L’un des principaux points communs aux États baltes est leur conscience constante de la menace que représente la Russie, une conscience largement influencée par des décennies d’occupation russe et d’autres expériences d’oppression récentes similaires. La Russie a toujours refusé de reconnaître l’indépendance de ces trois pays et continue de les considérer comme faisant partie intégrante de son histoire et de sa sphère d’influence. Les Russes déploient des efforts implacables pour déstabiliser la région et saper la coopération et les alliances régionales. La défense de la mer Baltique est un défi auquel sont confrontés l’Otan et l’UE, et les États baltes sont pleinement engagés dans ce processus.
La région Baltique et la géopolitique de l’Europe
The Baltic Region and European Geopolitics
One of the main things the Baltic States have in common is their constant awareness of the threat posed by Russia, an awareness largely coloured by decades of Russian occupation and other similar recent experiences of oppression. Russia has always refused to acknowledge the independence of the three countries and continues to see them as an integral part of its history and sphere of influence. The Russians are relentless in their efforts to destabilise the region and undermine regional cooperation and alliances. Defending the Baltic is a challenge facing both NATO and the EU, and the Baltic States are fully engaged in the process.
La mer Baltique recouvre 364 800 km2, bordant près de 8 000 km de côtes estonienne, lettone, lituanienne, polonaise, allemande, danoise, suédoise, finlandaise et russe. Mer fermée et relativement calme par ses courants, elle a longtemps tenu pour une périphérie stratégique au regard des équilibres géopolitiques mondiaux et européens. Dans l’histoire récente, la Baltique a été considérée comme un « lac soviétique ». Depuis le vaste mouvement d’intégration à l’Union européenne (UE) et à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord en 2004, et surtout depuis l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’Otan, on serait tenté de la considérer comme « une mer de l’Otan ».
L’agressivité de la Russie, dès la guerre en Géorgie en 2008, l’annexion illégale de la Crimée en 2014, puis l’invasion de l’Ukraine, le 24 février 2022, ont fait tourner le regard des Européens vers cette région stratégique du continent (1). Depuis, l’espace s’est métamorphosé, dans les esprits et dans les faits, devenant un espace de confrontations entre la Russie et les Européens réunis par l’UE et par l’Otan – regroupant désormais l’ensemble des États de la Baltique (à l’exception de la Russie). La mer Baltique est devenue une priorité quant à la défense de l’Europe. L’Allemagne et la Pologne ont considérablement accru leurs participations dans la région, que ce soit via l’Otan ou dans les relations bilatérales. La région est également importante pour le Royaume-Uni. Les positions stratégiques de ces pays sont largement analysées. Ainsi, nous proposons de mettre en exergue les évolutions récentes des pays baltes et des pays nordiques.
Ce réveil européen incite les institutions concernées à cartographier, réfléchir et adapter leur politique de défense relative à l’espace Baltique. Il demeure réducteur d’envisager la sécurité de la mer Baltique, et donc de l’Europe, sous l’angle uniquement militaire. La résurgence des tensions avec la Russie voisine et l’intensification des menaces hybrides soulignent la nécessité d’une approche intégrée et multidimensionnelle. La composante militaire demeure cruciale pour garantir la sécurité des frontières terrestres et la souveraineté des eaux territoriales. Cependant, la mer Baltique constitue aussi un corridor économique majeur pour le commerce international et abrite des infrastructures sous-marines essentielles, telles que des câbles de communication, des câbles électriques et des pipelines qui, comme le montre l’actualité, sont de plus en plus vulnérables aux cyberattaques et aux menaces asymétriques. Renforcer la résilience des infrastructures critiques devient impératif pour atténuer ces risques, ce qui nécessite une coopération approfondie entre les secteurs civil et militaire. De plus, la mobilisation de la société civile représente une dimension clé dans la lutte contre la désinformation, la garantie pour la continuité des services de base et le maintien de la stabilité intérieure face aux crises. La défense de la mer Baltique repose ainsi sur une coordination efficace des forces armées, une compréhension forte des enjeux géostratégiques, une sécurisation des infrastructures essentielles et une préparation de la population aux situations d’urgence. Dans ce contexte, l’adoption d’une approche multi-dimensionnelle apparaît indispensable pour répondre à l’ensemble des menaces actuelles et futures qui pèsent sur cette région stratégique.
