Depuis une décennie le continent africain est entré dans une phase de recomposition notable. La montée en puissance des groupes armés privés et les partenariats avec des puissances étrangères concurrentes (Chine, Russie, France, États-Unis) alimentent une montée en tension. Il est désormais question de savoir si ces tensions seront suivies d'une rupture vers un nouvel ordre ou d'une désescalade.
Afrique - Les Afriques en cours de fragmentation ?
Africa—Is Africa Breaking Up?
Throughout the past decade the African continent has been undergoing a process of extensive recomposition. The arrival of private armed groups and partnerships with competing foreign powers (such as China, Russia, France and the United States) are fuelling the increasing tension. The question now is to know whether this tension will be followed by break-up and a new order, or by de-escalation.
Le Sahel s’enfonce. Entre la violence djihadiste, la brutalisation des appareils sécuritaires et l’usure des promesses de rupture, l’écart se creuse entre le récit politique et la réalité du terrain. L’indice mondial du terrorisme 2026 classe le Burkina Faso au deuxième rang mondial des pays les plus touchés par le terrorisme, derrière le Pakistan. Ce classement ne dit cependant pas tout. Selon l’ONG Human Rights Watch, en 2025, les forces burkinabè et les Volontaires pour la défense de la patrie (1) ont tué 523 civils, contre 339 pour le JNIM (2) et l’État islamique au Sahel (3). La tendance est similaire au Mali. Les forces armées, de concert avec Wagner puis Africa Corps, auraient tué 918 civils en 2025, contre 232 pour les groupes djihadistes.
Le Sahel à l’épreuve du réel
Cette dérive tient à la nature même des régimes en place. En s’appuyant sur des
supplétifs civils armés et sur des partenaires militaires extérieurs, les juntes sahéliennes ont fait de la coercition le principal instrument de leur survie. Au Burkina Faso comme au Mali, le recours aux drones ainsi que la porosité des chaînes de commandement nourrissent une violence la plupart du temps impunie.
Aujourd’hui, le Mali fait face à des attaques toujours plus coordonnées, sophistiquées et dispersées. Le 25 avril 2026, le JNIM et le Front de libération de l’Azawad (FLA) ont frappé simultanément Bamako, Kati, Kidal, Gao et Sévaré. À Kati, cœur du pouvoir militaire malien, le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué. La ville de Kidal, reprise en 2023 par les Forces armées maliennes (Fama) et Wagner au prix d’un récit triomphaliste, est retombée aux mains du JNIM. Africa Corps a dû se retirer de Kidal comme de Gao.
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