Le rédacteur décrit l’Afghanistan à l’heure de la reconstruction, au travers d’un jeu équestre confus et brutal, le Bouzkachi, qui reflète la situation actuelle. La complexité des enjeux internes et externes trouble la lisibilité de la partie, mais ne doit pas faire oublier que la France peut y conduire une politique d’influence en s’appuyant sur la crédibilité avérée de ses cadres. En œuvrant tout à la fois sur l’éducation, la santé, l’agriculture, le renforcement institutionnel et le patrimoine, elle favorise une stabilité sur le long terme et s’assure une place en Asie centrale, zone dont l’intérêt géopolitique ne cesse de croître.
Saint-Cyrien, titulaire d’un DEA de géostratégie option relations internationales, le CBA Bonnemaison a servi en qualité de conseiller du RepFrance en Afghanistan, de septembre à décembre 2002. À ce titre, il a été amené à rencontrer de nombreux acteurs internationaux de la reconstruction du pays.
L’offensive victorieuse des forces américaines en Irak s’est achevée sur des images de pillages et de manifestations sanglantes, dans une impression de chaos général lourd de conséquences. Inscrits dans la lignée des interventions du Kosovo en 1999 et de l’Afghanistan en 2001, les coups de boutoir américains ont eu raison, une nouvelle fois, de régimes préalablement qualifiés de dictatoriaux et totalitaires (1). Néanmoins, la victoire n’entrera en cohérence avec les objectifs affichés avant les opérations militaires qu’au prix d’une garantie de sécurité, de liberté politique et de suffisance alimentaire pour le peuple irakien. En effet, c’est à l’aune des résultats de la pacification et de la reconstruction que seront jugés, à long terme, les défis lancés par les interventions occidentales.
Cette constatation invite à s’interroger sur le bilan de la reconstruction afghane, deux ans après l’intervention armée, pour disposer d’un élément de référence pour le drame irakien. Certes, chaque pacification dépend de la nature même de l’intervention militaire qui l’a rendue nécessaire, mais elle demeure surtout assujettie à l’histoire, à la culture, aux richesses et aux traditions des peuples qui composent le pays. À ce titre, la partie qui se joue, aujourd’hui encore, en Afghanistan s’identifie à l’âme afghane ; par sa complexité et sa violence, elle ressemble à cette joute traditionnelle, contée par Joseph Kessel dans Les cavaliers (2) : le Bouzkachi. Ce sport, originaire des steppes d’Asie centrale, revêt la forme d’un polo sauvage. Pratiqué initialement dans les plaines du Nord de l’Indou-Kouch, il voit s’affronter plusieurs équipes de cavaliers, les tchopendoz qui doivent récupérer un bouc décapité dont la carcasse affleure le sol pour l’entraîner derrière deux piquets plantés en terre et le déposer enfin dans un cercle de chaux baptisé « cercle de justice ». Le terrain, les distances et la durée de la partie sont variables, ce qui préfigure bien la volatilité des règles afghanes.
Observée sous le prisme de ce jeu, la situation actuelle en Afghanistan s’éclaircit quelque peu par la mise en lumière des enjeux de la nouvelle partie, l’évocation des nombreux acteurs et l’étude du chemin déjà parcouru pour approcher le « cercle de justice ». Il apparaît aussi que la France peut y tenir un rôle d’arbitrage particulier, participant à la redéfinition de sa place dans la nouvelle donne géostratégique.
Les puissances majeures soutiennent le nouveau Bouzkachi afghan
La Russie
Les États-Unis
Le Pakistan
L’Inde
La Chine
L’Iran
Des équipes afghanes divisées s’arrachent leur proie
Des handicaps majeurs
Une scène politique des plus confuses
Vers le cercle de justice et de paix
L’équipe gouvernementale favorise une lente avancée du pays vers le cercle de justice
Un effort économique et financier
Les institutions
Rétablir les communications
La France occupe une place à part
Reconstruction, réconciliation
Afghanistan, taliban, Russie, États-Unis, Pakistan, Pachtounistan, France, ANA, ISAF, Grand Jeu