Suite à l’attentat de Pahalgam du 22 avril 2025, l’antagonisme historique entre l’Inde et le Pakistan au sujet du Cachemire rebasculait dans l’affrontement armé au printemps dernier. L’auteure détaille ici la place des populations de ces provinces dans le litige, à la fois en recherche d’une certaine reconnaissance dont elles manquent en politique intérieure, et instruments des revendications de la politique étrangère des deux États.
Au cœur du conflit indo-pakistanais depuis 1947 : les revendications bafouées des Cachemiris
The Core of Indo-Pakistani Conflict Since 1947: the Unrecognised Demands of the Kashmiris
Following the attack on Pahalgam on 22 April 2025, the historical antagonism between India and Pakistan regarding Kashmir again erupted into armed conflict last spring. In this article, the author details where the populations of these provinces stand in the dispute as they seek a degree of recognition currently lacking in domestic politics whilst at the same time they are viewed as instruments for claims within the foreign policies of the two countries.
Moins connu que le cas palestinien, le conflit en cours au Cachemire est pourtant le deuxième plus ancien litige frontalier géré par les Nations unies au lendemain de la décolonisation britannique. En effet, l’une des conséquences de la Partition du sous-continent indien en août 1947 a été le déclenchement de la première guerre entre l’Inde et le Pakistan (1), qui portait sur le rattachement, à l’un ou à l’autre pays, de l’ancien État princier du Jammu-et Cachemire (2), pour deux raisons. D’un point de vue politique, pour Islamabad, qui se projetait comme une République islamique, le rattachement d’un territoire à majorité musulmane était l’évidence. Par contraste, pour New Delhi qui se dessinait comme une République séculariste, l’intégration d’un tel territoire, alors que la population indienne était très majoritairement de confession hindoue, signifiait avec force son égale tolérance envers toutes les religions. Sur le plan économique, le Cachemire est une zone riche en raison de son climat tempéré (cultures agricoles) et de sa situation géographique himalayenne (minerais, irrigation, hydroélectricité). Enfin, ce dernier en fait un territoire stratégique, à l’intersection de l’Inde, du Pakistan et de la Chine.
Ce premier affrontement se solde par un cessez-le-feu le 1er janvier 1949, la division du territoire et de sa population, ainsi que la stabilisation des fronts autour de la Line of Control (LoC) aujourd’hui admise comme frontière de facto, mais ni stabilisée ni reconnue par Islamabad et New Delhi. En outre, la résolution n° 47, adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies le 21 avril 1948, propose une solution politique au conflit en disposant de la tenue à venir d’un référendum d’autodétermination des Cachemiris avec deux possibilités d’intégration : ou bien au Pakistan ou bien à l’Inde – l’indépendance n’étant pas une option (3).
Près de 80 ans plus tard, celui-ci est toujours lettre morte tandis que le Pakistan et l’Inde se sont affrontés à quatre autres reprises (1965, 1971, 1999, 2025). Simultanément, les revendications des Cachemiris, de part et d’autre de la LoC, n’ont jamais été écoutées. Pourtant, c’est bien la négation des aspirations populaires qui alimente les risques de déstabilisation de la région à l’image de l’attentat de Pahalgam en 2025 (voir infra). Alors qu’elles sont donc très rarement évoquées dans le débat public, éclipsées par les récits des gouvernements pakistanais et indien, cet article analyse les revendications politiques des Cachemiris, tout en plaçant la focale sur celles côté indien car ce sont elles qui font le plus l’objet de manipulations politiques. L’enjeu est ici de montrer les racines nationales du conflit indo-pakistanais et leur détournement à des fins bellicistes régionales par New Delhi comme par Islamabad.
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