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  • La Baltique face aux risques de tempêtes - Eurodéfense France
  • Les coopérations militaires dans la région de la mer Baltique

Les coopérations militaires dans la région de la mer Baltique

Paul Andrianalizah, Paul Brachet, Théo Douessin, Clara Irmscher, Corentin Parisot, Mathis Puyo, Sihem Schrutt, Daniel Ullrich, "Les coopérations militaires dans la région de la mer Baltique " La Baltique face aux risques de tempêtes - Eurodéfense France

L’adhésion à l’Otan fut un pas essentiel pour couper les liens avec la Russie nourrie par des ambitions impérialistes, mais aussi pour rejoindre la communauté européenne et l’alliance transatlantique animées par des valeurs que les pays de la région partagent. Le regard jusqu’ici porté vers les États-Unis perçu comme le principal garant de la sécurité se tourne davantage vers l’Europe et la nécessité de renforcer sa propre défense. Toute la région de la mer Baltique entame une évolution dans ce sens, bien que de nombreuses ambiguïtés demeurent, ainsi que la dépendance à l’armement américain.

Military Cooperation around the Baltic Sea

For the Baltic States, joining NATO was a vital step in breaking links with a Russia unashamedly seeking to recreate its former Empire and for membership of the European community and the transatlantic alliance whose values they share. Whereas, until recently, the main guarantee of security was afforded by the United States, they are now turning to Europe for their salvation, making it necessary for Europe to reinforce its own defence. The whole Baltic Sea area has already started to move in this direction, even though the road ahead is not entirely clear, not least given an overdependency on America for military supplies.

Cultures et objectifs stratégiques des acteurs en mer Baltique

La culture stratégique désigne de manière générique l’ensemble des facteurs historiques, sociaux et culturels qui sous-tendent le rapport d’une société aux autres sociétés sur un plan structurel. Ainsi le concept allemand de Weltanschauung désigne la perception qu’a une société de sa place dans le monde et de sa relation aux autres sociétés, dans la paix comme dans la guerre (1). Cette culture stratégique constitue à la fois un prisme influençant les choix stratégiques des décideurs d’une société, mais également une matrice en évolution, façonnée par l’histoire et les choix stratégiques d’une société. Les objectifs stratégiques, quant à eux, constituent les positionnements stratégiques conjoncturels d’un État, définis par la perception qu’a l’État de son environnement international, influencé par sa culture stratégique, et matérialisé par les choix stratégiques concrets opérés par les décideurs de cet État pour atteindre les buts qu’il s’est fixé (2). L’histoire et la géographie façonnent évidemment la pensée stratégique.

Si la Suède, du fait de son passé de grande puissance régionale, a tendance à faire persister une posture dominante dans la sous-région, les expériences danoise et finlandaise des occupations étrangères ont modelé une posture beaucoup plus pragmatique. Le Danemark a hérité de ses occupations, notamment durant la Seconde Guerre mondiale, un attachement à l’appartenance à des alliances régionales. La Finlande, quant à elle, dont le sentiment d’appartenance nationale même s’est construit en réaction aux invasions successives, a développé une posture pragmatique oscillant entre préparation au conflit et neutralité prudente, que certains ont appelée finlandisation. Longtemps États neutres, ils sont également attachés à l’engagement international et aux alliances internationales, Au-delà de ces divergences, ces États partagent une ambivalence entre neutralité et engagement international. La sous-région se caractérise enfin par une certaine horizontalité de sa défense, incluant la société civile basée sur la conscription et l’engagement démocratique des citoyens (3). Les États fenno-scandinaves, bien qu’à des niveaux différents, poursuivent un objectif similaire de regain capacitaire de leurs forces armées dans tous les domaines. Ils développent et adaptent le concept de défense totale.

Les trois États baltes présentent des similarités et leur culture stratégique reste relativement récente et caractérisée par des influences multiples. Ainsi, les trois États ont développé leur culture stratégique sous une forme de tutorat à la fois nordique et international, dans le but de leur inculquer une expérience stratégique et de les aider à atteindre les standards de défense internationaux (4). La doctrine qui en a résulté, influencée par l’histoire de ces États, vise, en temps de paix, à dissuader un ennemi fort et, en temps de guerre, à défaire un ennemi de haute intensité. Un attachement aux coopérations régionales et internationales en résulte et participe à la formation du concept de la défense totale (5).

