Deux concepts, la guerre hybride et la défense globale, vont de pair dans le contexte régional et européen. La société mondiale connectée est propice à l’emploi des nouvelles armes de guerre, telles que la cyberguerre, la manipulation et l’agression technologiques récemment encore considérées comme non-militaires. Pour y répondre, une action conjointe, gouvernementale et civile, s’intensifie dans la région baltique, finalement à l’avant-garde de la défense globale de nos sociétés.
La « défense globale » : la résilience des sociétés face à la guerre cyber et hybride
Global Defence: A Resilient Response to Cyber and Hybrid Warfare
In the Baltic region and, more generally, in Europe, the two concepts of hybrid warfare and global defence are closely interwoven. Our interconnected world is a breeding ground for new forms of weaponry such as cyberwarfare, disinformation and other forms of technological agression, until recently considered non-military. In the face of this onslaught, the authorities and civil society have joined forces in the Baltic region to develop common efforts at the forefront of European global defence.
Le concept de la « défense globale », essentiellement dans la région baltique du nord, est un concept historique. L’adhésion à l’Otan des trois pays baltes l’a un peu mis en sommeil avec une certaine délégation de la défense dans les mains des alliés plus grands. La guerre russe contre l’Ukraine et ses menaces contre l’Europe ont bousculé le retour du concept, finalement bien présent dans l’ensemble de la population de la région.
Préparer la défense des populations en la mobilisant
Constitution et développement des infrastructures de défense civiles
Les pays baltiques ont, au fil de leur histoire, constitué un réseau important d’infrastructures de défense militaire à destination des civils. En Suède et en Finlande, les infrastructures de bunkers ont été maintenues à un niveau considérable, rénovées et étendues, pour permettre à terme l’accueil d’une plus grande part de la population pendant une durée de trois jours (contre deux aujourd’hui). La rive sud de la Baltique a pris ces réseaux comme modèle. Ainsi, dans le cadre d’un programme de coopération conjoint Baltic Defense Line, les pays baltes ont investi 60 millions d’euros dans la construction de 600 bunkers supplémentaires. L’Allemagne et la Pologne envisagent également une transformation des espaces en sous-sols existants dans le but de les transformer en abris antiaériens. Pour le moment, le recensement et la rénovation des bunkers déjà existants sont la priorité de ces gouvernements. Néanmoins, le plan polonais Eastern Shield envisage la construction d’une centaine de bunkers sur sa frontière orientale d’ici 2028. À cela s’ajoutent les investissements régionaux et municipaux dans l’ensemble des pays de la Baltique, venant compléter un peu plus le réseau déjà très développé d’infrastructures de défense à l’intention des civils.
Réintroduction de la conscription : réponse et symptôme du retour des tensions militaires
La conscription peut être considérée comme un pilier important et évident de la défense totale. Elle vise à disposer d’une armée nombreuse mais également à préparer l’ensemble des citoyens à une situation de conflit ou de crise, en lien direct avec les armées nationales.
Après la guerre froide, le Danemark, l’Estonie et la Finlande ont été parmi les rares pays européens à maintenir un service militaire obligatoire. Toutefois, le retour des tensions en mer Baltique a incité les États de la région à légiférer pour une réintroduction du service militaire obligatoire (Lituanie en 2015, Suède en 2018, Lettonie en 2023). Aujourd’hui, seules l’Allemagne et la Pologne ne disposent pas d’un service militaire obligatoire, mais les récentes évolutions politiques et géopolitiques semblent montrer une volonté pour ces deux pays de réintroduire la conscription. La réintroduction du service militaire semble due à la perception d’une menace militaire directe. Nous pouvons alors faire une distinction entre la Baltique du Nord (pays scandinaves, Estonie, Lettonie) – qui possède un fort soutien populaire à la conscription et à la volonté individuelle de se battre pour son pays –, la Baltique du Sud-Est (Lituanie et Pologne) – où les sociétés sont pour la conscription mais plus divisés sur la volonté individuelle à se battre pour leur pays – et enfin l’Allemagne – qui dispose d’un fort soutien pour la réintroduction du service militaire mais où 10 % de la population seulement affirme vouloir défendre leur pays en cas de conflit. Cette distinction illustre le fait que si la conscription est un pilier de la défense totale, elle ne peut être l’unique ressort pour développer une capacité civile de résilience face au conflit.
