Mai 2017 - n° 800

Le débat stratégique en revue

« Remuer des idées qui puissent servir aux constructions de l’avenir »

Alphonse Juin

Les mois de Mai ont souvent été porteurs de rupture stratégique et politique depuis la création de la Revue, un certain mois de mai 1939. Lire la suite

  p. 1-1

En ce mois de mai 2017 (1), la parution du 800e numéro de la Revue Défense Nationale fait de ce mensuel de référence le plus ancien média de stratégie consacré à la sécurité nationale de la France, notion comprise au sens du code de la Défense de 2004 (2), lui-même héritier de l’ordonnance de 1959. Lire la suite

  p. 5-8

Les 800 numéros de la RDN, depuis 1939, constituent un fonds documentaire exceptionnel sur notre défense et son environnement géopolitique. Depuis 1994, la mise en valeur de nos archives est une œuvre de longue haleine qui ne cesse de prendre de l’ampleur grâce au site Internet, dont la modernisation a eu lieu en février. Lire la suite

  p. 9-14

Le débat stratégique en revue

50 ans passés sous l’uniforme permettent de jeter un regard pointu sur les évolutions de la Défense avec des transformations majeures de l’organisation du ministère, des armées, directions et services tout en s’appuyant sur des fondamentaux transgénérationnels et la volonté de servir la France. Lire les premières lignes

  p. 17-23

Le SGDSN héritier d’une institution créée en 1906, est un acteur majeur de la France. Il n’a cessé de s’adapter dans son organisation et son approche interministérielle pour être plus efficace et répondre aux nouvelles menaces comme le cyber ou le terrorisme, renforçant ainsi son rôle central. Lire les premières lignes

  p. 24-30

L’industrie de défense est un élément clé de notre souveraineté. La DGA contribue directement à orienter et faire progresser ce domaine dont les retombées économiques et technologiques sont vitales. La DGA doit préparer l’avenir tant par les choix faits que par le développement des compétences nécessaires. Lire les premières lignes

  p. 31-38

La Gendarmerie, bien que rattachée au ministère de l’Intérieur depuis 2009, reste très liée à son identité militaire et participe avec efficacité aux missions de défense tant par ses propres moyens avec les formations spécialisées qu’en soutien aux armées notamment avec la fonction prévôtale pour les Opex. Lire les premières lignes

  p. 39-43

Une politique de défense crédible nécessite une industrie de défense forte. La France dispose de cette capa- cité qui doit bénéficier d’un réel effort budgétaire. Dans le domaine aéronautique, Dassault Aviation est un acteur majeur et contribue à préparer l’avenir autour de programmes emblématiques comme le RafaleLire les premières lignes

  p. 44-50

Étudier la guerre a longtemps été compliqué en France avec la méfiance entre les mondes académique et militaire. Sous la pression de la réalité stratégique, les « war studies » deviennent performantes avec l’impulsion des acteurs institutionnels comme le ministère de la Défense, les Universités, les militaires et les chercheurs. Lire les premières lignes

  p. 51-61

Le prochain président de la République sera confronté à une situation stratégique profondément bouleversée avec des implications concrètes pour notre défense, obligeant à accroître l’effort mais aussi à poursuivre les évolutions autour du renseignement et à enfin donner corps à l’Europe de la Défense. Lire les premières lignes

  p. 62-67

La position de l’Allemagne sur les questions de défense et de sécurité a évolué face aux nouvelles contraintes géostratégiques. Berlin souhaite être un acteur tout en ayant conscience de certains fondamentaux liés à son histoire. La France – partenaire majeur – doit faire cet effort de compromis pour relancer le projet européen. Lire les premières lignes

  p. 68-75

Le Brexit ne va pas simplifier la politique étrangère et de défense de Londres. La nature des liens avec l’Union européenne et ses pays membres est encore floue. La place du Royaume britannique devra être redéfinie, y compris avec l’Otan et Washington. Lire les premières lignes

  p. 76-82

Le choix par le Royaume-Uni du Brexit a de réelles implications stratégiques. Le retrait de l’Union européenne ne signifie pas un désintérêt pour la défense de l’Europe, d’autant plus que l’Otan en a la charge et que Londres est fermement engagé avec Paris sur les questions de défense. Lire les premières lignes

  p. 83-88

La défense européenne redevient une priorité politique alors que le contexte géopolitique s’est fortement dégradé. Si le bilan est aujourd’hui modeste, il faut désormais un sursaut en considérant que le déni aboutirait à un désastre et à une marginalisation de l’Europe. Lire les premières lignes

  p. 89-94

La défense a une relation complexe avec l’économie, qui nécessite d’être étudiée avec attention, car l’économie de défense contribue également au développement des entreprises. Les travaux ont commencé après 1945 aux États-Unis et se poursuivent, alimentant les recherches de prospective. Lire les premières lignes