Aspects géostratégiques de la Baltique
La mer Baltique revêt une importance géostratégique à plusieurs égards. Sa position centrale en Europe du Nord en fait un point de passage essentiel pour le commerce, l’approvisionnement énergétique et les intérêts géostratégiques (2). Grâce à ces voies maritimes, elle constitue un axe commercial central entre les États d’Europe centrale, septentrionale et orientale. Pour la Russie, elle constitue l’un de ses rares accès directs aux océans du monde et, de surcroît, des produits industriels et des biens de consommation transitent par des ports importants tels que Saint-Pétersbourg et Kaliningrad (3).
Particularité à noter, la faible profondeur moyenne de la mer Baltique, combinée à la forte stratification de la salinité et à l’afflux important d’eau douce provenant des rivières, rend la détection acoustique sous-marine difficile. C’était vrai dans le temps de la guerre froide et ça le reste toujours dans la réflexion sur la politique de la sécurité maritime (4).
En outre, la région de la mer Baltique est un carrefour pour des projets d’infrastructures critiques. Il s’agit notamment de terminaux de Gaz naturel liquéfié (GNL), de pipelines et de câbles électriques et de communication, qui représentent un intérêt décisif pour la sécurité énergétique de l’Europe. Ces infrastructures relient plus étroitement les pays riverains, mais comportent également des risques géostratégiques, car elles sont exposées à des attaques potentielles (par exemple, de fréquents actes de sabotage ont été constatés ces dernières années).
L’un des aspects géographiques importants de la mer Baltique est sa faible connexion avec d’autres mers. Il n’existe que deux voies maritimes aujourd’hui sous contrôle otanien : le canal de la mer du Nord à la mer Baltique et le détroit danois (Kattegat) – les deux peuvent être contrôlés ou bloqués en cas de tensions, avec pour conséquence des pertes économiques considérables (5).
Enfin, rappelons qu’une partie de la mer Baltique s’étend au nord du Cercle polaire arctique, ce qui renforce sa valeur stratégique dans la région. L’exploitation croissante de l’Arctique, accélérée par la fonte des glaces et l’ouverture de nouvelles routes commerciales, confère aux pays riverains de la Baltique un rôle clé pour accéder à ces territoires. Le changement climatique contribue à faire de l’Arctique une nouvelle région stratégique sur l’échiquier géopolitique. La Russie, de son côté, développe déjà des infrastructures telles que des canaux, des ports et des bases militaires le long de ses côtes septentrionales, établissant ainsi des connexions stratégiques avec les océans du globe, pour des raisons tant économiques que militaires (6).
Les intérêts russes
La mer Baltique a toujours occupé une place centrale dans les plans stratégiques, économiques et militaires de la Russie, et cela au moins depuis le tsar Pierre le Grand (1672- 1682 -1725). Au cours du XVIIIe siècle, l’Empire russe s’est assuré l’accès à la mer Baltique après la Grande Guerre du Nord (1700-1721). Les provinces baltes (l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie d’aujourd’hui) sont restées sous le contrôle de la Russie pendant des siècles. Mais malgré l’aspiration russe, l’ensemble des pays de la région conservaient une identité européenne et ont adhéré à l’UE et à l’Otan dès que possible (2004), ce qui a considérablement réduit l’influence russe. En conséquence, les actions de sabotage, la désinformation, les provocations militaires ou civiles se multiplient, orchestrées par le voisin oriental soucieux de préserver son influence. Malgré tout, Kaliningrad, région russe hautement militarisée et reliée à la mère patrie uniquement par un chemin de fer le long du corridor de Suwalki, joue un rôle clé dans la géostratégie de la Russie en mer Baltique (7). Ainsi, la région est également utilisée pour la guerre hybride, notamment par des sabotages, des cyberattaques et de la désinformation (8). Dans cette action, le Belarus joue un rôle important dans la stratégie russe dans la région, notamment comme bras fort de la Russie dans la « guerre hybride » (9). La doctrine Primakov, qui met en avant l’intérêt russe de dominer l’espace post-soviétique, se manifeste en particulier par les liens étroits entre Minsk et Moscou. Le Belarus agit comme une sorte d’avant-poste pour les objectifs géopolitiques de la Russie et contribue à maintenir les tensions dans la région (10).
