Véritable enjeu de puissance, les mers sont le premier théâtre des rapports de force, sur les plans économique, géopolitique ou militaire. Entre conflictualité et gouvernance partagée, les différents acteurs doivent trouver un terrain d’entente pour appréhender au mieux la nature changeante de ce bien commun.
La mer, théâtre de puissance du XXIᵉ siècle
The Sea, a 21st Century Theatre of Power
Whenever power is at stake, the seas are on the front line of economic, geopolitical and military battles. Between conflict and shared governance, the many actors need to find common ground in order to understand better the changing nature of this communal asset.
En 1626, le cardinal de Richelieu fonde la Marine royale, convaincu que « celui qui sera maître de la mer, le sera bientôt de la terre » (1). Quatre siècles plus tard, l’intuition du Cardinal reste d’actualité. Les océans couvrent plus de 70 % de la planète, véhiculent près de 90 % du commerce mondial et concentrent les nouvelles rivalités entre puissances. À l’heure où la France commémore les 400 ans de sa Marine nationale, il est temps de regarder la mer non plus comme un simple espace de navigation sans relief, mais bien comme un élément essentiel de la géopolitique mondiale du XXIe siècle.
La mer, colonne vertébrale de la mondialisation
Le commerce international repose sur des flux maritimes devenus vitaux. Le canal de Suez, les détroits d’Ormuz, de Bab-el-Mandeb et de Malacca sont de véritables « artères stratégiques » : un incident ou une fermeture suffit à désorganiser durablement les chaînes d’approvisionnement mondiales, comme l’a montré l’immobilisation du porte-conteneurs Ever Given en 2021 dans le canal de Suez, les tirs de missiles et de drones par les Houthis en 2024 et la crise du détroit d’Ormuz en 2026.
Au-delà du visible en surface, les océans abritent aussi les câbles sous-marins, infrastructures invisibles mais tout aussi essentielles qui constituent de véritables « veines numériques » pour la planète (2). Ils assurent 95 % des communications mondiales et représentent une cible potentielle de sabotage, comme l’ont rappelé les soupçons autour de l’explosion du gazoduc Nord Stream en 2022. La mer est donc à la fois un espace de prospérité et une zone de vulnérabilités critiques.
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