Quant à l’Allemagne et à la Pologne, la culture stratégique de chacun de ces pays se distingue. La culture stratégique allemande, longtemps influente grâce à la pensée clausewitzienne, est largement héritée de l’État de Prusse. Entouré des grandes puissances russe, française et autrichienne, et dépourvu de frontières naturelles, celui-ci a dû développer une armée réactive et autonome, susceptible d’être envoyée successivement sur plusieurs fronts, ce qui a favorisé une certaine culture allemande de la décentralisation en matière militaire (6). Une évolution progressive amène l’Allemagne à renouer avec une culture stratégique combinant les deux dynamiques évoquées. Décrété en 2022 par le Chancelier d’alors Olaf Scholz, il s’agit d’un réinvestissement conséquent dans sa défense. Le double objectif poursuivi est de renforcer les capacités de ses forces armées, mais également de jouer un rôle plus actif dans la sécurité européenne en consolidant ses cadres de coopération et de solidarité internationales (7). En Pologne en l’occurrence, cette culture s’est construite entre préservation des traditions et recherche de modernité et d’innovation (8).

Les capacités des forces armées

Partout, les capacités augmentent et les moyens se mobilisent. Les pays scandinaves ont également intensifié leurs efforts de modernisation de leurs forces armées, avec une attention particulière portée à la coopération régionale et à leur intégration dans les structures de l’Otan (9).


Dépenses militaires chiffrées en 2024 pour les riverains de la Baltique

Pays

% PIB consacré à la défense

Objectifs visés

Allemagne

2,12 %

Objectif du Chancelier Friedrich Merz : « doter l’Allemagne de l’armée conventionnelle la plus puissante de l’Europe » en atteignant 5 % du PIB.

Danemark

2 % objectif d’ici 2030

Acquisition d’avions Lockheed Martin F-35 Lightning II et amélioration des capacités de sa première brigade lourde, assignée à la force de réponse rapide de l’Otan.

Estonie

2,73

Objectifs budgétaires visent l’acquisition de HIMARS (High Mobility Artillery Rocket System), des Camions équipés d’un système d’artillerie (Caesar) et l’équipement complet des brigades terrestres.

Finlande

2,46 %

Force robuste de 23 850 militaires actifs et de 233 000 réservistes, se distingue par une Base industrielle technologique de défense (BITD) nationale, avec des entreprises comme Patria produisant des véhicules blindés. Les investissements récents incluent l’achat de 64 F-35.

Lituanie

3 %

Objectifs : 25 300 militaires actifs et 7 100 réservistes ; des acquisitions significatives ont été réalisées dans des batteries HIMARS, des commandes pour des chars Leopard 2 et des Caesar.

Lettonie

2,3 %

Augmentation de l’armée régulière et acquisitions de l’équipement sont prévues

Pologne

4,12 %

Acquisition de matériels sud-coréens (chars K2 Black Panther et systèmes d’artillerie K9 Thunder), et américains (systèmes sol-air Patriot et de chasseurs F-35A). Signature de l’accord stratégique avec Lockheed Martin, pour produire localement des missiles Javelin.

Suède

2,7 %

Modernisation de sa flotte navale et de ses forces aériennes ; intégration des systèmes Patriot ; une forte autonomie technologique.

 

Cadres bilatéraux et minilatéraux de coopération militaire en mer Baltique

Les coopérations bilatérales et minilatérales offrent aux États une plus grande flexibilité et une meilleure capacité d’identification de leurs besoins et objectifs. Dans le cadre bilatéral, de nombreux exemples illustrent l’approfondissement des partenariats stratégiques. La coopération entre la Lituanie et la Pologne, sous l’égide de l’Otan, se distingue par des exercices conjoints comme Brave Griffin 2024, intégrant 1 500 soldats et 200 véhicules, pour renforcer la défense du corridor de Suwalki. Ce partenariat inclut également l’achat conjoint de systèmes de défense aérienne à courte portée Piorun (« foudre » en polonais), illustrant une volonté d’unification des équipements. Par ailleurs, les relations lituaniennes avec la Suède ont été renforcées par une lettre d’intention en 2024 (10) visant l’acquisition conjointe de Combat Vehicles 90 (d’origine suédoise), tout en accordant une attention particulière à la sécurité maritime et aérienne en mer Baltique. De plus, l’Allemagne a annoncé le déploiement d’une brigade de 5 000 soldats en Lituanie, appuyée par des infrastructures permanentes et des exercices conjoints tels que Grand Quadriga 2024 (11).

