivain Gérard Bardy passe au crible les discours de De Gaulle, sa pensée, ses écrits, ses confidences (en particulier à Alain Peyrefitte) sur des sujets fondamentaux qui animent notre société. Les analyses du fondateur de la Ve République formulées il y a plus d’un demi-siècle restent d’une brûlante actualité. Quelles que soient les opinions des commentateurs, tous s’accordent à saluer l’éthique et la rigueur de l’homme du 18 juin. Lire la suite

p. 128-131

Max Schiavon : Mussolini, un dictateur en guerre  ; Perrin, 2016 ; 250 pages - Jérôme Pellistrandi

Le personnage politique que constitue Mussolini reste encore aujourd’hui un sujet de controverse et de polémique. Contrairement à Hitler, dont personne de sensée ne peut en faire le moindre éloge, le Duce apparaît toujours dans une certaine ambiguïté. Son parcours, de l’anarchisme socialiste au fascisme conservateur, et un certain redressement accompagné d’une modernisation de l’Italie, de 1922 à 1940, ne suscite pas la répulsion absolue que constitue le nazisme. Lire la suite

p. 131-132

Revue Défense Nationale - Décembre 2016 - n° 795

À l’Est, rien de nouveau ?

Preparation of future military capabilities must rely on innovative approaches based upon rapid procurement cycles that capitalise on experience gained in operations and bring together the armed forces, the DGA and industrial concerns. This is imperative if our forces are to retain their ability to fight.

Nothing New in the East?

Vladimir Putin’s current policies continue Russian history in aiming to open up access to the Mediterranean and to establish links with countries in the region by proclaiming them as protection for Christians and offering the ability to engage in dialogue with the Islam world. Islam is, of course, one of the religions of Russia.

Moscow is firmly committed to support the Syrian regime through considerable deployment of its armed forces, air assets in particular. Despite the tensions, low-level dialogue continues with the United States while awaiting the reorientations of the future American administration.

The political and social situation in Ukraine remains complex and delicate because of the considerable level of antagonism and rivalry between the many players. There is a real risk of things getting out of control, especially since the conflict with Russia, and the difficult question of the Donbass in particular, is far from being resolved.

Moldavia is one of those lesser-known states of the former Soviet Union whose uncertain future hangs in the balance between the European Union and Moscow. Recent elections have highlighted change in the air, with popular rejection of the oligarchy associated with corruption and a look to future geopolitical developments.

Turkey is in a period of major political and societal transition, boosted by the failure of the putsch in the summer of 2016, the wars in Iraq and Syria and tensions with the Kurds. Erdogan’s regime quite clearly has new ambition to regain power and influence.

Brexit will have consequences not only for Europe but also for Russia. A more European and less Atlanticist dimension could lead to the renewed dialogue necessary for Russia and its public opinion to foresee their future in this European dimension.

Current tensions in Europe relating to the Ukrainian crisis are rekindling a Cold War-like context between NATO and Russia. Moscow is rearming and displaying new strategic ambition, calling into question two decades of rapprochement. The US election this autumn is adding to this new uncertainty.

Putin’s Russia both fascinates and worries, often through ignorance. Critical analysis of recent published works gives a more subtle view, putting current politics into an historical perspective and demonstrating that any Manichean approach to the Russian question should be avoided.

Defence Exports

Whilst defence exports are one of the country’s major assets, they require support from the forces through Soutex. This has become particularly demanding because of recent export successes yet requires adaptation to include industrial concerns in a win-win approach.

Arms exports are an essential element of our defence and contribute to consolidating our industry. Current successes need to be compared over the long term, which is the aim of this study of the period 1958 to 2015, with the Cold War as its central theme up to 1990-2000.

DCI Group (Défense conseil international) is a major player for France on the international scene, supporting export industries and offering partners the excellence of the French armed forces, especially in the training of foreign military officers. In this way DCI brings its experience and adds value to the very name of France.

South-East Asia is a dynamic area for the import and export of arms because of the security needs there and the antagonism between some of the major players like China and India. Several countries have developed arms industries for their own needs and also with the aim of affirming their sovereignty.

A twenty-year look ahead at maritime powers shows an increase in the quality of available assets with the emergence of new players such as China. These developments will occur through exports of naval materiel and also by increasing national industrial capacity.

