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Novembre 2018 - n° 814

Centenaire de la Grande Guerre

« Vous avez gagné la plus grande bataille de l’histoire et sauvé la cause la plus sacrée, la liberté du monde »

Ferdinand Foch

« Toute personne qui n’aura pas vu ces champs de carnage, ne s’en fera jamais une idée. Quand l’on arrive les obus pleuvent de partout à chaque pas et il faut malgré tout avancer. » Cette citation tirée d’une lettre d’un Poilu en juillet 1916 illustre combien la Der des Ders a été la matrice tragique d’une Europe déchirée et que ses conséquences-cicatrices demeurent encore aujourd’hui une réalité tangible, si l’on pense aux Balkans avec ses peuples mosaïques en mal de réconciliation ou aussi au Moyen-Orient, dont les frontières n’ont pas su créer de véritables Nations, par exemple. Lire la suite

p. 1-1
p. 11-15

Centenaire de la Grande Guerre

Il convient de revenir sur le mode de commandement de Foch en 2018 pour en apprécier sa modernité et son intelligence. Il sut, contre l’avis de Pétain et malgré une certaine hostilité de Clemenceau, organiser un état-major efficace et réactif. Foch fut ainsi un précurseur ayant une vision claire du travail avec les Alliés.

p. 19-23

En 1914, la cavalerie constate son inefficacité tactique, l’obligeant à évoluer rapidement pour s’adapter à un champ de bataille en pleine mutation. Si certains cavaliers choisirent l’aviation naissante, d’autres participèrent au développement du char dont le FT-17 marquera une révolution majeure par son caractère innovant.

p. 24-27

L’aviation a eu un rôle croissant durant le conflit. Au-delà de l’image d’Épinal proposée par les As, c’est bien dans l’acquisition du renseignement que les aviateurs ont apporté une contribution décisive, permettant ainsi au commandement de mieux comprendre les offensives ennemies via les missions de reconnaissance, y compris dans la profondeur.

p. 28-32

Le fait aérien a transformé la conduite des opérations durant la Grande Guerre. Le commandement français a su conjuguer progrès techniques et emploi tactique de l’aviation avec un grand pragmatisme et une efficacité reconnue. La doctrine a été élaborée au fur et à mesure avec l’appui du Haut commandement qui a vu le potentiel de cette nouvelle arme.

p. 33-40

La gendarmerie a joué un rôle mal connu durant la Grande Guerre en assumant ses missions dès la mobilisation. Elle eut aussi à assurer la sécurité des zones à l’arrière. Par ailleurs, sa fonction prévôtale bien qu’indispensable à la discipline des forces lui fut préjudiciable en termes d’image. La gendarmerie sut en tirer les leçons après-guerre.

p. 41-45

La guerre du chiffre – bien que très méconnue – a joué un rôle décisif en permettant notamment au commandement français de décrypter les transmissions allemandes et ainsi de pouvoir réagir rapidement. Le développement de la TSF associé au codage préfigurait la cyberguerre d’aujourd’hui.

p. 46-50

La Suède se déclara neutre pendant la Grande Guerre. Mais elle dut utiliser sa marine pour garantir sa neutralité dans une région marquée par l’affrontement entre la Russie et l’Allemagne. La flotte suédoise sut également protéger ses routes maritimes et préserver la liberté de navigation.

p. 51-56

Les intellectuels, artistes et écrivains, ont intensément participé à la Grande Guerre, à la fois comme acteurs de terrain en tant que soldats, mais aussi comme témoins en utilisant leurs différents talents pour exprimer ce qu’ils vécurent. Traumatisme collectif ainsi partagé par toute une génération, qui au-delà des différentes opinions politiques, partageât un destin commun.

p. 57-62

La Grande illusion n’est pas qu’un film sur des prisonniers de guerre français cherchant à s’évader d’un Oflag (camps destinés aux officiers). C’est aussi un moment intense où l’Histoire se confronte à la fiction et participe à l’épopée de ce film dont les lectures ont évolué depuis son tournage en 1937. La Grande illusion est bien le symbole d’une certaine Europe.

