L’histoire regorge d’exemples de cultures, de passés et d’héritages communs, et ne saurait être réécrite. Si elle ne se répète pas, elle éclaire néanmoins les tendances traditionnelles de certains peuples à s’allier ou, au contraire, à s’en prendre les uns aux autres. Les pays riverains de la mer Baltique partagent un destin commun forgé par les guerres, les victoires et les défaites, mais ils sont avant tout déterminés à rester unis, tournés vers l’avenir et respectueux de la souveraineté de chacun.
Alliances entre le passé et le présent : la Baltique, un carrefour entre la Scandinavie et l’Europe centrale
Where Past Meets Present: The Baltic, at the Crossroads Between Scandinavia and Central Europe
History is full of examples of common cultures, pasts and heritages, and cannot be rewritten. While history may not repeat itself, it provides insight into the traditional tendencies of certain peoples to be either allies or, conversely, enemies. Europe’s Baltic Rim countries share a common destiny forged by wars, victories and defeats but they are, above all, determined to stand united, future-oriented yet respectful of each other’s sovereignty.
L’Europe est une puissance. Certes, une puissance qui n’arrive pas à se définir vraiment comme telle, ce qui la fragilise incontestablement et l’expose de surcroît à toutes les menaces extérieures confondues. Les tentatives de fragmentation de la communauté européenne surgissent constamment venant de l’extérieur et, malheureusement, de l’intérieur. Cependant, elle dispose d’atouts majeurs pour progresser vers un projet commun. Sa puissance maritime en est un. Renforcer les coopérations dans la Baltique et avec la Scandinavie s’impose comme une nécessité dans le contexte actuel des tensions géopolitiques, mais aussi face aux enjeux économiques et climatiques.
Les alliances dans cette partie de l’Europe remontent à des siècles d’histoire et de cohabitation des peuples. Elles resurgissent constamment d’un terreau historique. À titre d’exemple, le Norden au XIVe siècle (1) ou la Fédération Baltique (Foederatio Balticae) au XVIe siècle (2) ou encore la Baltoscandie au début du XXe siècle (3). Dans les années 1920, l’idée de la Fédération d’entre-deux-mers fut proposée par le général polonais Jozef Pilsudski. En revanche, après la Seconde Guerre mondiale, les pays de la région s’organisent dans différentes assemblées, conseils, associations des États : Conseil nordique, Assemblée balte, Conseil des États de la mer Baltique, Initiative des trois mers, etc. L’ensemble de ces initiatives contemporaines renforcent la coopération régionale, mais aussi européenne. Leur importance s’accroît et leur dynamique attire de nouveaux États européens. L’Allemagne, grâce à son histoire, accélère sa présence dans la région. La Pologne lui emboîte le pas et y perçoit parfaitement un potentiel économique et sécuritaire. La France participe de plus en plus aux projets baltes et nordiques (4).
Histoire lointaine et rebondissements actuels
Quelques éléments historiques, sans conteste fragmentés, illustrent les dynamiques des relations entre les peuples nordiques et baltes. La Préhistoire contient des éléments qui concordent avec la géopolitique mais aussi avec l’héritage culturel commun (5), comme les grandes dalles incisées ou des rites et des fêtes de solstices, l’héritage des Vikings qui ont ouvert l’Europe à une modernité certaine et formé un courant important de l’histoire occidentale (6). La nostalgie du passé demeure aussi chez les Nordiques et depuis le haut Moyen-Âge. Les œuvres préhistoriques témoignent d’une communauté et d’une circulation notable dans la région, qui progressent encore dans les siècles suivants. Les retables en bois sculpté, les rites ancestraux transmis par la sculpture, le dessin, la musique, la danse, la culture populaire avec son mélange singulier de tradition païenne et de christianisme (7), les liens entre l’art des Vikings (mythologie, sagas) et les récits inscrits sur les portes des églises scandinaves ne sont que quelques éléments d’un héritage commun en circulation.
Les expansions des Scandinaves vers l’Europe orientale sont à l’origine de l’apparition des entités politiques modernes, telles que le duché de Novgorod ou plus encore la Rus’ de Kiev (8). Il faut nuancer ces liens et influences entre la Suède-Rus’, Livonie-Danemark, Pologne-Allemagne, etc. Les circuits et les vecteurs d’influence ne sont pas les mêmes. Toutefois, on y retrouve les proximités qui forment une particularité de la région (9).
Ces liens historiques avec la Scandinavie ressurgissent dans les grands narratifs nationaux, largement exploités par la politique et la propagande contemporaines. Ainsi, le narratif russe révisionniste met en lumière les conquêtes des tsars dans la Scandinavie. Le narratif ukrainien, quant à lui, met en exergue la culture politique commune avec les pays scandinaves : la loi maritime, la loi de commerce (10), les guildes ou encore la loi des cités. La loi allemande qui se diffuse dans cette partie de l’Europe unira l’Europe centrale et celle du Nord par l’adhésion des cités au droit de Magdebourg, une unité capitale dans la gouvernance, les lois, le développement urbain, l’administration, la structuration des populations avec des droits et des devoirs (11).
Dans le narratif historique, le royaume de Suède occupe une place marquante. Puissant empire de l’Europe moderne, son rôle dans l’histoire européenne est sans cesse revisité. Grand admirateur d’Ivan le Terrible et de Pierre le Grand, le président Poutine fait des excursions historiques et rappelle les conquêtes nordiques de la Russie des tsars. La Pologne met en avant son rôle dans la grandeur du Royaume de Suède. En Ukraine, on revisite les liens historiques, certes la défaite de Poltava, mais surtout l’aspiration du peuple ukrainien à l’indépendance vis-à-vis de la Russie.
