Conséquence de la doctrine « Donroe », Cuba se retrouve à son tour dans le collimateur de l’Administration Trump. La visite à La Havane du directeur de la CIA le 14 mai dernier illustre l’accroissement de la pression américaine sur l’île. Privé de ses approvisionnements en hydrocarbures, avec une situation économique en nette dégradation, la marge de manœuvre du régime castriste s’érode.
Amérique latine - Cuba : quelle issue à la politique de pression maximale des États-Unis ?
Le 14 mai 2026, la visite, à La Havane de John Ratcliffe, directeur de la CIA (1), a rappelé combien la situation de Cuba s’inscrivait dans une actualité internationale d’urgence et prioritaire pour l’Administration Trump. Au lendemain de l’opération Absolute Resolve (2), les États-Unis s’appliquent à respecter à la lettre la volonté de rétablir « dans l’hémisphère occidental » (Amérique latine-Caraïbes), « la prééminence américaine », politique établie dans le cadre de National Security Strategy présentée le 25 novembre 2025 (3).
Cuba est devenu un point essentiel pour le président Trump, visant à s’assurer « le contrôle politique » de la frontière sud des États-Unis et, par voie de conséquence, de l’espace Caraïbes. Comment oublier que l’opération Southern Spear visant à « détecter, perturber et dégrader les réseaux criminels transnationaux et les réseaux maritimes illicites », à combattre les cartels de la drogue en Amérique latine et « à protéger la nation américaine », mobilise une armada américaine dans la région depuis août 2025 (4) ? Les répercussions en matière de sécurité sont immédiates. Elles apparaissent sur le champ politique : le Venezuela, les Caraïbes avec une pression non seulement sur l’arc des petites Antilles mais également sur Haïti ou Cuba. Autant d’objectifs qui accompagnent le renforcement du dispositif américain dédié à l’Amérique latine, depuis le retour de Donald Trump à la présidence. Cuba apparaît en 2026 comme le troisième volet d’un interventionnisme américain sur la scène internationale avec des enjeux globaux réaffirmés : gagner une nouvelle influence sur un continent dans une logique rappelant la stratégie du back yard (5), chère aux années de la guerre froide.
En se rendant à La Havane à la tête d’une délégation américaine de haut niveau, John Ratcliffe a relancé les spéculations sur le devenir de l’île et surtout, du régime en place depuis 1959 et l’entrée de Fidel Castro dans la capitale cubaine. Il y a rencontré Raúl Guillermo Rodríguez Castro, dit « Raulito » (6), acteur influent notamment au sein du GAESA, Lázaro Álvarez Casas, ministre de l’Intérieur et autorité politique de la Direction du renseignement (DI), et le général Ramon Curbelo, chef du DI. Officiellement présentée comme une réunion de « coopération en matière de renseignement, de stabilité économique et de questions de sécurité », cette rencontre exceptionnelle, étant la plus élevée d’un responsable de l’Administration américaine depuis des années, ne constituerait-elle pas un ultimatum personnel du président Trump ? Tarifs punitifs sur tout pays fournissant du pétrole à l’île, coupure des livraisons vénézuéliennes depuis la capture de Maduro et nouvelles sanctions du 1er mai 2026 ciblant les secteurs de l’énergie, de la défense, de la finance et de la sécurité : le régime cubain semble acculé malgré les déclarations du président Miguel Diaz-Canel (7). La perspective d’une vague migratoire fait jour et inquiète les États-Unis. Plus que jamais, dans le cadre de relations internationales sous tension, Cuba est en train de se transformer en un nouvel enjeu global.
Il reste 89 % de l'article à lire
Plan de l'article










