Le 23 juin prochain aura lieu la panthéonisation du résistant Marc Bloch, fusillé par les Allemands le 16 juin 1944 sans avoir donné ses camarades malgré la torture. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, Chevalier de la Légion d’honneur et historien, retour sur les travaux et l’héritage d’un homme qui a donné sa vie pour son pays.
Marc Bloch au Panthéon, les combats d’un historien
Marc Bloc (à droite) en 1916 (© famille Bloch)
Marc Bloch in the Panthéon: The Combat of a Historian
On 23 June 2026, the resistance figure and historian Marc Bloch will be honoured by entry to the Panthéon in Paris. He was shot by the Germans on 16 June 1944, having refused to betray his comrades despite suffering torture. He was a veteran of the First World War, a Chevalier [Knight] of the Légion d’honneur and historian. This article takes a look at the work and heritage of a man who gave his life for his country.
Pour son œuvre, son enseignement et son courage, nous décidons que Marc Bloch entrera au Panthéon (1). » Le 23 novembre 2024, à Strasbourg, dans cette ville frontière libérée 80 ans plus tôt, et où il enseigna à la faculté des Lettres, l’annonce de cette consécration nationale par le président de la République Emmanuel Macron est celle faite à un historien de tout premier plan, à un résistant qui ne donna pas les siens sous la torture, à un amoureux inconditionnel de la France. Elle honore le soldat des deux guerres, le grand médiéviste cofondateur de la revue des Annales, le Juif « prenant sa place, lui l’homme des Lumières, dans l’armée des ombres », tombé le 16 juin 1944 sous les balles allemandes à Saint-Didier-de-Formans dans l’Ain.
Sous-officier puis officier pendant la Grande Guerre, revenu à la vie civile, il bâtit une carrière et une œuvre universitaires brillantes. Septembre 1939 le voit reprendre le combat, sous uniforme puis dans la Résistance, jusqu’à son arrestation et son exécution. C’est ce parcours, dont nous évoquons ici les grandes lignes, qui est honoré ce 23 juin.
Sous-officier et officier de la Grande Guerre
Marc Bloch est né à Lyon, le 6 juillet 1886 dans une famille juive d’optants (2) ; Gustave, son père, est professeur à la faculté des Lettres de la ville (3). À 19 ans, en septembre 1905, encore étudiant ‒ il vient de réussir le prestigieux concours de l’École normale supérieure (ENS) ‒, il devance l’appel sous les drapeaux et s’engage pour trois ans comme soldat de 2e classe au 46e Régiment d’infanterie (RI) (4). Agrégé d’histoire et géographie en 1908, il a alors 22 ans. Pensionnaire à la fondation Thiers entre 1909 et 1912, il enseigne ensuite dans le secondaire, nommé au lycée de Montpellier (Hérault) en 1912, puis à Amiens (Somme) l’année suivante. C’est dans cette ville que, rappelé à l’activité lors de la mobilisation générale, il est affecté au 72e RI le 3 août 1914, avec le grade d’adjudant. Le régiment quitte Amiens deux jours plus tard en direction de la région de Verdun (5).
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