  p. 95-100

L’idée de surprise stratégique est en vogue. Or, l’étude des faits montre qu’il s’agit d’une défaillance de l’intelligence stratégique, incapable de comprendre et d’analyser des signaux précurseurs. Les derniers conflits ont démontré la difficulté à réfléchir à l’après-conflit, source des désastres politiques en Irak, notamment. Lire les premières lignes

  p. 101-107

La crise ne débouche pas toujours sur la guerre. Les études théoriques permettent de mieux définir le concept de crise comme un des éléments de la conflictualité internationale qui reste élevée. Cette approche est utile, ne serait-ce que pour comprendre les mécanismes spécifiques à une crise et donc d’y répondre. Lire les premières lignes

  p. 108-112

La France s’est réinvestie dans la zone Asie-Pacifique depuis trois décennies pour contribuer à sa sécurité par des activités bilatérales et la participation aux fora régulièrement organisés. Cette dimension de notre politique de défense et de sécurité mérite donc d’être mieux connue en particulier dans certains cercles parisiens. Lire les premières lignes

  p. 113-127

Le Moyen-Orient est en mutation permanente où la complexité des relations ne facilite aucune évolution. Les crises y sont durables avec de nombreux acteurs aux rivalités exacerbées par des ambitions antagonistes. Les sphères d’influence – sunnites, chiites – soutenues par les États-Unis et la Russie s’y affrontent. Lire les premières lignes

  p. 128-133

Le sport est devenu une fonction géopolitique majeure régissant les relations entre nations dans un mode de soft power. Certes, il est instrumentalisé à des fins politiques depuis 1936 mais participe cependant à dresser des ponts et à dépasser de nombreux antagonismes. Lire les premières lignes

  p. 134-138

Approches régionales

La Baltique constitue une zone de crispation avec la Russie. La Suède, inquiète face aux démonstrations de force de Moscou, a décidé de réinstaurer une présence militaire sur l’île de Gotland dont le positionnement géographique lui confère un rôle stratégique en cas de crise. Lire les premières lignes

  p. 139-145

Repères - Opinions

La haute mer n’appartient à personne. Elle est espace de liberté pour l’humanité mais aussi pourvoyeuse de ressources. Sa protection est donc essentielle mais nécessite des négociations complexes entre tous les acteurs concernés dont les approches sont différentes, voire antagonistes. La discussion sera au long cours. Lire les premières lignes

  p. 149-154

La carte militaire de la France a subi de profondes mutations avec la diminution du nombre d’unités et donc d’implantations territoriales. Les compensations fournies en partie par les industries de défense n’ont pas été négligeables et jouent un rôle structurant dans l’aménagement et l’économie de certains territoires. Lire les premières lignes

  p. 155-160

Le renseignement d’origine sources ouvertes ne cesse de prendre de l’importance pour la conduite des opérations en raison du développement des réseaux sociaux. Leur analyse fournit de nombreuses informations à condition de se doter des moyens de collecte et de traitement. Lire les premières lignes

  p. 161-166

Recensions

Pascal Lamy et Nicole Gnesotto : Où va le monde ?  ; Éditions Odile Jacob, 2017 ; 240 pages - Benoît Aboville (d')

Il est courant d’affirmer que la politique internationale n’intéresse que peu l’opinion et qu’elle ne joue qu’un rôle marginal dans les campagnes électorales. L’élection présidentielle de 2017 tend à démontrer le contraire : l’enjeu de l’Europe a été au cœur des débats et a clivé les partis politiques. Il n’était donc pas surprenant qu’au-delà de la floraison d’articles et de tribunes sur Schengen, l’euro ou la gouvernance de l’UE paraissent également des ouvrages s’attachant à prendre davantage de hauteur. Lire la suite

  p. 167-169

Mario Bettati : Le Droit de la guerre  ; Odile Jacob, 2016 ; 439 pages - Bertrand Michels

Professeur de droit international à l’université de Paris II, récemment décédé le 23 mars 2017, Mario Bettati est surtout connu du grand public pour avoir œuvré, aux côtés de Bernard Kouchner, à la reconnaissance d’un « droit d’ingérence », à la fin des années 1980. Quelques années après la publication de son livre Le droit d’ingérence : mutation de l’ordre international, reprenant sa plume et son analyse de juriste, il publie ici un ouvrage généraliste, à destination du grand public, sur le droit de la guerre. Lire la suite

  p. 169-170

Fatiha Dazi-Héni : L’Arabie saoudite [en 100 questions]  ; Éditions Tallandier, 2012 ; 346 pages - Jérôme Pellistrandi

