L’auteur analyse les évolutions simultanées du système économique et interétatique international. Si l’on a d’abord cru au triomphe du premier sur le second dans les années 1990, le constat ici est celui du retour à une certaine interdépendance entre économie et géopolitique comme en témoignent les récentes actualités. Il est vital que nos décideurs économiques en soient bien conscients.
Quand la géopolitique gouverne l’économie
Interdépendance, souveraineté et nouvelles responsabilités des entreprises
When Geopolitics Govern the Economy
Interdependence, Sovereignty and New Responsibilities for Industry
The author analyses simultaneous developments in the international economic and inter-governmental exchange systems. Whilst in the 1990s, it was thought that international economics triumphed over governments, today there appears to be a return to a degree of economic and geopolitical interdependence, as witnessed by recent events. It is vital that those who take decisions affecting our economy be fully aware of this development.
Le désordre mondial qui s’est manifesté ces dernières années n’est pas l’avènement d’un chaos, mais plutôt un réveil doublé d’un oubli. Ce réveil est provoqué par un monde qui a soudainement basculé dans une brutalité déconcertante. Il nous voit sidérés face à une réalité qui nous échappe tant elle est éloignée de nos référentiels intellectuels. La guerre nous menace, les conflits interétatiques et intra-étatiques s’intensifient et gagnent en violence, le terrorisme islamiste continue de prospérer, l’économie est l’otage de rivalités géopolitiques décomplexées et nos démocraties sont en proie à des fragmentations sociales de plus en plus profondes. Ce réveil est d’autant plus douloureux qu’il nous rappelle à ce que nous avions tenté d’oublier.
Nous avions tenté d’oublier une vérité que le philosophe et politologue Raymond Aron rappelait il y a plus d’un demi-siècle dans son ouvrage Paix et Guerre entre les nations : « Le fait est que les hommes, depuis qu’ils ont eu des outils de métal pour se procurer des moyens de subsistance, sont devenus les uns pour les autres le plus grand danger. Non que la guerre apparaisse phénomène essentiellement biologique : parmi les animaux supérieurs, on n’observe pas de conduites comparables à celle de la guerre. Ce sont des animaux sociaux qui se battent en groupes organisés. Ce sont des “unités sociales” qui créent entre animaux de la même espèce la distance, l’hostilité, la haine, le combat impitoyable (1). » En somme la guerre est un phénomène social universel, aussi ancien que l’humanité elle-même. Plus récemment, dans Achever Clausewitz, René Girard, anthropologue et philosophe qui a consacré sa vie à l’exploration des racines de la violence humaine, complétait : « nous sommes entrés dans une période où l’anthropologie va devenir un outil plus pertinent que les sciences politiques. Nous allons devoir radicalement changer notre interprétation des évènements, cesser de penser en hommes des Lumières, envisager enfin la radicalité de la violence, et avec constituer un tout autre type de rationalité. Les évènements l’exigent (2). » Pour Girard, la guerre n’est pas un accident de l’histoire, mais son moteur même et son éternel retour témoigne de l’incapacité de l’humanité à se libérer totalement de la violence fondatrice. La dernière phrase du livre – « il faut réveiller les consciences endormies. Vouloir rassurer, c’est toujours contribuer au pire » – sonne comme un rappel qui était d’autant moins audible à l’époque de sa publication que nous étions à l’apogée d’une mondialisation aujourd’hui qualifiée avec nostalgie d’heureuse. C’était en 2007.
Si le retour du tragique nous surprend aujourd’hui, c’est qu’il vient briser une illusion patiemment construite après la fin de la guerre froide : celle d’un monde enfin affranchi de la géopolitique.
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