Face aux incertitudes géopolitiques, la France se prépare à l’éventualité d’un conflit majeur en Europe. Dans ce brouillard stratégique, le Chef d’état-major de l’Armée de terre (Cémat) Pierre Schill livre son analyse, appelant les chefs militaires à replacer l’intention au cœur de l’acte de commandement : clair sur le cap à atteindre, agile dans les modalités, ménageant un subtil équilibre entre centralisation et subsidiarité, rigueur et souplesse. Renouer avec le style français du commandement, c’est réaffirmer la permanence des Principes de la Guerre de Foch : « à l’obéissance passive des formes absolues des siècles derniers, nous opposerons toujours l’obéissance active, conséquence implicite de l’appel constamment adressé à l'initiative ».
Facteur clé de succès en opération, le commandement par intention, à la fois philosophie, discipline et méthode, se construit et se cultive dès le temps de paix, dans la vie courante, à l’entraînement. Mais peut-on seulement encore évoquer la paix, alors que le continuum « paix-crise-guerre » a fait place au triptyque « compétition-contestation-affrontement », consacrant de ce fait la nouvelle nature des rapports de force mondiaux ?
Dans cet état permanent de superposition des tensions, le général Schill identifie un « triple moment », tant porteur de menaces que vecteur d’opportunités pour les nations qui sauront les saisir. Un moment géopolitique marqué par la guerre à grande échelle, un moment sociétal illustré par une génération – celle qui n’a pas connu la conscription – en quête de sens et, enfin, un moment technologique à l’heure de la révolution numérique, de l’« infobésité » poussée jusqu’à « l’infobsession ».
Face à ces défis, Pierre Schill alerte sur la perte d’efficacité du commandement, affaibli par la segmentation des responsabilités, la rationalisation et l’excès de normes. Pour y répondre, trois voies de simplification sont alors envisageables : par le bas (supprimer les irritants du quotidien), par le contournement (rattacher des structures directement au sommet de la hiérarchie) et par le haut (dans l’esprit de Portalis, énoncer des règles générales claires en laissant l’initiative des détails).
Retrouvons la tradition française d’un style de commandement qui fait le pari de l’intelligence : un chef exprimant le but à atteindre, un subordonné libre dans ses modalités d’action, prompt à l’initiative, éclairé du regard critique qu’il aura acquis lors de sa formation militaire. La bataille de Forbach-Spicheren de 1870 ou le plan Dyle-Bréda du général Gamelin (1939-1940) rappellent tristement que l’absence de cap clair ou l’attachement acharné au plan conduisent à la débâcle.
À l’usage des chefs militaires d’aujourd’hui, le général Schill recommande d’appliquer une méthode cristallisant les règles du commandement par intention. Aux principes de responsabilité, de subsidiarité ou d’audace, il convient d’associer des procédés concrets de conduite de l’action : associer au plus tôt et donner du temps au subordonné pour comprendre l’intention du chef (règle du tiers-temps), exprimer l’intention via les étapes « en vue de », « je veux », « à cet effet », ou encore faire primer l’obligation de résultat sur l’obligation de moyens.
Condition fondamentale du succès, un commandement efficace ne saurait toutefois pallier des insuffisances matérielles, un manque d’entraînement, une organisation défaillante ou l’impréparation d’une société. Les principes décrits dans l’ouvrage seront tout aussi utiles à une jeunesse désireuse d’engagement militaire qu’à la société civile, dans l’optique de renforcer les forces morales de la Nation.






