Avec les guerres d’Ukraine et d’Iran, notre génération pourrait voir la fin de plusieurs cycles historiques majeurs, accroissant l’instabilité du monde avec l’émergence de comportements impériaux venant de pays avides de réécrire l’histoire. L’évolution des États-Unis participe à cette mutation dangereuse, tandis que l’Europe a pris conscience de cette compétition.
Le tournant stratégique des années 2020
The Strategic Turnaround of the 2020s
With the wars in Ukraine and Iran, our generation might be witnessing the end of several major historical cycles, with increasing global instability resulting from the emergence of imperial behaviour by countries eager to rewrite history. Developments in the United States are adding to this dangerous change, and Europe has taken the competition on board.
Raymond Aron écrivait en 1967 qu’il y a « peu de générations qui n’aient eu l’impression de vivre une “crise” ou même d’être à un “tournant” » (1). C’est certainement vrai, mais il n’en reste pas moins qu’il y a tout de même parfois des tournants historiques, et nous sommes sans doute en train d’en vivre un, qui peut faire penser à celui des années 1989-1991. Plus exactement, notre génération pourrait voir la fin de plusieurs cycles historiques majeurs.
Des fins de cycles
Le premier est un « cycle court » qui a commencé dans les années 1970. C’est à cette période qu’était né ce que l’Iran a appelé « l’Axe de la Résistance », cette alliance souple de la jeune République islamique avec des États et forces politiques de la région contre Israël et les Occidentaux. Cet axe est désormais considérablement affaibli, et la chute éventuelle du régime iranien conclurait ce cycle historique court.
On avait également à l’époque assisté à la consolidation de deux piliers de la régulation internationale. La maîtrise des armements et de la prolifération nucléaire, d’abord. Le dernier accord russo-américain en vigueur a expiré en 2026 [NDLR : le New START] et la croissance des arsenaux a repris. Quant à la prolifération nucléaire, elle avait été limitée par la conclusion du Traité de non-prolifération (TNP) entré en vigueur en 1970. Or la tentation de la prolifération a rarement été aussi grande, non seulement en Iran mais aussi chez les pays amis ou alliés des États-Unis qui s’inquiètent de la fiabilité américaine – et sans que cela semble susciter l’inquiétude de l’actuelle Administration. Il existe même une tentation aux États-Unis de soutenir ce que l’on appelle là-bas la « prolifération amicale », autrement dit l’intérêt qu’il y aurait pour l’Amérique de voir le Japon, la Corée du Sud, voire l’Arabie saoudite de se doter de l’arme nucléaire, ce qui soulagerait la charge défensive qui pèse sur le Pentagone.
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