p. 63-69

L’historiographie de la Grande Guerre est impressionnante avec une production française évaluée plus de quinze mille publications depuis un siècle. Le mouvement se poursuit avec des approches renouvelées et de nouveaux champs d’investigation pour les historiens, le centenaire ayant suscité un regain d’intérêt avec des travaux très pertinents.

p. 70-75

Le Centenaire a suscité un vrai renouveau historiographique sur la Grande Guerre avec des approches inédites et remettant en cause certaines certitudes. Ainsi, il faut admettre que l’armée française est en 1918 la plus moderne et la plus performante alors qu’à l’inverse, l’armée allemande s’est bien écroulée à la fin du Printemps et que sa défaite était inéluctable.

p. 76-79

La participation d’aviateurs américains avec l’escadrille La Fayette et l’héroïsme des As ont contribué à la victoire de 1918. Ils ont aussi façonné les mentalités en particulier dans le Grand Est dont la culture militaire reste forte. C’est un atout qu’il convient de valoriser aujourd’hui dans un monde incertain.

p. 80-83

Commémorer la Grande Guerre, c’est aussi réfléchir sur le devoir de Mémoire et considérer d’une autre manière les sacrifices consentis. D’autant plus qu’il semble que, cent ans après, les leçons de l’Histoire s’effacent dramatiquement devant une violence croissante et un déni du combat de nos Anciens pour la dignité et la liberté.

p. 84-89

Recensions

Jean-Yves Le Naour : 1918 - L’étrange victoire  ; Perrin, 2016 ; 412 pages - Serge Gadal

Aux yeux de nos contemporains, la victoire des Alliés à l’issue de la Première Guerre mondiale allait de soi. En réalité, à l’été 1918 rien n’était vraiment écrit et l’Allemagne pouvait encore l’emporter, d’où le sous-titre du dernier opus de Jean-Yves Le Naour, L’étrange victoireLire la suite

p. 91-93

Jean-Yves Le Naour (dir.) : Dictionnaire de la Grande Guerre  ; Éditions Larousse, 2014 ; 504 pages - Philippe Wodka-Gallien

Une quinzaine d’historiens ont contribué à cet ouvrage remarquable qui rassemble 250 notices. Le panorama est complet en couvrant tout aussi bien les personnages clés, les combats que les épisodes militaires et politiques. Le quotidien des tranchées et de l’arrière fait aussi l’objet de nombreuses entrées. Dans ce domaine, l’intérêt d’un dictionnaire apparaît clairement pour aller très loin dans les événements et dans le détail. Quelques entrées au hasard des 500 pages : Alsace-Lorraine, Avant-garde artistique, Bataille de la Somme, Chanson de Craonne, Chars, Embusqués, Charles de Gaulle, Gaz de combat, Mata Hari, Pertes, Quinzième corps, Révolutions russes, Tranchées, Traités, Wilson, Ypres. Une longue séquence d’introduction de plus de 60 pages présente le déroulement du conflit, et revient longuement sur les origines d’une guerre mondiale qui restent encore un mystère. Lire la suite

p. 91-91

Ronald Hubscher : Les aviateurs au combat (1914-1918) - Entre privilèges et sacrifice  ; Éditions Privat, 2016 ; 325 pages - Philippe Wodka-Gallien

La Première Guerre mondiale apporte un nouveau type de combattant : l’aviateur. Ronald Hubscher, professeur des universités, nous emmène ici dans le quotidien des premières escadrilles. Son analyse est sociologique, faits et chiffres à l’appui. On apprend ainsi que les corps des aviateurs proviennent de la Cavalerie à hauteur de 37 %, pour 35 % l’artillerie, 25 % étant issus de l’infanterie. Lire la suite

p. 95-95

Philippe Jourdan : L’aéronautique militaire 1914-1918 - Tradition & Héraldique  ; Éditions JPN, 2016 ; 117 pages - Philippe Wodka-Gallien