Sensibilisation accrue au rôle des citoyens
Les États ont donc cherché à développer la proactivité des citoyens civils dans la défense nationale, allant dans le sens de la défense totale. Le but recherché est une responsabilisation des civils, c’est-à-dire éviter une panique généralisée de la société, sa désorganisation et des éventuels impacts sur la défense du pays. Pour ce faire, les pouvoirs publics préparent et développent une résilience des civils aux conflits. Les sociétés civiles baltiques cultivent pour la majorité d’entre elles une préparation historique à l’idée de conflit, préparation renforcée par des mécanismes récents visant à remobiliser la population, notamment en l’incluant davantage dans les institutions de défense existantes.
Ainsi, après la nomination d’un ministre de la Défense civile en octobre 2022 et la constitution d’une agence publique centrée sur cette thématique (MSB), le gouvernement suédois a lancé un programme d’impression et de distribution de brochures visant à informer les citoyens sur les comportements à adopter en cas de crises, notamment en cas de guerre. Cette brochure, distribuée à l’ensemble des ménages de Suède, indique que tous les résidents « font partie du dispositif de préparation générale de la Suède aux situations d’urgence » (1). Des programmes analogues ont été déployés dans des formats numériques en Finlande, en Norvège et en Lituanie. Selon la Dr Hanna Ojanen (2), l’objectif est de faire comprendre aux citoyens le nouveau contexte conflictuel qui avoisine leur pays, tout en les incluant dans un rôle au sein de la stratégie de défense au sens large.
La menace cyber
Des cybermenaces accrues
Depuis les années 1990, les pays de la Baltique subissent des cyberattaques régulières de la part de la Russie. Cette dernière a créé des groupes spécialisés dans les cybermenaces tels qu’APT28 (Fancy Bear) et Sandworm. En 2007, les services en ligne de plusieurs ministères estoniens ont été perturbés par une attaque de type DDoS (3). Pendant trois semaines, des institutions, des banques ainsi que des entreprises publiques et privées ont vu leur fonctionnement perturbé. Cette attaque a contribué à une prise de conscience de la vulnérabilité cyber des pays de la Baltique. Cette menace participe à la déstabilisation des sociétés civiles en empêchant le fonctionnement des infrastructures, comme ce fut le cas en 2023 en Lituanie, après l’attaque informatique de la compagnie d’électricité Ignitis par le groupe de pirates informatiques russes Killnet.
Les exemples se sont multipliés depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. En tant que centre logistique d’aide humanitaire et militaire à destination de l’Ukraine, la Pologne est particulièrement visée, comme en témoigne l’attaque de mai 2024 sur l’agence de presse nationale (Polska Agencja Prasowa), qui a entraîné la diffusion d’une fausse dépêche annonçant une mobilisation militaire partielle. De leur côté, la Lituanie et la Lettonie ont subi 14 % des cyberattaques russes entre février et juin 2022. Le Danemark, la Norvège, la Suède et la Finlande représentent 16 % des attaques. Les cyberattaques affiliées à la Russie ne sont pas restreintes dans leurs objectifs ni dans leur fonctionnement.
