Le Pakistan est en guerre ouverte avec son voisin afghan au sujet de la lutte contre les Taliban pakistanais, (TTP notamment). Dans le même temps, l’Afghanistan subit de plein fouet les conséquences de la guerre menée par les États-Unis et Israël à l’Iran, ce qui ferme des sources de revenus, vitales pour le régime de Kaboul.
L’Émirat afghan, entre deux guerres : une bombe à retardement sécuritaire ?
The Afghan Emirate: Between Two Wars: A Security Time Bomb?
Pakistan is in a state of open warfare with its Afghan neighbour regarding the fight against the Pakistani Taliban—the Tehrik-e Taliban Pakistan (TTP). At the same time, Afghanistan is suffering the full consequences of the war waged by the United States and Israel against Iran, which is strangling the sources of revenue so vital to the regime in Kabul.
L’Afghanistan a très souvent été vue comme une bombe à retardement sécuritaire. Aujourd’hui, c’est plus vrai que jamais, alors que le pays subit les conséquences de deux guerres (celle que lui mène le Pakistan, et celle que subit son voisin iranien). Il faut repenser le futur du régime des Taliban et de l’État afghan avec ces données en tête : les guerres vont-elles déstabiliser l’Afghanistan ou créer de nouvelles tensions, dans le pays ou dans la région ?
De l’Entente cordiale à la guerre ouverte : comprendre les tensions entre l’Afghanistan et le Pakistan, et leurs conséquences
Les tensions actuelles entre Afghanistan et Pakistan sont d’abord liées à l’histoire de la région. L’État afghan moderne a été modelé comme un État-tampon dans le Grand Jeu opposant Russes et Britanniques, y compris, au sud, avec le tracé de la ligne Durand (1893, puis détails fixés en 1921, après une troisième guerre anglo-afghane en 1919). Cette frontière a, de fait, divisé la nation pachtoune, un anathème pour le sentiment national afghan : après tout, pour l’État moderne, la deuxième tentative de state building, comme pour le « premier » État afghan, avec Ahmad Shah Durrani (à partir de 1747), l’Afghanistan est, d’abord, une construction politique menée par les Pachtounes. Les autres ethnies d’Afghanistan (Tadjiks, Ouzbeks, Turkmènes, Hazaras, etc.) ont connu l’intégration forcée par « l’émir de fer », Abdur Rahman (vers 1840-1880-1901)(1). Ce contrôle politique pachtoune, pleinement retrouvé avec les Taliban aujourd’hui, a toujours eu une obsession, quel que soit le régime, depuis le départ des Britanniques du sous-continent indien : récupérer les territoires à majorité pachtoune, voire également baloutche, pour offrir à Kaboul un « Pachtounistan » complet, mais aussi un accès à la mer (2), soit jusqu’à 60 % du territoire pakistanais. Face à cette réalité, les Pakistanais ont cru qu’avoir su préserver des liens particuliers avec les Taliban permettait de réduire l’attrait d’un nationalisme pachtoune agressif. Ce fut une erreur.
Dès l’émergence de l’Émirat, les Taliban pakistanais, notamment le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) a pu organiser des frappes de l’autre côté de la frontière. Islamabad et Kaboul sont passés d’une tentative de dialogue à des escarmouches à la frontière. Après 2021, le groupe s’était réorganisé, ayant une approche plus sélective de la violence, plus discipliné et profondément ancré dans les communautés pachtounes à proximité de la ligne Durand. Cela rend une liquidation par décapitation des chefs relativement inefficace. Face à une situation sécuritaire de plus en plus inquiétante, notamment suite à des escarmouches à la frontière fin 2025, et un attentat-suicide à Islamabad le 6 février 2026, le Pakistan a fait le choix d’affirmer qu’il était en « guerre ouverte » avec les Taliban afghans, fin février 2026. Cela a signifié des attaques aériennes et des frappes à la frontière, visant à créer une courte zone tampon en territoire afghan (sur 32 km) (3).
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