La Russie menace et la Baltique s’organise
L’un des principaux points communs entre les États baltes est leur perception historique de la menace russe, marquée par des décennies d’occupation soviétique et d’expériences d’oppression similaires, ainsi que de leurs propres vulnérabilités. Cette mémoire collective nourrit une profonde méfiance à l’égard de Moscou, perçu comme la principale source de menaces. Les idéologues du Kremlin ont officiellement décrété et fait croire à la population russe qu’il n’y avait pas d’indépendance des États baltes, partie intégrale de la Russie. La multiplication des cyberattaques et des menaces contre les infrastructures critiques telles que les réseaux d’énergie accentue la perception de vulnérabilité. Les attaques contre les infrastructures énergétiques peuvent entraîner une perte de pouvoir et des dommages économiques considérables. La perception des menaces et la capacité à y répondre varient toutefois en fonction de la taille et des ressources des pays concernés comme des partenariats internationaux. Depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, ces trois pays ont renforcé leurs capacités de défense et partagent une priorité stratégique : maintenir la dissuasion à l’égard de la Russie en s’intégrant à l’Otan et en agissant en tant qu’acteur au sein de l’Alliance (11). Ils accueillent également tous les trois des troupes multinationales dans le cadre de la présence avancée renforcée (eFP) de l’Otan et participent activement aux exercices militaires conjoints.
Si les trois pays présentent quelques spécificités, leurs réactions sont adaptées à leurs contextes nationaux respectifs, reflétant leur interdépendance et leur relative autonomie au sein de l’Otan. L’Estonie se distingue depuis longtemps par une approche proactive en matière de défense, avec un budget militaire régulièrement supérieur à 2 % du PIB (3,43 %, chiffres 2024) (12) et une coopération étroite avec la Finlande. Son système de conscription témoigne d’une mobilisation nationale en faveur de la défense d’autant plus qu’elle entretient des relations étroites avec le Royaume-Uni, qui joue un rôle clé dans la défense de son territoire. L’Estonie participe aussi à des initiatives transnationales en matière de cybersécurité, telles que l’European Cyber Security Alert System, afin de mieux se protéger contre les menaces numériques (13). En revanche, la Lettonie, plus faible économiquement, a longtemps dû faire face aux effets de la crise financière de 2008-2010, qui a affaibli sa capacité de défense. Aujourd’hui, elle bénéficie d’un partenariat solide avec le Canada, responsable du groupe de combat eFP stationné sur son territoire, et développe également ses relations avec la Suède afin de renforcer sa sécurité maritime. La Lituanie, qui possède la plus grande superficie, a été le premier des trois pays à réintroduire le service militaire obligatoire en 2015. Elle attache aussi une grande importance à la coopération avec la Pologne et l’Allemagne, partenaires stratégiques dans la région. Son budget militaire est en croissance constante et vise 5 % du PIB.