L’Estonie, quant à elle, entretient des liens solides avec la Pologne, comme en témoigne l’exercice Akktuli 2024, focalisé sur l’interopérabilité de l’artillerie, notamment l’utilisation conjointe des K9 sud-coréens. La Pologne a également assumé un rôle clé dans la mission de police de l’air en Estonie, tout en renforçant la coopération industrielle avec l’acquisition de systèmes Piorun. Cette relation reflète une approche complémentaire qui renforce les capacités des deux pays dans des domaines critiques.

De son côté, la Finlande partage une coopération étroite avec la Suède, structurée autour de mémorandums comme celui de 2018, qui établit une planification conjointe en cas de crise. Les exercices conjoints tels que Northern Forest pour les forces terrestres ou Arctic Challenge Exercise (ACE) pour l’armée de l’air illustrent cette collaboration. Les deux nations alignent également leurs systèmes de communication et préparent des opérations communes dans tous les domaines, renforçant leur interopérabilité militaire. Cette collaboration s’étend au commandement et au contrôle, avec des groupes de coordination responsables de la mise en œuvre des plans opérationnels et stratégiques.

Enfin, la Suède et le Danemark approfondissent leur coopération avec des projets tels que l’acquisition commune de CV90, le renforcement de la surveillance aérienne baltique et la coordination navale en mer Baltique. Avec l’Allemagne, des dialogues stratégiques et des exercices conjoints visent à accroître les capacités opérationnelles et technologiques. La collaboration inclut des initiatives comme l’European Sky Shield Initiative pour développer un système de défense aérienne multicouche commun, tout en renforçant les liens industriels. La coopération germano-polonaise, quant à elle, met l’accent sur la standardisation selon les normes de l’Otan, la modernisation des chars Leopard et l’intégration des forces maritimes.

En parallèle, les cadres minilatéraux offrent une plateforme élargie pour la coopération multinationale. L’organisation NORDEFCO, regroupant les pays nordiques, promeut des exercices conjoints tels que ACE, des consultations stratégiques et des initiatives logistiques comme la mobilité militaire nordique. La Vision 2030 (12) de NORDEFCO met en avant le concept de « défense totale », impliquant tous les pans de la société, et favorise la coopération industrielle pour réduire les coûts et renforcer l’interopérabilité dans des domaines comme la cybersécurité et les activités spatiales. Ces efforts visent à établir une intégration régionale forte, en particulier depuis l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’Otan, ce qui a renforcé la dynamique de cette organisation.

D’autres formats comme le Groupe nordique rassemblent les pays nordiques, baltes, ainsi que l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Ce forum facilite les discussions sur la sécurité régionale et les réponses aux menaces émergentes, en mettant l’accent sur l’intensification de l’interopérabilité. Ces réunions régulières permettent également de renforcer la coordination entre les membres de l’Otan et de l’UE, en abordant des thématiques stratégiques comme la protection des infrastructures critiques et la mobilité militaire.

Les pays baltes poursuivent aussi des initiatives trilatérales telles que le Baltbat, un bataillon multinational créé en 1994 et désormais composé de trois bataillons nationaux, le Baltron, escadre navale menant des opérations de déminage et de recherche en mer Baltique, tandis que le Baltnet assure une surveillance aérienne coordonnée. Ces projets illustrent l’engagement des pays baltes à développer une défense collective intégrée, alignée sur les standards de l’Otan. De plus, la construction d’une ligne de défense commune avec la Pologne le long des frontières russes et biélorusses montre une approche proactive pour répondre aux préoccupations sécuritaires régionales.