Cet ouvrage très original est le travail d’un auteur passionné qui s’est donné l’ambition de dresser l’inventaire complet de toutes les unités aériennes ayant combattu sous cocardes françaises de 1914 à 1918. Nous avons en main un beau livre qui s’ouvre sur un chapitre détaillé sur les premières étapes de la constitution de l’arme aérienne. Le rappel de la loi du 29 mars 1912 portant création de l’aéronautique militaire est particulièrement bien venu. L’arme nouvelle prend très rapidement toute sa place au-dessus des tranchées. Dès novembre 1914, l’aviation de bombardement est créée. Lire la suite

p. 96-96

François Brévot : Éclats d’Hélice. Warbirds et éclairages fantastiques  ; Éditions Pascal Galodé, 2014 ; 150 pages - Philippe Wodka-Gallien

Photographe talentueux et connaisseur avisé des univers aéronautiques, François Brévot aime l’ambiance des meetings aériens. Le titre nous renvoie aux hélices en bois des machines de la Première Guerre mondiale. Albatros, Bristol, Nieuport, Pfalz, Spad, Sopwith sont au cœur de ce livre qui tient à ne présenter que d’authentiques avions. Méticuleusement conservés et entretenus par des associations privées, ils sont une mémoire vivante, une sorte de musée volant, restituée dans le ciel des meetings aériens au profit du grand public. Les très belles images de François Brévot viennent magistralement illustrer cette approche mythologique des combats aériens de 1914-1918. La préface a été confiée à Jack Krine, ancien pilote de chasse à l’escadron 2/4 La Fayette et pilote aux commandes d’avions de collections. On peut acquérir cet ouvrage auprès de l’auteur (fbrevot@yahoo.fr).

p. 97-97

Patrick Facon et Michel Bénichou (dir.) : « 1914-1918 - La première guerre aérienne », Le Fana de l’Aviation, Hors-série n° 53  ; Éditions Larivière, 2014 ; 130 pages - Philippe Wodka-Gallien

Nous devons cette publication à Patrick Facon (Service historique de la Défense) et à Michel Bénichou, autre historien reconnu de la guerre aérienne. Ils reviennent dans le détail sur le rôle de l’aviation dans tous les épisodes majeurs de la Grande Guerre au cours desquels elle eut un rôle décisif. Dans le style éditorial du Fana de l’Aviation, les illustrations ont une place tout aussi affirmée que les textes très détaillés sur les évolutions doctrinales, le déroulement des opérations, les matériels mais aussi la naissance de l’industrie aéronautique. La bataille de Verdun est un élément central dans l’affirmation de l’aviation de chasse. On lira également avec intérêt le chapitre sur l’entrée en guerre des États-Unis et l’aide apportée par la France aux aviateurs américains.

p. 98-98

Repères - Opinions

Le programme international de recherche Océanides conduit de 2012 à 2017 a mis en perspective l’importance centrale du fait maritime pour le développement des civilisations humaines. Au cours des siècles, c’est bien par les océans que les échanges et les Empires se sont créés et défaits. Aujourd’hui, l’Océan est au cœur des enjeux de demain.

p. 99-115

De par son histoire, la France est un acteur très présent sur la scène sécuritaire en Afrique. Engagée dans de nombreuses opérations, elle y a acquis certes une expérience mais aussi des savoir-faire précieux qui méritent d’être mieux utilisés face aux crises actuelles dont la résolution dépasse largement le cadre militaire.

p. 116-120

L’Afghanistan a vu le déploiement conséquent de forces soviétiques, avec un emploi systématique des vecteurs aériens – avions et hélicoptères. Les succès tactiques ont été réels et les Soviétiques ont su s’adapter aux conditions exigeantes de ce théâtre tirant les leçons des engagements dans la troisième dimension.

p. 121-125

L’emploi des drones armés est devenu d’usage courant pour les États-Unis. Ceux-ci les utilisent également pour effectuer des assassinats ciblés visant des cibles humaines à haute valeur ajoutée. Le contrôle juridique de ces frappes reste important, le drone n’étant qu’un moyen et non pas une finalité.

p. 126-132

Revue Défense Nationale - Novembre 2018 - n° 814

Centenaire de la Grande Guerre

The Centenary of the Great War

It is opportune to look again at how Foch commanded in 1918, and to note his modernity and intelligence. He went against Pétain’s opinion on the subject of command, and despite an amount of hostility from Clémenceau he was able to organise an efficient and reactive staff headquarters. Foch was thus a trailblazer with a clear idea of how to work with the allies.