L’Estonie, pays à l’avant-garde
Après la chute de l’URSS, l’Estonie s’est rapidement tournée vers les nouvelles technologies comme outil d’indépendance et de résilience. En 1996, le Tiger Leap Program (Tiigrihüpe) a été mis en place pour assurer une formation basique aux outils numériques à l’ensemble de la population. Le programme a été prolongé avec le Tiger Leap Plus, tandis qu’en 2007, le gouvernement estonien a publié sa première stratégie nationale de cybersécurité. Enfin, en 2012, le ProgeTiger a été lancé pour former les écoliers aux compétences générales sur la robotique, le codage, la programmation et les nouvelles technologies. En parallèle, le programme IT Academy a vu le jour afin d’améliorer la coopération entre l’État, les entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies et les universités. Cette politique du numérique est une réussite, si bien que l’Estonie est, d’après le Digital and Economy Society Index de l’Union européenne, l’un des pays les plus digitalisés du continent (4). L’Autorité des systèmes d’information, organisme chargé de la politique de cybersécurité, rassemble sept ministères illustrant la diversité des secteurs impliqués. En parallèle, l’Estonie a développé une politique de coopération extérieure dans la cybersécurité. En 2017, une data embassy estonienne a été ouverte au Luxembourg afin de stocker des données hors de son territoire tout en opérant un contrôle juridique. Deux ans plus tard, un département de cyberdiplomatie a été créé au sein du ministère des Affaires étrangères.
L’Estonie fait de la cybersécurité un pilier de sa diplomatie (5) et coopère étroitement avec l’Otan, l’UE et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). L’un des exemples les plus parlants est le système X-ROAD reliant l’Estonie et la Finlande. Les utilisateurs du système X-ROAD partagent un même écosystème, facilitant l’échange de données tout en améliorant la résilience des systèmes d’information. Un organisme spécifique a été créé afin de garantir son fonctionnement : le Nordic Institute for Interoperability Solutions. Les autres pays de la région ont aussi développé des stratégies et/ou des plans afin d’établir une politique de cybersécurité. Ces derniers sont similaires dans leurs objectifs : former la population à la menace cyber, encourager la collaboration entre secteurs privé et public, renforcer les capacités de détection et améliorer la coopération avec l’UE et l’Otan.
L’UE et l’Otan comme instruments d’harmonisation et de coopération
La multiplication des cyberattaques contre les pays de la Baltique et leurs similitudes ont poussé les États à créer des instances de coopération. L’Otan constitue un cadre privilégié via le Centre d’excellence pour la cybersécurité coopérative (CCDCOE) de Tallinn d’autant plus que tous les États de la région sont désormais membres de l’organisation. Les exercices Locked Shields et Cyber Coalition testent régulièrement la résilience des capacités cyber des États. En parallèle, l’UE a entamé un travail d’harmonisation avec la Directive révisée sur la sécurité des réseaux et de l’information (NIS2) (6). Toutefois, certains États dénoncent le caractère contraignant de cette directive, ce qui engendre des difficultés dans sa transposition. La Lituanie, le Danemark et la Suède sont les plus avancés, avec des transpositions attendues d’ici 2025, tandis que la Finlande, l’Estonie et la Lettonie en sont encore au stade d’étude. L’UE a également mis en place, sous l’égide de la Lituanie en 2018, les Équipes de réaction rapide en cybersécurité (CRRT). Ces équipes gèrent et atténuent les cyberattaques, en mettant l’accent sur celles qui sont transnationales. Enfin, le projet de « bouclier cyber » prévoit la création de cinq à six centres opérationnels de sécurité (SoC) utilisant l’Intelligence artificielle (IA) et des supercalculateurs pour contrer les cybermenaces.
En dehors de l’UE et de l’Otan, les pays de la Baltique ont créé leurs propres instances de coopération. En partenariat avec les États-Unis, le Centre national de cybersécurité lituanien (7) a identifié les principales cybermenaces touchant les infrastructures de la région. Le Nordic-Baltic Eight (NB8) (8) se réunit régulièrement pour discuter des questions cyber, tandis que la multiplication d’événements liés à la cybersécurité vise à mobiliser la société civile des pays de la Baltique. Par exemple, le Telia Cyber Battle of Nordic-Baltics 2024, organisé par l’université estonienne de Tartu, est un concours de piratage éthique rassemblant des étudiants des pays nordiques et baltes. L’objectif est de sensibiliser les populations, les entreprises, les universités et les administrations. D’autres événements similaires ont lieu dans les pays baltes, comme en témoignent les conférences CyberChess ou le Tallinn Digital Summit. La prépondérance des États baltes dans la coopération sur le cyber est notable. Les pays baltes sont les plus visés par les cyberattaques, mais également les plus avancés pour y répondre. Ils ont développé une véritable expertise qui sert d’exemple aux autres pays de la région. Toutefois, la coopération représente un défi majeur : chaque pays possède son propre organisme, tandis que les ministères des différents États n’ont pas les mêmes prérogatives (9).