Les États nordiques
Danemark, Suède et Finlande se différencient par leur situation géographique, économique et politique (le cas de la Norvège n’est pas étudié dans notre étude). La Finlande, plus proche des États baltes, partage une frontière de 1 300 km avec la Russie, sans oublier son histoire d’occupation et de guerre avec elle. Ces facteurs géographiques et historiques influencent profondément sa perception de la sécurité et de la défense. La relation avec la Russie reste centrale pour la Finlande, en raison de la présence de puissantes forces militaires russes près de Saint-Pétersbourg et sur la péninsule de Kola. Cette proximité géographique et historique a conduit à une approche pragmatique vis-à-vis de Moscou, même après 2014, période durant laquelle la Finlande estimait encore nécessaire de maintenir un dialogue actif. Toutefois, l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 a marqué un tournant majeur, rendant impossible tout espoir de progrès diplomatique significatif et l’a poussé à redéfinir rapidement ses orientations stratégiques. Après des décennies de neutralité, le pays a demandé l’adhésion à l’Otan, de même que la Suède. Par ailleurs, la coopération entre la Finlande et la Suède, particulièrement dans les domaines de la sécurité et de la défense, est plus étroite qu’avec les autres pays nordiques (14), les deux pays s’alarmant de la menace croissante russe qui fragilise la région baltique.
La position stratégique de la Suède dans la région est cruciale. Contrôlant l’île de Gotland, un point stratégique clé pour les voies maritimes, elle joue un rôle essentiel dans la dissuasion régionale et envisage d’atteindre 2 % du PIB pour la défense d’ici 2026 (15). L’adhésion l’incite à aligner sa planification militaire et civile avec les stratégies de l’Otan, entraînant une révision complète de sa politique de défense et de son rôle stratégique dans la région. En tant que membre de l’Alliance, la Suède participe désormais activement à des initiatives concernant la police aérienne, les forces de réaction rapide et la défense maritime.
Quant au Danemark, la Russie, bien que n’étant pas une menace directe, est perçue comme une menace globale pour la sécurité du continent européen (16). Situé à un carrefour stratégique, le Danemark joue un rôle crucial dans la sécurité de la région baltique, de l’Atlantique Nord et de l’Arctique. Contrôlant, avec la Suède et la Norvège, les principales voies d’accès à la mer Baltique – notamment l’Øresund ainsi que les grands et petits Belts –, le Danemark est essentiel pour garantir le passage sécurisé des renforts de troupes de l’Otan depuis l’Amérique du Nord. Sa connexion à l’Arctique, via le Groenland et les îles Féroé, territoires autonomes du Royaume, renforce encore cette importance stratégique. Dès l’invasion de l’Ukraine par la Russie, un consensus national sur le renforcement de la politique de défense s’est exprimé envers une défense accrue, la participation du pays dans la défense européenne et l’augmentation des dépenses du PIB (2 % à l’horizon de 2033). D’une façon générale, le Danemark, qui avait eu tendance, pour les raisons de souveraineté, à entretenir une situation particulière (opting-out au sein de l’UE) a évolué et compris l’intérêt qu’il y avait à rejoindre pleinement les moyens de la défense de l’Europe.
La mer Baltique, nouvel épicentre de la sécurité européenne
Les approches nationales des pays riverains de la Baltique reflètent leurs situations géographiques, historiques et stratégiques diverses. Les États baltes privilégient la dissuasion, avec une présence accrue de l’Otan, une résilience sociale et une protection des infrastructures critiques. Parallèlement, les pays nordiques, notamment la Suède et la Finlande, ont abandonné leur neutralité traditionnelle au profit d’une intégration militaire plus poussée. L’adhésion de ces deux pays à l’Otan a considérablement renforcé la sécurité régionale et intensifié la coopération avec les pays baltes. L’Allemagne et la Pologne jouent également un rôle clé : l’Allemagne en tant que nation leader dans les projets multilatéraux, et la Pologne en tant qu’acteur central dans la protection du corridor de Suwalki, se positionnant comme les principaux partenaires stratégiques des États baltes. On peut souligner l’action allemande pour coordonner les efforts en matière de prévention, de contrôle et de répression à l’égard de « contrevenants ».
