Le général de Gaulle et la vision du large
L’allocution du général de Gaulle à l’École navale en 1965, repris in extenso dans cette revue, est considérée à juste titre comme un discours « fondateur » du rôle de la Marine d’aujourd’hui. Le « père » de la Ve République a imprégné ses écrits et ses actes d’une vision du large, celle-ci dépassant largement le cadre de la défense. En dépit de relations parfois passionnelles avec la Marine et ses responsables, le fondateur de la France libre, convaincu de l’importance de l’Empire pour la poursuite de la guerre, a rapidement perçu les enjeux maritimes liés aux voies de communication. Revenu au pouvoir, son ambition pour la France va, au travers de la dissuasion, impulser une nouvelle dimension à la Marine. Quarante et un ans après le lancement du Redoutable en présence du Général, l’apport majeur de la composante sous-marine à la dissuasion, garantie ultime de la sécurité de la France, vient d’être réaffirmé par le président de la République à Cherbourg (1). Même en faisant abstraction du discours à l’École navale, une brève rétrospective des écrits et des actes du général de Gaulle témoigne de la profondeur de sa vision maritime, fruit d’une longue réflexion et maturation. Alors que l’Empire a disparu, que l’antagonisme entre les deux blocs s’est estompé et que l’Union européenne devient une réalité, la perception du large par le Général reste toujours très actuelle.
Dès l’appel du 18 juin, on pressent l’importance de la mer dans l’issue de la guerre : « La France n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limite l’immense industrie des États-Unis ». C’est par la mer que le lien entre les deux Empires et les États-Unis sera maintenu, rompant ainsi l’isolement insulaire du Royaume-Uni et permettant d’acheminer l’avitaillement et les forces nécessaires à la libération du continent.
Vingt ans plus tard, revenu aux responsabilités, le Général présentera lors de l’inauguration du paquebot France à Saint-Nazaire, sa vision de la mer et de son importance stratégique : « La mer, si redoutée et si désirée des peuples, la mer qui sépare les nations mais leur permet de se joindre, la mer par où les pires dangers peuvent menacer les États mais sans laquelle il n’est point de grandeur ». Fort de son expérience de chef militaire au cours d’une guerre planétaire, l’homme politique s’est rapidement imprégné de l’apport des océans à la grandeur de la France.
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