Enfin, les pays nordiques comme le Danemark, la Suède et la Finlande, ont opté pour des mesures plus flexibles, basées sur l’autorégulation et la transparence des plateformes en prenant aussi comme modèle le Règlement [européen] sur les services numériques (DSA). Les pays de la Baltique semblent ainsi être précurseurs quant à la lutte contre la désinformation, du fait des vagues de désinformation massive venant de Russie, ainsi que de la forte digitalisation de ces sociétés.
Les pays de la région ne misent pas seulement sur un encadrement de l’information et sur les partenariats médias–entreprises–administrations, ils cherchent également depuis plusieurs années à sensibiliser individuellement les citoyens en mettant au centre de leur politique de lutte contre la désinformation l’éducation aux médias. Dans l’ensemble des pays, le but est de contrer les vagues de désinformation lancées depuis la Russie et le Belarus (10). Une sensibilisation propre à chaque citoyen est donc nécessaire. L’Estonie et la Finlande ont intégré depuis une trentaine d’années des modules d’éducation aux médias dès l’école primaire, ce qui leur a permis d’être classés parmi les pays les plus résilients face à la désinformation. La Suède et le Danemark ont, quant à eux, lancé des campagnes nationales visant à sensibiliser les populations à l’importance de la vérification des informations en orientant les citoyens vers les partenaires précédemment cités, tandis qu’en Allemagne, des initiatives au niveau des Länder visent à former les enseignants et les journalistes sur ces enjeux.
Manipulation des minorités et guerre hybride
Minorités russophones : une population diverse et une intégration hétérogène
L’espace baltique dispose dans son ensemble de minorités russophones (qualifiées parfois de « minorités russes »), notamment en raison de la domination russe de l’espace baltique, d’abord sous l’empire des tsars, puis sous l’URSS. Cette domination fut accompagnée d’une politique d’émigration de populations russophones (Russes, Biélorusses, Ukrainiens, etc.) que ce soient des ouvriers, des cadres, voire des familles entières d’employés. Cette politique démographique comporte ainsi deux facettes parfois complémentaires : celle d’une émigration de travail (notamment en Pologne et en Allemagne) et celle d’une politique de russification des territoires (comme dans les pays baltes). Enfin, le durcissement des régimes russe et biélorusse depuis les années 2010 et le début de la guerre en Ukraine ont entraîné le départ de réfugiés politiques russes et biélorusses vers les pays de la région. C’est notamment le cas en Baltique du Nord. Les Russophones sont inégalement répartis dans l’espace baltique. On en compte 6 à 7 % en Lituanie, entre 10 et 25 % en Estonie et Lettonie, entre 1 et 2 % en Allemagne, en Suède et en Finlande, et des populations infimes au Danemark et en Pologne.
L’intégration de ces minorités russophones plurielles est aussi diverse. Toutefois, le risque supposé d’une manipulation des minorités russophones a toujours été envisagé par les pays baltes et a conduit à une politique de non-intégration de ces minorités. Encore aujourd’hui, et malgré l’interdiction de médias d’État russes, une grande partie des russophones de la Baltique continuent à s’informer par des médias affiliés au Kremlin. L’influence de la propagande russe constitue une brèche non négligeable dans les efforts de défense civile déployés par les pays baltiques.