L’Arabie saoudite questionne, suscite les fantasmes les plus diverses et provoque des inquiétudes, en particulier en Occident où le Royaume est souvent accusé de financer depuis des années les mouvements islamistes les plus rigoristes et qui constitueraient le terreau du terrorisme actuel. Ainsi, la plupart des membres du commando du 11 septembre 2001 étaient saoudiens et leur leader, Oussama Ben Laden, appartenait à une des plus grandes familles d’entrepreneurs du pays. Depuis, celui-ci suscite la méfiance alors même que ses richesses attirent l’intérêt des marchés. Lire la suite

  p. 171-172

Revue Défense Nationale - Mai 2017 - n° 800

Le débat stratégique en revue

The 800 editions of RDN published since 1939 constitute an exceptional source of information about our defence and its geopolitical environment. Since 1994 we have been going through the long task of updating and improving our archives, access to which has been made simpler via our web site, which was modernised last February. Read more

Review of Strategic Debate

After fifty years in uniform the author has an in-depth look at developments in our defence structure. There have been major transformations in the organisation of the Ministry, the armed forces, the directorates and the wider services that have relied upon fundamental values that cross all generations and on the will to serve France.

The General secretariat for defence and national security (Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale—SGDSN) is the successor to an institution created in 1906 and is a major player in France. It continually adapts its organisation and inter-ministerial approach in order to be more effective and to respond to new threats, such as cyber threats and terrorism. In that way it reinforces its central role.

Defence industry is a key element in our independence. The Direction générale de l’armement (DGA), the procurement organisation, contributes directly to steering and advancing the industry, whose economic and technical returns are vital. The DGA prepares for the future both through the decisions taken and through development of the necessary competences.

The Gendarmerie has been controlled by the Ministry of the Interior since 2009 but maintains close ties to its military identity and participates in defence missions with great effectiveness, using its own assets with specially trained personnel, and also in support of the armed forces, notably in the military policing function during external operations.

Credible defence policy requires strong defence industry. France has this capability yet it requires continued budgetary effort. In the field of aeronautics, Dassault is a major player, contributing to preparation for the future through its flagship programmes such as Rafale.

The study of warfare has long been a thorny issue in France, given the degree of mistrust that has existed between the academic and military worlds. Under the pressure of contemporary strategic reality war studies are becoming more effective, and are supported by institutional players such as the Ministry of Defence, universities, military personnel and researchers.

The next President of the Republic will face a profoundly changed strategic situation that has significant implications for our defence. This means greater effort will be needed as well as continuation of developments in intelligence and in giving form to European defence.

Germany’s position on defence and security issues has evolved in the face of new geostrategic limitations. Berlin is seeking to become a player whilst remaining conscious of certain fundamental issues relating to its history. France, a major partner, needs to make effort and compromise to re-launch the European project.

Brexit is unlikely to simplify London’s foreign and defence policy. The nature of its links with the European Union and its member countries remains vague, and the position of the United Kingdom will need to be redefined—with NATO and Washington, too.

The United Kingdom’s decision on Brexit carries with it significant strategic implications. Withdrawal from the European Union does not mean lack of interest for the defence of Europe, especially since NATO has that in hand and that London and Paris are firmly committed together on defence matters.

European defence is once again becoming a political priority, given a severely degraded geopolitical context. Though there have been modest achievements to date, there now needs to be a burst of effort, since denial would lead to disaster and marginalisation of Europe.

The relationship between defence and the economy is a complex one that needs to be examined carefully, since the defence economy also contributes to the development of industries. Work began from 1945 in the United States and continues today to feed prospective research.

The concept of strategic surprise is much in vogue, and yet examination of the facts shows that it is a failure of strategic intelligence, thus an inability to understand and analyse precursor signs. Recent conflicts have demonstrated the difficulty of thinking about the post-conflict period, which is currently, and notably a source of political disaster in Iraq.

Crises do not always end up as wars. Study allows for better definition of the ‘concept of crisis’ as one of the elements in the high level of international conflict. This approach can be useful, if only to gain better understanding of the mechanisms particular to a crisis and therefore to be in a position to respond to it.

France has been reinvesting in the Asia-Pacific region for the past thirty years, to contribute to its security through bilateral activity and participation in the regularly organised forums. This dimension of our defence and security policy is worthy of better understanding—in particular within certain circles in Paris.

The Middle East is in permanent state of change in which the complexity of relationships does nothing to favour development. Crises there are long lasting, and involve numerous players whose rivalry is exacerbated by antagonistic ambition. The spheres of influence supported by the United States and Russia—Sunni and Shiite—continue to confront each other.

Sport has become a major geopolitical function that controls international relationships in a soft power mode. Whilst it has been manipulated for political reasons since 1936, it is now able to build bridges and see beyond a number of antagonisms.

Regional Approaches

The Baltic is an area of tension with Russia. Worried by Moscow’s demonstrations of force, Sweden has decided to re-establish a military presence on the island of Gotland, whose geographical position gives it a strategic role in a crisis situation.