Malgré sa faible superficie donnant accès à la mer Baltique, la Russie demeure un acteur central dans la région. Cela s’explique en grande partie par les rôles économique et militaire stratégiques que joue la Baltique pour Moscou. Le Kremlin mène une stratégie de guerre hybride, caractérisée par des campagnes de désinformation, le sabotage d’infrastructures sous-marines et des cyberattaques. Pour l’Otan et l’Europe, ces tactiques soulignent l’urgence de mettre en place des contre-mesures pour renforcer leur résilience. Kaliningrad demeure un foyer de tensions géopolitiques, car la région est fortement militarisée et pourrait servir de tête de pont en cas d’escalade.
Outre la dissuasion militaire, l’intégration de facteurs non militaires devient de plus en plus cruciale. Il est donc indispensable d’adopter une approche multidimensionnelle de la défense. Celle-ci inclut non seulement la préparation militaire, mais aussi la protection des infrastructures civiles, le renforcement de la résilience sociale, ainsi que la sécurisation des infrastructures critiques telles que les pipelines et les câbles de données, sans oublier l’indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Une coopération étroite entre les acteurs civils et militaires, notamment dans les domaines de la cyberdéfense et de la gestion de crise, est essentielle pour faire face aux menaces complexes dans la région. La promotion d’exercices de défense conjoints et le développement de systèmes d’alerte précoce constituent des éléments clés à cet égard. Parallèlement, le changement climatique crée de nouvelles dynamiques géopolitiques, notamment avec l’ouverture de l’océan Arctique à des fins économiques, militaires et géostratégiques. Ces évolutions soulignent la nécessité d’intégrer des considérations écologiques et économiques à long terme dans les stratégies de sécurité.
La mer Baltique est, à bien des égards, un véritable laboratoire pour les stratégies de défense européennes. La diversité des acteurs présents dans la région – allant des membres de l’Otan aux États-membres de l’UE, sans oublier la présence russe – exige des approches innovantes. L’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’Otan facilite une meilleure coordination des stratégies de défense de l’Otan et de l’UE. Les menaces hybrides, telles que les cyberattaques et le sabotage, mettent en lumière l’impérieuse nécessité d’élaborer des stratégies de défense cohérentes à l’échelle européenne. L’intégration militaire, par le biais d’exercices comme BALTOPS ou de projets visant à sécuriser les infrastructures sous-marines, fournit des modèles qui peuvent être appliqués à d’autres régions d’Europe. Parallèlement, la région de la mer Baltique démontre l’efficacité des programmes de résilience sociale, tels que ceux mis en œuvre dans les États baltes ou en Finlande, pour contrer la désinformation et d’autres menaces hybrides. Elle illustre également la nécessité d’une meilleure coordination entre l’Otan et l’UE. Tandis que l’Otan est principalement responsable de la dissuasion militaire, l’UE se concentre sur la protection des infrastructures critiques et la lutte contre les menaces hybrides. Une collaboration étroite entre les deux organisations doit éviter les chevauchements d’actions et augmenter leur efficacité. Des initiatives telles que la sécurisation coordonnée des voies de communication maritimes ou les investissements conjoints dans les capacités de cyberdéfense peuvent servir de modèles pour renforcer la résilience et la défense dans d’autres régions de l’Europe.
