L'avant-garde de la dissuasion
Bataille ou non-bataille ? Je n'aime pas beaucoup ces termes, d'abord parce qu'il serait plus juste de dire : combattre ou ne pas combattre, ce qui rend un son différent, ensuite parce que l'idée qu'évoque le mot bataille, d'un terrain choisi et d'un acheminement processionnel des moyens, ne traduit pas la réalité d'aujourd'hui.
Nous en discuterons plus loin ; mais auparavant je dirai quelques mots de la situation politique de l'Europe. La stabilité qui règne dans ce cap de l'Asie, grâce à la conjugaison des moyens de dissuasion américains, français, anglais et de la présence de forces classiques qui ne sont pas négligeables, a conduit beaucoup d'observateurs à estimer que les véritables enjeux étaient ailleurs, que c'était en tournant le monde occidental par le sud que la puissance soviétique avait monté sa manœuvre pour atteindre son but de domination mondiale, qu'ainsi les efforts accomplis pour accroître les moyens militaires focalisés sur la défense de l'Europe étaient en partie inutiles. Je ne nie pas, bien entendu, les menaces qui résultent du développement de la marine russe, non plus que celles qui correspondent à l'avènement d'un monde multipolaire ou à un certain impérialisme de l'Islam. Mais, sans être alarmiste, sans passer, comme on le fait souvent dans les démocraties, du chloroforme à la panique, n'est-il pas visible qu'outre les motifs de tension qui s'étaient déjà manifestés depuis trente-cinq ans, une cause de déstabilisation, sinon nouvelle du moins jusqu'ici toujours limitée, se profile, à savoir le développement de tensions internes au sein du monde communiste. Les réactions que pourraient avoir les dirigeants soviétiques si ces tensions se généralisaient, les mouvements qui seraient ainsi susceptibles de se produire dans les équipes qui détiennent les leviers de commande, les réflexes que la crainte pourrait provoquer chez les hommes d'État, les responsables du Parti, les chefs militaires, sont imprévisibles.
La position géographique de la France, la place que sa politique d'indépendance lui a conférée, le caractère propre de la répartition dans notre pays de diverses familles politiques, comportent des traits originaux, mais qui, en aucun cas, ne permettent d'oublier que, si elle n'implique pas le péril le plus probable, la menace d'une agression en Europe est la plus dangereuse.
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