Sous la pression du temps, Donald Trump brade un accord avec Téhéran, sans succès stratégique. L’Iran résiste, s’estimant vainqueur face au « grand Satan ». Le conflit a plongé le Moyen-Orient dans le chaos et la crédibilité américaine est affaiblie. L’art de la diplomatie a manqué à l’administration Trump II.
Éditorial – Vers une débâcle diplomatique ? (T 1839)
Le président Donald Trump préside une réunion du cabinet, le mercredi 27 mai 2026. (Photo officielle de la Maison Blanche par Daniel Torok)
Editorial —Toward a diplomatic disaster?
Under time pressure, Donald Trump sold out an agreement with Tehran, achieving no strategic success. Iran resisted, believing itself victorious against the "Great Satan." The conflict plunged the Middle East into chaos, and American credibility was weakened. The art of diplomacy was lacking in the Trump II administration.
Sous la pression d’un calendrier national et international chargé, Donald Trump vient de donner le sentiment d’avoir bradé un mémorandum d’entente avec Téhéran pour sortir au plus vite du piège dans lequel il s’était enfermé avec la guerre commencée le 28 février dernier. Malgré une victoire tactique affaiblissant le potentiel militaire iranien, il n’a pas su obtenir un succès stratégique et diplomatique face au régime de Téhéran.
Celui-ci a habilement joué, notamment avec le détroit d’Ormuz, véritable nœud coulant asphyxiant l’économie mondiale et avec le Hezbollah au Liban, proxy efficace pour déstabiliser Israël. De plus, le timing était en défaveur des États-Unis, d’autant plus que Téhéran – en résistant aux frappes – a le sentiment d’avoir conservé l’initiative et assuré la pérennité du système, même si l’influence des religieux a diminué au profit des Gardiens de la Révolution. Pour Donald Trump, le temps était compté : l’ouverture de la Coupe du monde de footblall ce 11 juin, ses 80 ans le 14 avec un tournoi de MMA sur les pelouses de la Maison Blanche – une activité festive tellement en contraste avec le Trooping the colors la veille à Londres à l’occasion de l’anniversaire officiel du roi Charles III –, puis le sommet du G7 à Évian, les 250 ans des États-Unis le 4 juillet et, enfin, le sommet de l’Otan à Ankara la semaine suivante.
Nul doute que le président américain ne pensait pas que le scénario lancé le 28 février serait aussi désastreux. Aucun des buts de guerre initiaux, à commencer par le changement de régime à Téhéran, n’a été atteint malgré la mort d’Ali Khamenei. À l’inverse, la capacité de résistance puis de nuisance des Iraniens a été largement sous-estimée, entraînant toute la région du Golfe dans un chaos qui sera long à réparer. Tant les Émirats arabes unis (EAU) que le Qatar ont vu leur modèle économique balayé, avec le risque d’une très longue convalescence et une remise en cause de tous les équilibres régionaux, à commencer par la nature de la relation avec Washington. Les désordres sont multiples et touchent non seulement ces États mais la quasi-totalité de la planète notamment en Asie, très dépendante des hydrocarbures du Golfe.
La remise en cause de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, la capacité résiduelle de nuisance et la certitude d’avoir gagné contre le « grand Satan » américain modifient structurellement et durablement tous les équilibres de la région. Et il est encore trop tôt pour discerner les bouleversements à venir, à commencer par le rôle de la Chine, observatrice attentive de ce théâtre ayant entraîné un affaiblissement réel de la crédibilité des États-Unis. Dans cette compétition, Pékin a marqué des points sans avoir à trop s’engager. Là encore, la Corée du Sud et le Japon pourront s’interroger sur la fiabilité du soutien américain.
Pour l’Europe la messe est dite et il faut désormais accélérer la capacité d’une autonomie stratégique même si le lien transatlantique demeure la clé de voute. L’heure est maintenant à la prise de responsabilité, d’autant plus que le dossier de la guerre en Ukraine reste ouvert avec une Russie cherchant désespérément une victoire impossible et à semer la discorde entre les États européens. Là encore, les rendez-vous du G7 puis de l’Otan apporteront peut-être des éclaircissements sur ces évolutions.
Un autre des enseignements de cette longue séquence chaotique reste l’importance de la diplomatie qui est aussi un art de la gestion du temps. À ce jeu-là, les Iraniens ont démontré plus d’aptitude que les Américains. Entre négocier l’avenir de son pays ou de son régime et pratiquer The art of deal, à la Trump, il y a, hélas, un trop grand écart et l’amateurisme s’est incliné devant de redoutables joueurs d’échecs capables de sacrifier des pions pour se préserver. ♦
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