Ainsi, le bilatéralisme et le minilatéralisme se complètent pour renforcer la sécurité régionale dans la région Baltique. Les partenariats bilatéraux permettent une collaboration ciblée et adaptée, tandis que les initiatives minilatérales favorisent une approche collective pour répondre aux défis stratégiques actuels. Les cadres de coopération militaire se multiplient et s’intensifient. Leurs importances sont évidemment proportionnelles avec les tensions croissantes, notamment la guerre hybride qui s’intensifie dans la région.

Coopération otanienne

Malgré les évolutions récentes notamment du côté d’outre-atlantique, l’Otan constitue l’organisation internationale clé de l’architecture multilatérale de sécurité baltique. Depuis les adhésions récentes de la Finlande et de la Suède, l’ensemble des États bordant la mer Baltique, à l’exception de la Russie, en sont membres. Cette omniprésence conduit certains observateurs à qualifier la zone de lac otanien. Cette idée est toutefois réfutable car, en plus d’attiser une forme de peur, la liberté de circulation dans cette mer et l’autodétermination des États la contredisent. L’Otan se fixe pour objectif régional la dissuasion et la défense collective de l’Alliance (13). Pour ce faire, l’Alliance dispose d’appuis et de bases dans la région, notamment la base navale de Rostock (Allemagne) coordonnant son activité navale. Le déploiement otanien dans la région, dans le cadre du NATO enhanced Forward Presence (eFP), s’articule autour de huit groupements tactiques multinationaux dont la moitié est positionnée dans les trois États baltes (avec pour Nations cadres respectives le Royaume-Uni, le Canada et l’Allemagne), ainsi qu’en Pologne (États-Unis). Ces quatre groupements tactiques sont placés sous le commandement du QG du Corps multinational Nord-Est à Szczecin, en Pologne. Au cœur de ce dispositif se trouve, par exemple, la mission Baltic Air Policing dans les trois États baltes qui implique de nombreux États dont l’Allemagne, le Danemark et la Pologne. Opérée depuis 2004, elle a pour objectif la protection de l’intégrité et de la sûreté aérienne de l’Alliance dans la sous-région via des mesures d’identification, de contrôle, de surveillance ou d’interception d’aéronefs dont le comportement est jugé douteux (14). Au-delà de ces déploiements et missions, un certain nombre d’exercices sont mis en œuvre sous l’égide de l’Otan dans la région, en coopération avec les États de la mer Baltique. Les objectifs affichés par l’Alliance répondent au besoin de tester et de valider les concepts, procédures et tactiques, améliorer l’interopérabilité de ses membres et identifier les « meilleures pratiques » ainsi que les « retours d’expérience » par une activité militaire commune (15). Parmi ces multiples exercices otaniens, quatre concernent particulièrement la sécurité en mer Baltique : Northern Coasts, Steadfast Defender et Freezing Winds. Les exercices Baltops (Baltic operations), constituent une série d’exercices maritimes annuels multidomaines.

Northern Coasts consiste également en un exercice maritime annuel en mer Baltique. Mené par l’Allemagne, l’exercice 2024 s’est tenu du 14 au 21 septembre, impliquant les unités de 8 États dont le Danemark, l’Estonie, la Lituanie, la Pologne et la Finlande. Là encore, l’exercice fait l’objet de retours officiels positifs par l’Alliance et les États participants pour le renforcement de leurs capacités de défense collective, bien que le ministère des Armées français précise qu’il s’inscrit « dans une logique dissuasive, non agressive et non escalatoire et [participe] directement au renforcement de la posture défensive et dissuasive de l’Alliance ». Cet exercice a aussi vocation à être réitéré dès 2025.

Steadfast Defender consistait en un test des capacités de déploiement rapide de l’Otan. Présenté comme le plus grand exercice militaire de l’Otan depuis la guerre froide, Steadfast Defender 24 a rassemblé 32 États-membres entre janvier et mai 2024 dans le but de tester les capacités de déploiement rapide de l’Otan en Europe. Un certain nombre de ces déploiements a impliqué directement les États ou la région baltique, à l’image des exercices terrestres Brilliant Jump sur les sols allemand et polonais, Saber Strike dans les États baltes et la Pologne, Immediate Response en Suède ou Grand Quadriga en Allemagne et en Lituanie.

