Illustrée par l’évolution de la politique extérieure américaine sous le second mandat Trump, la notion de puissance à l’international semble se remodeler autour d’une dimension plus prédatrice, axée sur l’usage assumé de la coercition. Dans cet article, l’auteur retrace les nouveaux enjeux d’adaptation autour de ce remodelage.
La puissance à l’heure des prédateurs : un défi d’adaptation stratégique
Power and Predators: A Challenge for Strategic Adaptation
The concept of international power would appear to be developing a more predatory dimension, focused on clearly-acknowledged use of coercion. The developments in US foreign policy in the second Trump administration are an illustration of this. In this article the author outlines the challenges presented by adaptation to this change.
Une rupture de l’ordre mondial, la fin d’une fiction agréable et le début d’une réalité brutale où la géopolitique des grandes puissances n’est soumise à aucune contrainte (1) » : c’est en ces termes sombres que le Premier ministre canadien Mark Carney annonçait, au Forum économique mondial de Davos en janvier 2026, le zeitgeist international du second quart du XXIe siècle. Deux jours plus tard, le Président des États-Unis, Donald Trump, incarnait et célébrait cette mutation dont son voisin du Nord se lamentait en présentant la charte d’un Board of Peace – né des projets de reconstruction de la bande de Gaza – dont il se faisait nommer président à vie (2).
Pour qualifier cette bascule, le professeur américain en relations internationales Stephen Walt a proposé d’appliquer aux États-Unis la notion d’« hégémon prédateur » (3) : une puissance qui structure ses transactions en somme nulle et fait de l’extraction de tribut et de marques de déférence l’objet premier de son action extérieure. Ses instruments sont devenus familiers : tarifs douaniers, menaces territoriales, instrumentalisation des dépendances technologiques, énergétiques et financières, sanctions, alliances reconfigurées en rentes, monétisation de l’appartenance institutionnelle dont le Board of Peace offre l’illustration la plus criante. Cette grammaire n’aurait pas dépaysé le Congrès de Vienne, à ceci près que le diplomate et homme d’État autrichien Metternich n’avait pas songé à monétiser les sièges.
Pour les Européens, dont la place dans l’ordre international s’est construite sur un cadre institutionnel libéral et multilatéral marqué par la règle de droit, l’épreuve est double. Il leur faut composer avec une arène où les fins comme les moyens de la puissance sont aux antipodes de leurs valeurs comme de leurs capacités. C’est ce défi d’adaptation qu’on s’efforcera ici d’esquisser, en parcourant d’abord les grandes stratégies qui en dessinent les finalités, puis les principaux instruments du Hard Power par lesquels elles s’expriment.
Il reste 89 % de l'article à lire
Plan de l'article







