Après 100 jours de conflit au Moyen-Orient, et malgré des destructions massives de son appareil militaire, le régime iranien résiste toujours, maintenant son emprise sur la population et sa capacité de nuisance régionale. Les perdants se multiplient : le Liban, les États du Golfe, ainsi que l’économie mondiale, tous pris dans un chaos géopolitique aux conséquences imprévisibles. La confusion domine, entre brouillard de guerre, négociations opaques et calendriers incompatibles ; le monde subit, sans perspective de sortie de crise.
Éditorial – Confusion et impatience (T 1835)
Le président Donald Trump et le vice-président J. D. Vance ont participé à une cérémonie de dépôt de gerbe au Tombeau du Soldat inconnu, le lundi 26 mai 2026, au cimetière national d'Arlington, en Virginie, à l'occasion du Memorial Day. (© Photo officielle de la Maison-Blanche par Daniel Torok / Flickr)
Editorial —Confusion and impatience
After 100 days of conflict in the Middle East, and despite massive damage to its military apparatus, the Iranian regime continues to resist, maintaining its grip on the population and its capacity for regional disruption. The losers are multiplying: Lebanon, the Gulf States, and the global economy, all caught in a geopolitical chaos with unpredictable consequences. Confusion reigns, amidst the fog of war, opaque negotiations, and conflicting timetables; the world is suffering, with no prospect of a way out of the crisis.
Bientôt 100 jours depuis le déclenchement de la guerre en Iran et le bilan est difficile à établir. Certes, l’appareil militaire iranien a été largement entamé avec de nombreuses destructions mais, pour autant, le régime a survécu et maintient son contrôle sur sa population, conservant une capacité de nuisance suffisamment forte pour poursuivre la déstabilisation, non seulement dans la région, mais bien au-delà. De son côté, Les États-Unis sont pris à leur propre piège, incapables de sortir d’une crise majeure provoquée volontairement.
Les perdants sont nombreux, notamment les Iraniens eux-mêmes, ainsi que le Liban, entraîné malgré lui dans le conflit par le Hezbollah, bras armé de Téhéran dans le pays. Les États du Golfe sont, eux aussi, victimes d’une situation qui leur a échappé, même s’ils étaient, auparavant, dans une certaine ambiguïté vis-à-vis de leur voisin du nord. Bien au-delà, c’est quasi toute la planète qui subit ce chaos géopolitique avec des conséquences économiques dont nul ne peut actuellement en mesurer toute l’ampleur ni les évolutions probables. Le verbe « subir » est le plus adéquat, car ceux qui peuvent « agir » s’efforcent de gagner du temps, quitte à manipuler la réalité.
On peut cependant esquisser un parallèle avec 1989 et la chute du mur de Berlin. Qui pouvait envisager l’effondrement du bloc soviétique le lendemain du 9 novembre 1989 lorsqu’un secrétaire politique est-allemand ébranlé par la question d’un journaliste italien affirma que le passage vers Berlin-Ouest était désormais autorisé ? Très vite, le monde a basculé dans une autre ère, avec des conséquences majeures encore vivaces aujourd’hui, à commencer par la guerre imposée par Vladimir Poutine à l’Ukraine depuis 2022 pour rétablir son « rêve » de Grande Russie.
Il est en effet difficile de mesurer l’ampleur du choc initié depuis le 28 février dernier et nul ne peut affirmer clairement quel sera le nouvel équilibre – ou déséquilibre – géopolitique, ne serait-ce qu’à la fin de cet été. La confusion est totale entre le brouillard de la guerre, l’illisibilité des négociations, où chaque partie use et abuse du mensonge, de sa vérité alternative augmentée par un usage immodéré de l’intelligence artificielle (IA) ainsi que des réseaux sociaux et, enfin, de l’humiliation d’autrui, censée amener celui-ci à la table des discussions. Le monde « subit », y compris Pékin, essayant pour les uns de trouver une alternative au manque d’hydrocarbures, pour les autres en adaptant leur économie pour atténuer les conséquences de la crise, tout en évitant d’être entraîné dans une spirale guerrière. Les calendriers se télescopent entre l’immédiateté pour Donald Trump : le début de la Coupe du monde de football le 11 juin, ses quatre-vingts ans avec son show de MMA sur les pelouses de la Maison Blanche, le sommet du G7 à Évian, puis le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis d’Amérique et, en novembre les élections de Mid-terms ; pour Téhéran, attendre patiemment pour conforter le régime tout en réprimant sa propre population, tandis que Benjamin Netanyahou devra affronter les élections en Israël. Des temporalités différentes amenant des stratégies totalement opposées et excluant de nombreux acteurs potentiels, à commencer par l’Europe critiquée par l’administration américaine, voire méprisée et marginalisée et qui prend conscience de sa vulnérabilité face aux nouveaux empires et à des États-Unis illisibles.
À quelques jours du Mondial, qui – au-delà de l’intérêt sportif – sera un événement géopolitique majeur, le temps stratégique risque d’être bien compliqué à décrypter entre impatience de boucler le dossier et incapacité à entamer un processus diplomatique crédible. Pour les uns, le temps, c’est de l’argent et, pour d’autres, le temps s’écoule. ♦
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