L’auteur analyse comment l’enjeu des bases militaires à Djibouti témoigne de la transformation des logiques d’empires, passées d’une approche territoriale à une approche de flux. Cette nouvelle configuration amène les États à structurer leur puissance sous la forme d’un système nodal, avec des points stratégiques plus concentrés, parmi lesquels Djibouti jouit d’une position particulièrement avantageuse.
No Country for Old Empires - Djibouti et la recomposition contemporaine de la fonction militaire dans le monde des flux
No Country for Old Empires—Djibouti and Contemporary Redefinition of the Military Role in a World of Flows
The author analyses how the challenges of the military bases in Djibouti bear witness to a transformation away from imperial thinking—a move from consideration of territory to a system of flows. This new state of affairs is leading countries to structure their power bases on a network of nodes, with more concentrated strategic points, among which Djibouti enjoys a particularly advantageous position.
Il fut un temps où la présence militaire à l’étranger signifiait d’abord conquérir un territoire, projeter une souveraineté expansive et contrôler un espace continu. Bases, garnisons et flottes constituaient les instruments d’empires territoriaux dont la puissance se mesurait à l’étendue des surfaces dominées. Ce monde n’a pas disparu, mais il n’est plus le cadre dominant de la fonction militaire contemporaine. Nous ne vivons plus d’abord dans une géographie d’empires territoriaux, mais dans une géographie de flux et de passages. Les formes impériales persistent, mais elles se déplacent vers le contrôle des circulations – maritimes, énergétiques, commerciales, informationnelles – plutôt que vers l’occupation directe des espaces.
Dans ce contexte, Djibouti ne relève pas d’une géographie impériale résiduelle. Sa centralité stratégique procède non de l’étendue territoriale ni de la richesse du sol, mais de sa position dans l’architecture mondiale des circulations. Elle n’est pas une périphérie à tenir, mais un nœud de flux dont la stabilité constitue une dimension structurelle des équilibres stratégiques contemporains.
Régimes contemporains de conflictualité : du territorial au nodal
La compréhension des présences militaires extérieures contemporaines exige un déplacement préalable du cadre d’analyse. Ces dispositifs sont encore fréquemment interprétés à partir d’un imaginaire stratégique hérité de l’âge des guerres territoriales, où la puissance se définissait par la maîtrise d’un espace continu, la défense de frontières et la conquête de profondeur stratégique. Ce cadre demeure opératoire dans certaines configurations, mais il ne constitue plus l’horizon dominant de la conflictualité.
Il reste 90 % de l'article à lire
Plan de l'article


.jpg)