Immigration : nouvel outil de déstabilisation russe
L’immigration est devenue pour la Russie et son allié Belarus un instrument de déstabilisation. Sujet sensible dans l’Union européenne, elle divise les États-membres sur la politique à adopter. Moscou et Minsk utilisent la désinformation pour amplifier ou manipuler les récits autour de l’immigration, dans le but de présenter l’UE comme incapable de gérer les flux migratoires et ainsi saper la confiance des citoyens dans les institutions européennes. La Pologne, qui a accueilli le plus grand nombre de réfugiés ukrainiens, est particulièrement touchée par cette désinformation. En Allemagne, l’affaire « Lisa » (11) de 2016 reste un exemple marquant d’une manipulation narrative. Au-delà de la désinformation, la Russie et le Belarus exploitent l’immigration comme un levier d’influence et de pression sur leurs voisins. Les autorités de ces deux pays contrôlent non seulement le nombre de personnes autorisées à traverser les frontières, mais aussi l’identité des migrants et les points de passage.
Contrer la guerre hybride
Pour sa guerre hybride, la Russie a développé des outils d’influence visant à redessiner le paysage politique des pays de la Baltique. Les partis politiques ciblés par Moscou n’adoptent pas systématiquement des positions explicitement pro-russes, mais ils jouent souvent un rôle de perturbateurs au niveau régional et national. L’influence russe s’appuie sur une rhétorique anti-libérale, traditionaliste et antimoderniste pour séduire les mouvements, organisations et partis politiques les plus conservateurs des sociétés visées. La Russie cherche à se présenter comme une alternative crédible à l’Occident dans la gestion des affaires mondiales.
Le premier moyen de contrer l’influence russe sur les partis politiques des pays baltes repose sur l’antécédent historique. Les États baltes considèrent unanimement la période soviétique comme une occupation. Cette perception alimente leur méfiance vis-à-vis de Moscou et renforce leur unité face aux tentatives d’influence russe. Les origines de Kaja Kallas (12), l’actuelle Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, illustrent le traumatisme historique de ces trois pays et leur ressentiment envers la Russie. Il existe des partis politiques perçus comme plus favorables à Moscou, ils sont le plus souvent soutenus par les communautés russophones. Toutefois, les discours pro-russes sont largement marginalisés, à l’instar de la situation en Finlande.
Malgré sa position de neutralité pendant la guerre froide, la Finlande a toujours entretenu une relation complexe avec la Russie, ayant d’abord fait partie de l’Empire russe avant de combattre par deux fois l’Union soviétique durant la guerre d’Hiver (novembre 1939-mars 1940) et la guerre de Continuation (juin 1941-septembre 1944). Aujourd’hui, le discours pro-russe en Finlande est porté par une minorité et reste limité grâce à un consensus historique et sécuritaire. La Dr Hanna Ojanen souligne même que les partis nationalistes finlandais, tout en étant anti-UE et anti-Otan, adoptent également une rhétorique anti-russe. Cette position illustre une forte résilience face aux tentatives d’influence russe (13).
La Pologne partage un contexte historique similaire. Ayant subi plusieurs partitions orchestrées par l’Empire russe et une domination soviétique après la Seconde Guerre mondiale, le pays reste imperméable aux discours pro-russes. Bien que le parti nationaliste Konfederacja reprenne certains narratifs russes, il ne peut être qualifié de résolument pro-russe. L’histoire commune entre la Russie et la Pologne, marquée par des conflits et une méfiance persistante, renforce le consensus autour de l’Otan comme principal garant de la sécurité nationale. Ce consensus est largement partagé par l’ensemble de la classe politique polonaise.
En Suède le parti politique Les Démocrates de Suède, aujourd’hui membre du gouvernement, a longtemps adopté certains éléments du narratif de Moscou avant de condamner fermement l’invasion de l’Ukraine en février 2022. La multiplication des incursions russes dans les eaux territoriales et l’espace aérien suédois a également renforcé la méfiance de la classe politique envers Moscou. La guerre en Ukraine a finalement consolidé le rejet des discours pro-russes par les partis politiques en Suède et au Danemark, tout comme dans les pays baltes.