In 1914, the cavalry was aware of its tactical ineffectiveness and needed to develop rapidly to adapt to a fast-changing battlefield. Some in the cavalry chose the new field of aviation whilst others participated in the development of tanks, among which the innovative FT-17 was truly revolutionary.

Aviation had a growing role throughout the conflict. Quite apart from the now classical image of the flying aces, aviators’ decisive contribution was in the collection of intelligence. This allowed the command to understand better the enemy’s offensives through reconnaissance missions—including those deep over enemy territory.

The arrival of air power transformed the conduct of operations during the Great War. With great pragmatism the French command combined technical progress with effective tactical use of aviation. Appropriate doctrine was established over time with the support of the high command, which had recognised the potential of this new weapon system.

The gendarmerie played a little-known role during the Great War, yet took on missions immediately on mobilisation, later ensuring the security of zones behind the lines as well. On the other hand, its essential military policing function to maintain discipline in the forces did little for its image, which obliged the gendarmerie to draw lessons after the war from its experiences.

Though largely unknown, the code war played a decisive role in allowing the French military command to decrypt German transmissions and therefore to be in a position to react rapidly.  The concurrent development of wireless telegraphy and encryption was a foretaste of today’s cyber-warfare.

Though Sweden declared itself neutral during the Great War it had to use its navy to affirm its neutrality in a region affected by the confrontation between Russia and Germany. The Swedish fleet was thus able to protect its sea routes and maintain freedom of navigation.

Intellectuals, artists and writers took their full part in the Great War, on the ground as soldiers and as reporters. They used their varied talents to describe the trauma they lived through: the common destiny of an entire generation that transcended political opinion.

The French film, La Grande Illusion, is more than a film about French prisoners of war who try to escape from an Oflag: the film has become an epic in which history confronts fiction in an intensely absorbing scenario, and which has been widely appreciated since it was made in 1937. La Grande Illusion is very much symbolic of Europe at the time.

The written history of the Great War is impressive, with more than fifteen thousand publications in France alone over the past century. And it has not stopped there—new approaches and new fields of investigation continue to attract historians, particularly since the centenary has fostered renewed interest with some highly pertinent works.

The centenary has led to a completely new look at the published history of the Great War, with some unprecedented approaches that call into question a number of hitherto accepted facts. From this, it would seem that in 1918 the French army was the most modern and effective, whereas the German army caved in at the end of the spring of that year, leading to an unavoidable defeat.

The participation of American airmen of the La Fayette squadron, and the heroism of its aces contributed to victory in 1918. They also shaped mentalities, particularly in the eastern part of France where military culture remains strong. That is an aspect worthy of emphasis in today’s uncertain world.

In commemorating the Great War, it is politic to reflect on what might be called the duty to remember, and to think in different ways about the sacrifices made. This is even more important, a hundred years after the event, since the lessons of history are rapidly lost in the face of increasing violence and refusal to recognise that our forebears fought for dignity and freedom.

Book reviews

Jean-Yves Le Naour : 1918 - L’étrange victoire  ; Perrin, 2016 ; 412 pages - Serge Gadal

Jean-Yves Le Naour (dir.) : Dictionnaire de la Grande Guerre  ; Éditions Larousse, 2014 ; 504 pages - Philippe Wodka-Gallien

Ronald Hubscher : Les aviateurs au combat (1914-1918) - Entre privilèges et sacrifice  ; Éditions Privat, 2016 ; 325 pages - Philippe Wodka-Gallien

Philippe Jourdan : L’aéronautique militaire 1914-1918 - Tradition & Héraldique  ; Éditions JPN, 2016 ; 117 pages - Philippe Wodka-Gallien

François Brévot : Éclats d’Hélice. Warbirds et éclairages fantastiques  ; Éditions Pascal Galodé, 2014 ; 150 pages - Philippe Wodka-Gallien

Patrick Facon et Michel Bénichou (dir.) : « 1914-1918 - La première guerre aérienne », Le Fana de l’Aviation, Hors-série n° 53  ; Éditions Larivière, 2014 ; 130 pages - Philippe Wodka-Gallien

Opinions and Viewpoints

Océanides was an international research programme conducted from 2012 to 2017, which put into perspective the central importance of the sea in the development of human civilisations. Since time immemorial it has been across the oceans that commerce and empires have been created and destroyed. Still today, the ocean is at the very heart of tomorrow’s challenges.

