Ce livre consacre le génie français. Le Rafale s’inscrit dans une ambition de Marcel Dassault, fondateur de la firme à son nom. Ma perception très personnelle du Rafale : cet avion est à la France contemporaine, celle de l’aéronautique, ce que fut en son temps la cathédrale Notre-Dame de Paris ou le château de Versailles. Ouvrons ensemble ce très beau livre.
À date où le programme initialement France est devenu en ces années 2020 un succès export, Alexis Rocher, rédacteur en chef du mensuel Le Fana de l’Aviation, nous offre ce livre magnifique. Le produit est à la hauteur de ce prodige du Made-in-France. Le sujet est exigeant, car le Rafale, c’est la pointe de diamant d’une ambition. Plus encore, la France, c’est le pays qui a vu naître l’aviation. Le Rafale résume tout le pays, jusque dans le goût du débat et de la polémique. Au départ, l’idée est de remplacer tous les avions de combat de l’Armée de l’air et de la Marine en un système d’arme unique, donc multirôle, du Mirage IV au Super-Étendard. Paris se distingue de ses partenaires européens : son avion doit adresser une diplomatie planétaire, au-delà du continent européen. Ancrée en Europe, la France est un empire maritime et le nucléaire constitue la clé de voûte de sa défense. Projection de forces, porte-avions et arme ultime orientent la définition de l’avion. Que le lecteur soit prévenu : ce n’est pas un livre de photos. Rafale, l’Excellence française est un travail méticuleux d’historien invitant à la réflexion sur le présent et l’avenir.
L’auteur a choisi de se concentrer sur le Rafale A, le prototype bleu-blanc-rouge aujourd’hui au Musée de l’Air et de l’Espace au Bourget. Un long développement revient sur la genèse et sur les efforts des Européens pour imaginer un avion en coopération. Mais dès 1983, c’est acté, l’avion de défense de la France sera conçu par l’industrie française. Le projet commence très fort, par un véritable coup d’éclat : le Rafale est la vedette du Bourget 1987. Le dossier devient politique sur un terrain ô combien passionné. Pour beaucoup, le Rafale porte avec panache une politique de rang et d’avancer que la défense reste un impératif (voir à ce sujet le Livre blanc 1994). Pour d’autres, le Rafale est inutile, trop cher : il faut le sacrifier sur l’autel des dividendes de la paix. Rien n’est gagné, tant l’esprit de renoncement ne manque pas de compétences. L’enquête nous renvoie à ces mois d’hésitations entre deux orientations stratégiques : programme national ou programme européen ? Notre confrère nous donne ici des éléments pour décrypter le psychodrame vécu 45 ans plus tard avec le Système de combat aérien du futur (Scaf). Désormais, ce projet à horizon 2040 sera national, comme le fut le Rafale au seuil des années 1980.
Pour son bel ouvrage, Alexis Rocher a eu accès à une abondante documentation qu’il a judicieusement enrichie de témoignages accordés par les directeurs, ingénieurs et pilotes de la firme de Saint-Cloud. On retrouve Serge Dassault, Bruno Revellin-Falcoz (directeur technique de Dassault Aviation), Guy Mitaud-Mourouard (pilote d’essais), l’amiral Wilmot-Roussel (premier commandant du porte-avions Charles-de-Gaulle et un temps conseiller du président de Dassault Aviation). Ces pages sont l’occasion de saluer les ingénieurs et compagnons. Le dossier s’enrichit aussi des avis publics des responsables politiques de l’époque. Au sommaire également, un chapitre consacré à la propulsion, ce qui donne, sous l’impulsion à la Société nationale d’étude et de construction de moteurs d’aviation (Snecma, devenu Safran lors de sa fusion avec Sagem en 2005) de René Ravaud, le moteur M88.
Au fil des pages magnifiquement illustrées, le travail d’enquête d’Alexis Rocher nous en apprend beaucoup sur le management d’entreprise, les impératifs de souveraineté, le contexte concurrentiel de l’aéronautique de défense, outre les paramètres culturels. L’auteur démontre à chaque page une belle écriture : « Le succès du Rafale, qu’il soit opérationnel ou commercial, ne tient pas à une révélation soudaine. Il est né de la persévérance, de l’acceptation du doute, du refus des renoncements faciles. […] Il ne s’agit pas d’un héritage figé, encore moins d’une nostalgie, mais d’un dialogue silencieux entre générations d’ingénieurs, de mécaniciens et de pilotes ».
À noter le soutien du général Julien Sabéné, commandant en second du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA) qui signe la préface. Une autre impression à partager : les illustrations font revivre la France aéronautique des années 1980. Nous devons à notre confrère un premier livre très professionnel sur le Mirage 4000 édité chez Skyshelf.eu. Avec ce très beau livre, l’essai est transformé. ♦






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