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Le concept de défense globale, relancé par la guerre en Ukraine, vise à impliquer l’ensemble de la société dans la sécurité nationale, particulièrement dans la région baltique. Pour protéger la population, les pouvoirs publics développent des infrastructures civiles (abris, réseaux logistiques, etc.). La conscription revient également, symbole d’un regain des tensions militaires et d’une volonté de préparer les citoyens à la guerre. De surcroît, la responsabilisation des civils s’intensifie par des campagnes d’information et de formation à la résilience en cas de crise. ♦
(1) Voir Leander Anna, « Chap. 7 - Enduring Conscription: Vagueness and Värnplikt in Sweden 1 », in Joenniemi Pertti (dir.), The Changing Face of European Conscription, Routledge, 2006. Andzans Maris, « The First Year of Conscription in Latvia », Foreign Policy Research Institute, 20 mai 2024 (https://www.fpri.org/). Ministry of Defence of Estonia, « Public Opinion on National Defence 2024 », mai 2024 (https://kaitseministeerium.ee/).
(2) Entretien avec Hanna Ojanen, docteur en relations internationales, présidente d’EuroDefense-Finland, le 3 décembre 2024.
(3) Les Attaques par déni de service distribuée (Distributed Denial of Service) visent à rendre un service en ligne indisponible en le submergeant de trafic malveillant provenant de multiples sources.
(4) Notons que les trois pays baltes sont les plus digitalisés en Europe, selon le rapport de la Commission européenne, Digital Economy and Society Index (DESI), 2022 (https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/desi).
(5) Estonian Ministry of Foreign Affairs, « Välisministeerium, Estonian foreign policy strategy 2030 ».
(6) Parlement et Conseil européens, Directive (UE) 2022/2555 concernant des mesures destinées à assurer un niveau élevé commun de cybersécurité dans l’ensemble de l’Union, modifiant le règlement (UE) n° 910/2014 et la directive (UE) 2018/1972, et abrogeant la directive (UE) 2016/1148 (directive SRI 2), 14 décembre 2022 (https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2022/2555/oj?locale=fr).
(7) Regional Cyber Defence Centre, « Cyber threats to critical infrastructure in the Baltic Sea region », 2024 (https://www.nksc.lt/).
(8) Danemark, Estonie, Finlande, Islande, Lettonie, Lituanie, Norvège et Suède. Réunions au niveau ministériel.
(9) NDLR : Sur ce sujet, voir Blin Victoria, Naceur Yanis et Merer Julian (Viginum), « Lutte contre les manipulations de l’information : la coopération européenne à l’épreuve de l’harmonisation des approches et pratiques », RDN, n° 876, janvier 2025, p. 27-34 (https://doi.org/).
(10) Global Engagement Center (GEC), Les piliers de l’écosystème de désinformation et de propagande de la Russie, Département d’État des États-Unis, août 2020 (https://2021-2025.state.gov/).
(11) En janvier 2016, Lisa F., une adolescente russo-allemande de 13 ans, disparu à Berlin, affirme avoir été enlevée et violée par des migrants syriens, ce qui a provoqué une large couverture médiatique. L’enquête a révélé que son histoire était fausse (elle s’était cachée volontairement), ce qui a conduit à des tensions diplomatiques entre l’Allemagne et la Russie. L’affaire a été instrumentalisée par les médias russes pour alimenter des accusations contre l’Allemagne concernant la gestion des migrants et des réfugiés.
(12) NDLR : Alors Première ministre d’Estonie (2021-2024), elle a révélé en 2022 que son arrière-grand-mère, sa grand-mère et sa mère, âgée de six mois, ont été envoyées en Sibérie lors des déportations soviétiques de l’été 1940 en Estonie (https://www.franceinfo.fr/).
(13) Ojanen H., op. cit.






