Panthéonisation de Marc Bloch : l’historien et résistant reçoit la Croix du combattant volontaire de la Résistance
Le personnel éducatif du Collège Olympes de Gouges de Loupian (34) reçoit des mains de Suzette Bloch la BD consacré à Marc Bloch « Marc Bloch, l'historien combattant », le 23 juin 2026 à la Sorbonne (© Alexandre Trifunovic / RDN)
Ce mardi 23 juin 2026, jour de l’entrée au Panthéon de Marc Bloch, l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONaCVG) a organisé en Sorbonne la cérémonie de la remise de la Croix du combattant volontaire de la Résistance à l’historien et résistant, fusillé le 16 juin 1944.
Cette cérémonie s’est déroulée en présence d’Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants, devant un parterre constitué de collégiens, de personnel éducatif, ainsi que de la famille de Marc Bloch, dont Suzette Bloch, qui a reçu cette distinction pour son grand-père avec beaucoup d’émotion.
Cette cérémonie, pleine de symboles, arrive comme l’une des dernières étapes (avant l’entrée au Panthéon) d’un travail de longue haleine mené par des élèves de 3e du collège Olympe de Gouges de Loupian (34). Présenté par Cécile Forestier, professeure d’histoire-géographie ainsi que deux élèves ayant participé à cet atelier historique, le travail a constitué, à partir de sources primaires, selon la méthode historique, à retracer l’itinéraire familial de Marc Bloch à la veille et pendant la Seconde Guerre mondiale. En coopération avec Gaëtan Blosse, référent mémoire de l’ONaCVG Occitanie, les élèves historiens en herbe ont mené une véritable enquête sur le futur panthéonisé. Ces recherches leur ont permis de découvrir des documents inédits sur l’historien ainsi que de faire rencontrer pour la première fois Suzette Bloch, ancienne journaliste et petite-fille du résistant, et Alain Weill, son cousin. Au fil de leurs investigations historiques, les élèves de 3e du collège Olympe de Gouges de Loupian ont entamé la démarche d’obtention, à titre posthume, de la Croix du combattant volontaire de la Résistance pour Marc Bloch, ajoutant davantage de reconnaissance à l’héritage de l’historien, qui s’engagea en 1939 à l’âge de 53 ans et qui vécut dans la clandestinité de la Résistance à partir de 1943, à presque 60 ans. À ce titre, il est arrêté et fusillé par la Gestapo en juin 1944.
Dans son allocution d’ouverture, Julie Benetti, chancelière des universités, a rappelé la portée symbolique du choix de la Sorbonne pour cette cérémonie, enceinte dans laquelle la voix du fondateur de l’école des Annales a résonné, titulaire de la chaire d’histoire économique ; lui qui venait de l’histoire médiévale, auteur des Rois thaumaturges, ainsi que d’une thèse publiée en 1920 sur la période capétienne.
Une cérémonie de transmission à la jeunesse
À l’image de l’entrée au Panthéon à laquelle plus de 700 collégiens et lycéens assisteront, cette cérémonie a été celle de la « transmission à la jeunesse », parce que Marc Bloch, l’enseignant, le professeur, aimait la jeunesse de son pays. Il était un transmetteur, un passeur d’histoire, un chercheur constant de la vérité. L’auteur de l’Étrange défaite, dans son témoignage initial de 1940, faisait œuvre à la jeunesse, laissant une trace écrite de ce qu’il avait vécu. Ce sont les mots d’Alice Rufo, qui a souhaité que, dans ces lieux, ce soit l’enseignant qui fût honoré. Rappelant l’importance de la figure de Marc Bloch tant pour la discipline historique en tant que telle que pour les Français et leur histoire, elle a insisté sur l’itinéraire de l’historien de la fin des années 1930 à sa mort : celui d’un homme qui voulut faire son métier d’historien jusqu’au bout et d’un intellectuel engagé, au sens le plus noble du terme. Avant de remettre la Croix du combattant volontaire de la Résistance à Suzette Bloch, Alice Rufo s’est directement adressée aux élèves de 3e présents dans l’assistance, les invitant à s’autoriser à rêver, à être volontaires, à croire en eux.
Cet appel à la jeunesse s’est immédiatement poursuivi avec un discours émouvant de Suzette Bloch, qui a tenu à remercier les collégiens pour leur travail titanesque, ainsi qu’au personnel éducatif qui les a accompagnés durant tout ce projet. Honorée de cette distinction, l’ayant droit de Marc Bloch s’est réjouie de l’engagement de ces jeunes dans le chemin mémoriel autour de la figure de l’historien, qui mêle, comme il le fit dans sa méthode historique, ce que nous appellerions vulgairement la « petite » et la « grande » histoire ; leur enquête historique ayant commencé par la recherche de l’itinéraire de la famille Bloch pendant la Seconde Guerre mondiale.
Après avoir été sur les traces de Marc Bloch pendant toute l’année scolaire, en passant par la prison de Montluc à Lyon où il fut emprisonné, les élèves de 3e du collège Olympes de Gouges assisteront ce soir à l’entrée au Panthéon de l’historien et résistant avant de visiter, demain, le Mont Valérien. ♦
Publié le 23 juin 2026
Alexandre Trifunovic