Opinions and Viewpoints

The high seas belong to nobody. They are an area of freedom for humanity yet also providers of many resources. Their protection is therefore essential but requires complex negotiations between all the players concerned, whose approaches are different and even antagonistic. Discussions are set to last a long time.

The military map of France has seen numerous changes following the reduction in the number of units and therefore of sites across the country. A considerable measure of compensation has in part come from defence industry and plays a structural role in the activity and economy of certain regions.

Open-source intelligence continues to take on greater importance for the conduct of operations as a result of the development of social networks. Its analysis offers a considerable amount of information as long as we have the means to collect and handle it.

Book reviews

Pascal Lamy et Nicole Gnesotto : Où va le monde ?  ; Éditions Odile Jacob, 2017 ; 240 pages - Benoît Aboville (d')

Mario Bettati : Le Droit de la guerre  ; Odile Jacob, 2016 ; 439 pages - Bertrand Michels

Fatiha Dazi-Héni : L’Arabie saoudite [en 100 questions]  ; Éditions Tallandier, 2012 ; 346 pages - Jérôme Pellistrandi

Revue Défense Nationale - Mai 2017 - n° 800

Le débat stratégique en revue

Les mois de Mai ont souvent été porteurs de rupture stratégique et politique depuis la création de la Revue, un certain mois de mai 1939.

Parmi les plus significatifs, car ils ont signifié un changement souvent radical, voire brutal, je citerai 1940 et notre effondrement militaire et politique ; 1958, sur fond de guerre d’Algérie avec le retour du général de Gaulle, l’avènement de la Ve République où le chef de l’État est chef des armées ; 1968, avec ses événements autant sociétaux qu’idéologiques remettant en cause certains fondamentaux de la société des Trente Glorieuses ; 1981, avec une alternance politique inédite où certains étaient persuadés que les chars soviétiques allaient débouler place de la Concorde ; enfin, 2017, où le premier tour de l’élection présidentielle marque une évolution profonde et l’expression d’un pessimisme national, révélateur d’une angoisse, face à l’avenir.

Tous ces événements se reflètent à travers les 800 numéros de la RDN. Car l’Histoire est sans fin, contrairement à ceux qui ont cru, à tort, aux dividendes de la paix. Elle est hélas souvent tragique, violente et absurde. La guerre a été et reste une constante tout au long des dizaines de milliers de pages publiées par la Revue. Hier contre l’Allemagne nazie puis face à l’Union soviétique, guerres de décolonisation aux séquelles encore vives comme l’a encore démontré l’actuelle campagne électorale… Et aujourd’hui contre un ennemi clairement désigné : le djihadisme islamiste, nous imposant d’agir à la fois à l’extérieur de nos frontières mais désormais aussi sur notre propre territoire national. Cette complexité historique et géopolitique a été portée par chacun de ces 800 numéros. Et comme dès l’origine de la Revue, l’objectif a été et reste de contribuer à l’indispensable débat stratégique nécessaire pour assurer avec efficacité la défense de notre pays.

Dans un monde fracturé, sans que la multipolarité soit gage de stabilité et de sécurité, il faut souligner une prise de conscience récente de nos dirigeants politiques sur les questions de défense. Après des décennies d’un pseudo-consensus préludant en réalité à des coupes budgétaires massives – en prétendant faire mieux avec moins – l’irruption de la violence aveugle en janvier 2015 a marqué un tournant. La défense et la sécurité sont redevenues des priorités régaliennes – au risque de surenchères politiciennes, voire populistes… Les enjeux sont devenus trop graves et trop structurants pour obliger désormais à un changement de cap, en donnant aux armées et à leur environnement les moyens financiers et humains pour assurer la protection des Français, premier devoir de l’État.

Le prochain chef de l’État aura, de fait, des choix stratégiques à faire dans le court mais aussi le long terme. Une défense se construit dans le temps long, les impasses se payant au prix fort comme en 1940. Plus que jamais, il va être nécessaire de réfléchir en s’inscrivant dans la durée. Comprendre le passé ; car l’Histoire ne s’arrête pas, elle marche ; expliquer aujourd’hui pour préparer demain. Les 799 précédents numéros de la RDN se sont inscrits dans cette volonté de contribuer au succès des Armes de la France. ♦

Jérôme Pellistrandi

Revue Défense Nationale - Mai 2017 - n° 800

Le débat stratégique en revue

La RDN vous invite dans cet espace à contribuer au « débat stratégique », vocation de la Revue. Cette contribution doit être constructive et doit viser à enrichir le débat abordé dans le dossier. C’est l’occasion d’apporter votre vision, complémentaire ou contradictoire. Vos réponses argumentées seront publiées sous votre nom après validation par la rédaction.

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