Freezing Winds, pour sa part, est un exercice aéronaval organisé par la Finlande en mer Baltique entre les 21 et 29 novembre 2024. Il a impliqué 13 membres, dont tous ceux en mer Baltique, et visait à faciliter l’intégration des forces armées finlandaises dans l’Alliance.

Au-delà de la reconduite prévue des exercices mentionnés, d’autres déploiements sont déjà prévus à l’horizon 2025, tel que Dacian Spring 2025 visant à tester les capacités de déploiement rapide de l’Otan en Europe de l’Est. En ce sens, il convient de mentionner la décision prise par Mark Rutte, secrétaire général de l’Otan, après le sommet d’Helsinki du 14 janvier 2025 de lancer l’opération Baltic Sentry. Cette opération vise à renforcer la présence otanienne en mer Baltique, via des frégates et des avions de patrouille maritime fournis par les États-membres de l’Alliance, notamment en mer Baltique (Suède, Allemagne, etc.), en réponse aux dernières menaces. Somme toute, la dynamique de coopération dans la région évolue et inclut des groupes de pays de plus en plus nombreux.

Vers une défense européenne

La coopération européenne dans la région est appelée à s’approfondir et d’une manière urgente. L’Union européenne, autre organisation régionale majeure, ne compte pas de mission militaire autonome dans la région baltique. Par ailleurs, la Boussole stratégique adoptée en 2022 ne fait pas non plus état de projet spécifique pour la sous-région baltique. C’est donc l’application des efforts généraux de l’Union au cas d’espèce baltique qui semble constituer la stratégie européenne dans cet espace.

Toutefois, des récents instruments mis en place par l’UE permettent de soutenir cette coopération notamment dans le domaine capacitaire. L’European Defence Fund en est un qui peut contribuer au développement des capacités militaires de la région et le cadre de la coopération structurée permanente peut prendre en charge un pan de la surveillance maritime en mer Baltique. Il convient ici de mentionner quatre initiatives en ce sens : la Joint Expeditionary Force, le Framework Nations Concept, l’Initiative européenne d’intervention (IEI) ou encore le Northern Group.

Menée par le Royaume-Uni, la force expéditionnaire conjointe britannique a pour ambition d’offrir une force de réaction rapide aux crises et aux guerres en Europe du Nord, soit d’initiative, soit conjointement avec l’Otan. Pleinement opérationnelle depuis juin 2018, elle compte 10 États, désormais tous membres de l’Otan dont, en mer Baltique, l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, le Danemark, la Suède et la Finlande (16). Proposé et mené par l’Allemagne, le Framework Nations Concept diffère sensiblement dans son organisation. Si son ambition est aussi d’accroître la capacité de défense européenne, cette initiative s’appuie toutefois sur des clusters, soit des groupes de petits et grands États, chacun étant commandé par une « nation-cadre », qui fournirait le dispositif militaire de base complété par les apports militaires des autres États (17). L’IEI est, quant à elle, menée par la France et inclut, entre autres, la Suède, le Danemark, la Finlande, l’Estonie et l’Allemagne. Enfin, le Northern Group, né dès 2010 d’une initiative britannique, se définit comme une alliance militaire et regroupe 12 États dont l’ensemble des États de l’Otan bordant la mer Baltique. Si cette dernière agit plutôt comme un forum de dialogue entre les ministres de la Défense de ces États, ces dernières initiatives poursuivent également l’objectif de créer une capacité européenne de défense propre. Au niveau européen, la sécurisation de l’espace baltique semble donc davantage relever d’alliances multinationales conjoncturelles que d’un cadre supranational régional et structurel. Ainsi, si la défense de la région baltique s’inscrit dans la stratégie d’Alliance et les déploiements opérationnels de l’Otan, les cadres européens de défense propre demeurent généraux dans leurs ambitions et marginaux dans leurs mises en œuvre.

