Le terme « Schibboleth » désigne une idée reçue répandue mais erronée. En matière de stratégie nucléaire, l’auteur en identifie quatre qu’il est nécessaire de remettre en question : la stabilité stratégique est bonne, la course aux armements est mauvaise, l’escalade est incontrôlable, la menace doit laisser une place au hasard.
Les quatre schibboleths de la stratégie nucléaire
The Four Shibboleths of Nuclear Strategy
The term shibboleth indicates a widely-held, albeit incorrect, belief or principle. The author identifies four shibboleths of nuclear strategy which merit re-examination: that strategic stability is a good thing, the armaments race a bad thing, escalation is uncontrollable and that the threat must leave something to chance.
Selon l’acceptation commune, un schibboleth est « une croyance, une coutume ou une expression courante, répandue au sein d’un groupe, le plus souvent dépourvue de vérité ou de sens ». La communauté des spécialistes de la sécurité nucléaire s’accroche souvent à des schibboleths, à des croyances ou des expressions courantes, que ses membres évoquent périodiquement, afin d’être considérés comme responsable, membre à part entière. Souvent, ces schibboleths sont perçus comme intrinsèquement vrais, incontestables et cela au-delà de tout débat. Si quelqu’un ose mettre en question la validité ou l’évidente véracité d’un de ces schibboleths, il risque d’être excommunié ou stigmatisé comme un hérétique, une forte tête ou, pire, un simple d’esprit.
Dans cet article, j’identifierai quatre schibboleths, qui ne sont pas nécessairement erronés mais méritent d’être étudiés, discutés voire contestés – peut-être sont-ils totalement vrais, partiellement vrais, ou complètement faux. Certes, je ne suis pas le premier à évoquer ces schibboleths, mais en essayant de les examiner au fond, j’espère pouvoir expliciter certaines paroles d’« évangiles », des axiomatiques du domaine nucléaire qui ne devraient pas être acceptés d’office. De toute façon, j’espère que ce texte encouragera la communauté des stratèges nucléaires à remettre en question quelques-uns de ces schibboleths à la vie dure et à juger s’ils sont réellement valides, universels et aussi intemporels qu’ils le croient.
Premier schibboleth : « la stabilité stratégique est bonne » est considéré comme une indiscutable évidence. Or, nous manquons, d’une part, d’une définition théorique de l’expression « stabilité stratégique » et dans les faits, nous n’en avons pas nécessairement une conception commune. D’autre part, la définition plus étroite, utilisée par la commu nauté nucléaire – l’absence d’incitations mutuelles à la première frappe – est elle-même sujette à caution et pourrait ne pas être idéale, en particulier pour la puissance dominante qui pourrait subir les conséquences d’une instrumentalisation de la stabilité au niveau nucléaire stratégique afin de créer une instabilité à des niveaux de violence plus élevés, y compris par l’usage d’armes tactiques, à son encontre.
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