Conclusion
En résumé, la région de la mer Baltique est un exemple de la manière dont la sécurité militaire et civile, ainsi que les approches nationales et multinationales, peuvent être efficacement combinées. Elle sert de banc d’essai pour les innovations stratégiques et offre un modèle pour d’autres régions d’Europe. À long terme, les capacités de défense européennes doivent être renforcées. Pour renforcer la capacité de défense de l’UE et réduire sa dépendance vis-à-vis des acteurs extérieurs, il est indispensable qu’elle dispose d’un pilier européen plus solide au sein de l’Otan. La nomination d’un commissaire européen à la Défense est une première étape dans ce sens. Des investissements considérables en temps, en ressources et en volonté politique (tant au niveau européen qu’au niveau des États-membres) sont nécessaires pour mettre en place une infrastructure de défense durable et économiquement viable. Dans ce contexte, il est essentiel d’approfondir la coopération entre l’Otan et l’UE sur le plan institutionnel afin de maximiser les synergies et de renforcer la protection contre les menaces hybrides. Les coopérations régionales, comme l’intégration des pays nordiques et baltes, devraient être encouragées de manière ciblée afin de créer une architecture de sécurité cohérente. Les innovations technologiques dans les domaines de la cybersécurité et de la sécurité sous-marine, ainsi que la résilience des infrastructures civiles, sont des piliers essentiels pour la stabilité future de la région. Parallèlement, l’Europe doit intégrer les effets du changement climatique dans ses stratégies de sécurité et développer des solutions à long terme aux défis géopolitiques de l’Arctique. Seule une approche globale et intégrée permettra à la mer Baltique de devenir une région modèle pour la sécurité et la stabilité en Europe. ♦
(1) Otan, Rapport annuel 2022 du secrétaire général, mars 2023 (https://www.nato.int/).
(2) Special Adviser Niinistö, Safer Together: Strengthening Europe’s Civilian and Military Preparedness and Readiness, European Commission, 2024 (https://commission.europa.eu/).
(3) Swistek Göran et Paul Michael, « Geopolitics in the Baltic Sea Region - The “Zeitenwende” in the context of critical maritime infrastructure, escalation threats and the German willingness to lead », SWP Comment, n° 9, février 2023 (https://www.swp-berlin.org/).
(4) Muller Alexis, « Guerre hybride dans le domaine maritime : vers une réponse plus offensive », Cahier de la RDN, p. 158-174 (https://www.defnat.com/).
(5) AFP, « Fuite du gazoduc Finlande-Estonie : Helsinki soupçonne une intervention extérieure », RFI, 10 octobre 2023 (https://www.rfi.fr/). Samama Pascal, « Tout comprendre - L’Europe ébranlée par le sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2 », BFM Business, 28 septembre 2022 (https://www.bfmtv.com/). Avec AFP, « Câbles endommagés en mer Baltique : ce que l’on sait de ce “sabotage” dénoncé par l’Allemagne et la Finlande », Le Parisien, 19 novembre 2024 (https://www.leparisien.fr/).
(6) Entretien avec le vice-amiral allemand en retraite Lutz Feldt 21 novembre 2024.
(7) Swistek G. et Paul M., op. cit.
(8) Special Adviser Niinistö, op. cit., p. 98.
(9) Kuczynska-Zonik Aleksandra et Stepniewski Tomasz (dir.), The Baltic States and New Security Challenges in Flux, Policy Papers 3/2023. Lublin: Institute of Central Europe, 2023 (https://ies.lublin.pl/ies-policy-papers/the-baltic-states-and-new-security-challenges-in-flux/).
(10) Special Adviser Niinistö, op. cit.
(11) Rostoks Toms, Military Capabilities First, Politics Later: Latvia’s Approach to European Strategic Autonomy, Routledge, 2022 (https://www.taylorfrancis.com/).
(12) NATO, « Defence Expenditure of NATO Countries (2014-2024) », 2024 (https://www.nato.int/).
(13) Special Adviser Niinistö, op. cit., p. 50.
(14) Entretien avec VAE Patrick Hebrard, le 25 novembre 2024.
(15) Sundelius Bengt et Eldeblad Jan, « Societal Security and Total Defense: The Swedish Way », PRISM, vol. 10, n° 2, 2023, p. 93 (https://ndupress.ndu.edu/).
(16) Theussen Amelie, « Denmark’s Security Starts in the Baltic States », PRISM, vol. 10, n° 2, 2023, p. 167 et 170 (https://ndupress.ndu.edu/).