By virtue of its history, France is deeply committed to security activities in Africa. It has gained experience though numerous operations there, together with a precious savoir-faire which merits far better application in the context of current crises whose resolution goes well beyond the purely military element.

Vast Soviet forces were deployed in Afghanistan, with considerable use made of helicopters and aircraft. This won them notable tactical success, and the Soviets learned to adapt to the demanding conditions of that theatre, drawing lessons from engagements in the third dimension.

The use of armed drones has become commonplace for the United States, which uses them also for targeted assassinations of high-value human targets. Legal control of such strikes remains important given that the drone is merely a means, and not an end.

Revue Défense Nationale - Novembre 2018 - n° 814

Centenaire de la Grande Guerre

« Toute personne qui n’aura pas vu ces champs de carnage, ne s’en fera jamais une idée. Quand l’on arrive les obus pleuvent de partout à chaque pas et il faut malgré tout avancer. » Cette citation tirée d’une lettre d’un Poilu en juillet 1916 illustre combien la Der des Ders a été la matrice tragique d’une Europe déchirée et que ses conséquences-cicatrices demeurent encore aujourd’hui une réalité tangible, si l’on pense aux Balkans avec ses peuples mosaïques en mal de réconciliation ou aussi au Moyen-Orient, dont les frontières n’ont pas su créer de véritables Nations, par exemple.

Ce traumatisme fut bien sûr amplifié à une échelle inhumaine par la Seconde Guerre mondiale puis par la guerre froide, conséquences d’une Paix ratée en 1919.

Le centenaire de la Grande Guerre est bien plus qu’une étape mémorielle, il est un devoir de nécessité, d’exigence et de lucidité à la fois envers ceux d’Hier, les Poilus, le peuple français – dans toutes ses composantes – avec aussi tous ceux de tous les pays impliqués, soldats, civils et victimes, mais également envers notre jeunesse – celle d’aujourd’hui – qui prépare l’Europe de demain. Car le risque est réel d’être à nouveau un siècle plus tard des « Somnambules » sourds et aveugles dans un monde de plus en plus incertain et tragique, privilégiant le rapport de force et où les progrès de la civilisation payés par le sang des guerres semblent trop souvent balayés par les égoïsmes nationaux et les populismes démagogiques et revendicatifs.

Il convient aussi de voir que « 14-18 » a été également une mutation totale dans tous les champs : celui de la conduite de la guerre bien sûr avec ses évolutions tactiques et doctrinales, mais aussi celui des sciences, des techniques et de l’industrie ; il faut y rajouter la société elle-même, mobilisée dans toute sa diversité avec le rôle des femmes notamment. Sans oublier le champ culturel et intellectuel bouleversé par le Front. C’est aussi un ébranlement politique avec les effondrements des Empires, la dislocation de nombreuses monarchies et l’émergence – non consolidée hélas – de régimes démocratiques, sans oublier le début de l’expérience totalitaire qu’allait constituer l’URSS avec toutes ses suites, y compris de nos jours.

Les leçons du conflit restent donc plus que d’actualité et doivent être relues avec attention, non pas pour les reproduire mais bien pour appréhender ces risques de dérapage, à l’image d’un assassinat politique un 28 juin 1914 qui entraîna, tel un jeu de dominos en raison des alliances, l’abîme.

C’est aussi une exigence de responsabilité pour notre Défense que de réfléchir aux menaces et risques de demain pour pouvoir y répondre et défendre ainsi l’héritage de nos Anciens qui, avec une abnégation totale, ont défendu par le sang versé l’idée qu’ils se faisaient – individuellement et collectivement – de la France.

Jérôme Pellistrandi

Été 2019
n° 822

La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation

Actualités

20-09-2019