Opinions and Viewpoints

The development of Geoint (Geospatial intelligence) opens up major new perspectives for the strategic function (stated in the Livre blanc) of knowledge and anticipation. The merging of geo-referenced information offers an element of power and influence on the condition that we provide ourselves with the technical, procedural and human resources it needs.

By virtue of its strategic position between the Indian Ocean and the Persian Gulf, Oman plays a major role in regional balances. The maritime dimension is essential for Oman, which has committed to substantial effort in developing a more ambitious sea-orientated policy.

Chronicles

Book reviews

Thierry de Montbrial et Dominique David (dir.) : Ramses 2017 - Un Monde de ruptures   ; Ifri, Éditions Dunod, 2016 ; 350 pages - Claude Le Borgne

Général Michel Forget : Nos armées au temps de la Ve République  ; Économica, 2016 ; 194 pages - Jérôme Pellistrandi

Henry Kissinger : L’ordre du monde  ; Fayard, 2016 ; 395 pages - Serge Boidevaix

Gérard Bardy : De Gaulle avait raison, le visionnaire  ; Éditions Télémaque, 2016 ; 192 pages - Michel Klen

Max Schiavon : Mussolini, un dictateur en guerre  ; Perrin, 2016 ; 250 pages - Jérôme Pellistrandi

Revue Défense Nationale - Décembre 2016 - n° 795

À l’Est, rien de nouveau ?

Les urnes ont rendu leur verdict avec l’élection de Donald Trump qui a constitué une surprise politique et donc stratégique pour beaucoup. L’émotion soulevée par ce choix souverain des Américains suscite des inquiétudes quant aux évolutions de la politique étrangère de Washington : isolationnisme, lutte contre Daech, tension avec Téhéran, raidissement avec Pékin pour des questions économiques, rapprochement avec Moscou, désintérêt pour l’Europe et l’Otan…

Les incertitudes sont nombreuses et il est encore trop tôt pour d’ores et déjà décliner une première évaluation de la future administration Trump.

À cela se rajoutent les incertitudes en Europe avec, d’une part le Brexit, dont il reste difficile d’en tirer toutes les conséquences et, d’autre part la paralysie des institutions européennes accentuée par l’entrée de la France et de l’Allemagne en campagne électorale. De ce fait, l’Europe risque d’être aux abonnés absents pour de nombreux mois, alors même que les situations géostratégiques évoluent autour du Vieux Continent.

Le dossier de ce mois veut ainsi éclairer les rapports complexes qu’entretiennent aujourd’hui les pays comme la Russie, avec ses voisins tels l’Ukraine, la Turquie ou le monde arabo-musulman. Rien n’est simple dans cet espace compliqué et il importe donc d’éviter de plaquer des schémas tout faits censés expliquer en quelques slogans simplistes des situations où l’Histoire s’inscrit dans le temps long. À oublier cette dimension temporelle, les raccourcis idéologiques – si chers à des politiques pressés – risquent de conduire à l’échec stratégique.

Si la guerre est une expression exacerbée des relations entre peuples, il faut aussi constater que l’approche culpabilisante autour des ventes d’armes est trop souvent réductrice avec des arguments trop simplistes et manichéens. Le dossier consacré aux exportations d’armement montre ainsi – du moins pour la France – que cette politique s’inscrit dans une démarche de plus en plus globale en valorisant des partenariats stratégiques contribuant de facto à garantir la sécurité entre pays amis et à renforcer le rôle de la France sur la scène internationale.

Certes, cela peut créer des tensions sur nos propres forces avec le soutien aux exportations (Soutex) mais contribue également à notre propre défense.

Dans cette période d’instabilité croissante, la capacité d’analyse de l’environnement stratégique est plus que jamais indispensable, en particulier pour expliquer aux décideurs, à la fois l’importance des choix à faire, mais aussi la nécessité d’inscrire leur action dans le temps long, qui n’est pas celui des opinions publiques souvent versatiles et influencées par le tapage médiatique et la culture du zapping.

À l’heure où la France entre dans une phase politique sensible, il importe donc que les questions de défense fassent l’objet d’une réflexion approfondie, s’inscrivant dans la durée. Défaire l’outil de défense – pour des raisons idéologiques ou strictement budgétaires – est facile et rapide. Le reconstruire quand la menace est là, exige du temps, des efforts et de la ténacité. C’est cette seule voie que notre pays doit prendre s’il veut encore agir et non pas subir l’Histoire.

Jérôme Pellistrandi

Octobre 2019
n° 823

L'importance stratégique des Outre-mer

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