La Syrie, la Jordanie et le Liban ont signé en mai un accord tripartite sur l’énergie, renforçant leur coopération. Au-delà de l’énergie, ce pacte ouvre la voie à une collaboration sécuritaire, humanitaire, économique et environnementale.
Chroniques du Moyen-Orient – Vers un nouveau « Croissant arabe » au Proche-Orient ? (T 1837)
Middle East Chronicles —A new Arab partnership in the Middle East
Syria, Jordan, and Lebanon signed a tripartite energy agreement in May, strengthening their cooperation. Beyond energy, this pact paves the way for collaboration on security, humanitarian issues, economic matters, and the environment.
L’un des développements les plus intéressants dans le paysage géopolitique en évolution du Levant est un accord tripartite sur l’énergie conclu en mai dernier entre la Syrie, la Jordanie et le Liban. Ce pacte, qui facilite l’utilisation des infrastructures jordaniennes pour les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) et la réactivation du gazoduc arabe, doit être considéré comme une étape significative vers une coopération régionale concrète. L’accord présente en effet plusieurs avantages.
Tout d’abord, s’appuyant sur les précédents accords bilatéraux, il répond aux déficits énergétiques immédiats en Syrie, tout en apportant des bénéfices indirects au secteur énergétique libanais déjà en difficulté. Pour la Syrie, cela ajoute une capacité essentielle de production d’électricité, vitale pour les efforts de reconstruction et la relance économique du pays. Elle renforce, par ailleurs, la position de la Jordanie en tant que pôle logistique et énergétique régional. Elle offre enfin au Liban un soulagement partiel face aux pénuries chroniques d’électricité qui ont longtemps sapé sa stabilité socio-économique.
Cet accord crée, en outre, une base pragmatique pour une collaboration plus large, allant au-delà de la seule énergie. Il peut en effet être utilisé par les trois pays comme un point de départ pour étendre leur partenariat dans quatre domaines : la sécurité, les questions humanitaires, la connectivité économique et la gestion de leurs ressources.
• La lutte contre la drogue : les réseaux criminels exploitent les frontières poreuses et l’instabilité régionale. Le trafic du captagon en particulier alimente la violence, met à l’épreuve les forces de l’ordre et pose un problème significatif de santé publique au Moyen-Orient, y compris dans le Golfe. Les trois pays ont donc intérêt à intégrer leurs initiatives anti-narcotiques en s’inspirant de la plateforme ministérielle de l’accord sur le gaz pour l’échange de renseignements et la coordination des patrouilles aux frontières.
• La crise des réfugiés : le Liban et la Jordanie abritent des populations importantes de réfugiés syriens qui posent à ces deux pays des problèmes sérieux. Les trois États peuvent de concert améliorer la situation dans les camps et organiser la réintégration progressive des réfugiés en Syrie.
• La circulation des personnes et des biens aux frontières : une meilleure collaboration en matière de sécurité ainsi que la modernisation des postes-frontières faciliteraient cette circulation et promouvraient le commerce comme l’intégration économique entre les trois pays. Elle s’accompagnerait logiquement de la restauration et de l’extension des connexions entre eux par route, rail et oléoduc. Cela positionnerait la Syrie comme corridor vital, renforcerait le rôle logistique de la Jordanie et utiliserait les avantages maritimes du Liban. Les pays du Golfe prennent en compte ces perspectives afin de moins dépendre du détroit d’Ormuz pour leurs exportations. Naturellement, un tel développement impliquerait des investissements conjoints et la participation du secteur privé, accélérant ainsi la reprise économique après la guerre et l’intégration des trois pays dans le marché global du Moyen-Orient, avec l’aide des pays du Golfe.
• La gestion de l’eau : la sécheresse et la rareté de l’eau sont un problème commun dans la région. Des projets conjoints pourraient en effet concerner la gestion partagée des aquifères et la dessalinisation de l’eau de mer.
En somme, cet accord entre le Liban, la Jordanie et la Syrie est une initiative concrète, positive, qui devrait constituer un exemple pour le développement d’autres collaborations entre les trois pays, mais aussi avec le Golfe. Ce nouveau « Croissant arabe » au Proche-Orient contribuerait ainsi à la stabilité de la région et constituerait un modèle de coopération pragmatique entre pays arabes. On ne peut cependant s’empêcher de penser qu’il reflète aussi l’absence de perspective de partenariat avec Israël, dont la politique perçue comme hégémonique au Moyen-Orient suscite clairement la méfiance de ses voisins. ♦
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