* * *

En conclusion, nous constatons une dynamique croissante des coopérations et certaines recompositions vers un vecteur davantage européen qui se dessine. Un sujet qui reste capital et qui concerne les infrastructures critiques, leur protection, fait l’objet d’un article ultérieur. De même, le sujet de la « défense globale » mérite une attention particulière et son analyse fait l’objet d’un autre texte de ce dossier. ♦


(1) Neumann Iver B. et Heikka Henrikki, « Grand Strategy, Strategie Culture, Practice: The Social Roots of Nordic Defence », Cooperation and Conflict, vol. 40, n° 1, 2005, p. 5-23. Nordefco, « About Nordefco », 2025 (https://www.nordefco.org/the-basics-about-nordefco).
(2) Wedin Lars, « L’utilisation de la théorie stratégique : le cas de la Suède », Stratégique, n° 91-92, mars 2008, p. 123-151 (https://doi.org/10.3917/strat.091.0123).
(3) Rasmussen Mikkel Vedby, « ‘What’s the Use of It?’: Danish Strategic Culture and the Utility of Armed Force », Cooperation and Conflict 40, n° 1, 2005, p. 67-89. Heikka H., « Republican Realism: Finnish Strategic Culture in Historical Perspective », Cooperation and Conflict, vol. 40, n° 1, 2005, p. 91-119.
(4) Chillaud Matthieu, « Les pays nordiques “mentors” stratégiques des États baltes ? », Stratégique, n° 91-92, mars 2008, p. 191-217 (https://doi.org/10.3917/strat.091.0191).
(5) Fouillet Thibault, « La remontée en puissance terrestre des États baltes : mise en perspective opérationnelle », Défense & Industries, n° 16, juin 2022 (https://www.frstrategie.org/).
(6) Soutou Georges-Henri, « XX. Existe-t-il des traditions stratégiques ? L’exemple de la stratégie opérative allemande », in Baechler Jean (dir.), Figures de la guerre, Hermann, 2019, p. 373-398.
(7) Tenenbaum Élie et Péria-Peigné Léo, « Zeitenwende : la Bundeswehr face au changement d’ère », Focus stratégique n° 116, septembre 2023 (https://www.ifri.org/).
(8) Zarobny Stanislaw, « Changes in Polish Strategic Culture in the Context of Challenges and Threats of the 21st Century », Security Dimensions. International and National Studies, n° 34, 2020, p. 122-144 (https://doi.org/10.5604/01.3001.0014.5607).
(9) International Institute for Strategic Studies, Military Balance. « Finland Allocates EUR 1.9 Billion for F-35A Fighters in 2025 Defence Budget », Defence Industry Europe, 27 décembre 2024 (https://defence-industry.eu/f). Szymanski Piotr et Tarocinski Jacek, « Sweden: Reinventing Total Defence and a Proactive Stance in NATO », OSW Centre for Eastern Studies, 18 décembre 2024 ; « Denmark Plans $6 Bln Boost in Military Spending amid Defence Shortcomings », Reuters, 13 mars 2024 (https://www.reuters.com/). Wolff Guntram B., Burilkov Alexandr et Bushnell Katelyn, « Fit for War in Decades: Sluggish German Rearmament versus Surging Russian Defence Production », Bruegel, 2024 (https://www.bruegel.org/).
(10) « Sweden and Lithuania Sign Letter of Intent », 19 novembre 2024 (https://www.government.se/).
(11) Federal Ministry of Defence, « Our Brigade in Lithuania: Pistorius and Kasciunas Sign Mutual Agreement », 16 septembre 2024 (https://www.bmvg.de/).
(12) NORDEFCO, « Vision for Nordic Defence Cooperation (NORDEFCO) » (https://www.nordefco.org/files/NORDEFCO-vision-2030-.pdf).
(13) Otan, « Présence militaire de l’Otan dans la partie orientale du territoire de l’Alliance », 24 septembre 2025 (https://www.nato.int/).
(14) Otan, « Police du ciel de l’Otan », 6 août 2024 (https://www.nato.int/).
(15) Otan, « Exercices de l’Otan », 4 juillet 2023 (https://www.nato.int/cps/fr/natohq/49285.htm).
(16) Knighton Rosie, « What Is the Joint Expeditionary Force? », UK House of Commons Library, 18 décembre 2024 (https://commonslibrary.parliament.uk/).
(17) Majorn Claudia et Mölling Christian, « Le concept allemand de nation-cadre pour une coopération de défense en Europe », RDN, n° 779, 2015, p. 90-95 (https://www.defnat.com/).

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