Les lois communes : un voyage dans l’histoire
Dans le discours historiographique, le XVIe siècle ouvre une page moderne de l’histoire de la région. En effet, l’Union de Lublin de 1569 figure au centre de la composition historique de la région comme date de constitution d’un État fédéral qui embrassait un territoire allant jusqu’au Dniepr. Il s’agit du territoire actuellement biélorusse et ukrainien. De surcroît, l’acte constitutif de l’Union fut signé en majeure partie par la noblesse venant des terres orientales incluant la République cosaque. D’ailleurs, l’adhésion de l’élite cosaque a scellé le principe fédération pour cette union. À l’époque, l’armée cosaque composait la première force militaire de cette fédération. L’Union de Lublin intégrait des territoires au-delà de Kiev et harmonisait un système politique et juridique.
Cependant, la présence des élites ruthènes dans l’Union (Rzeczpospolita) n’exclut pas pour raccorder l’histoire ukrainienne à l’héritage commun polonais et lituanien, voir plus largement européen. C’est aussi la question de la loi commune des cités et des premières constitutions de l’Europe moderne qui occupe de plus en plus l’intérêt de la communauté des historiens centre-est européens. Il s’agit en premier lieu de la question du droit de Magdebourg, mais aussi du premier Code constitutionnel de l’Union. En effet, même avant la formation de l’Union, ce Code appelé le Statut du Grand-Duché de Lituanie (12) (1529, 1566, 1588) a régi le territoire lituanien, inspiré des lois communes des territoires ruthènes (13). Le deuxième Statut se base, en très grande partie, sur les codes des lois réunis dans Russka Pravda, la législation répandue sur les terres de l’actuelle Ukraine. Les récentes recherches historiques démontrent combien cette culture juridique commune a forgé une communauté d’esprit (14) de l’époque et, par ailleurs, donné une référence commune pour des mouvements modernes et démocratiques des pays concernés (15).
Quant au droit des cités, appelé le droit de Magdebourg, dès les XIVe et XVe siècles, il a été adopté progressivement dans les villes ukrainiennes. L’expansion de la culture européenne en Ukraine est allée de pair avec le développement du réseau universitaire sur ces territoires et la carte de la progression de ce droit des cités. C’est en effet ce droit qui se trouve à l’origine des formations civiles et urbaines dans cette région de l’Europe. Depuis le XIVe siècle, le droit de Magdebourg a été progressivement adopté à Sianok (1339), Lviv (1356), Kaminets-Podilsky (1374), Lutsk (1432), Kiev (1497), etc. Ce droit des municipalités fut à l’origine de la formation nationale ukrainienne, distincte des cités russes sujettes à une autre réalité juridique. Le phénomène de Maidan est étroitement lié à la culture d’expression par les citoyens de leur volonté de protester contre les décisions politiques ou administratives. Depuis plusieurs siècles sur les territoires ukrainiens cet esprit des communes, conseils des villes et des villages, les prises de décisions au niveau local et l’esprit de décentralisation ont participé à la formation d’une identité propre.
Ce passé commun avec un système juridique et social proche, le développement du réseau universitaire (16), le système militaire et le rôle de la noblesse établie sur ce territoire vaste constituent des éléments clés dans la formation des États modernes. Après la chute du communisme, c’est de ce milieu que sera issue une partie de la nouvelle élite démocratique. L’underground transformait cette inspiration occidentale, américaine ou européenne, se l’appropriait pour faire de la musique et plus largement de l’art un instrument politique de résistance, mais aussi de l’appartenance à l’Occident et à ses valeurs (liberté, droit de l’homme, diversité, ouverture à l’autre, liberté d’expression).
La Révolution chantée et la diplomatie culturelle de temps de guerre
« De la résistance sonore à la diplomatie musicale dans l’Ukraine en guerre, projet TENDEM porté par le Cefres (Centre français de recherches en sciences sociales) à Prague, consacré à la dimension musicale de la résistance ukrainienne (…) Le chevauchement entre la production musicale et la résistance politique a toujours été révélateur de la sphère publique ukrainienne : de l’underground musical de la fin de l’ère soviétique aux chansons emblématiques codifiant les significations fondamentales des manifestations de masse. En co-imaginant à l’unisson des imaginaires souverains orientés vers l’avenir et en les rendant audibles, les gens se manifestent en tant que citoyens souverains et créent des liens affectifs transfrontaliers entre eux et des personnes qui sympathisent avec leur cause. Il est important de noter que, par la même occasion, ils préfigurent et font émerger une nouvelle réalité politique », – ce projet a mis en avant l’importance des alliances culturelles tout particulièrement dans le contexte de la guerre russe contre l’Ukraine.
Ce débat, commencé par une communauté internationale de chercheurs, a fait apparaître la place capitale de la culture dans le combat pour la souveraineté, l’indépendance et la défense des valeurs communes. Les axes des relations se multiplient sur ce front. La proximité des peuples centre-est européens s’y manifeste via la musique, l’opéra, le théâtre, le chant qui forment somme toute une ligne du combat. La musique populaire patriotique animait les militaires et les civils en Ukraine au moment de l’invasion russe en février 2022. Pour résister à l’oppresseur, les Ukrainiens ont sorti des armes et les partitions. Sur la place devant la cathédrale Sainte Sophie à Kiyv on chantait les cantiques de Noël du XVe et du XVIe siècles, restaurés grâce aux recherches de l’archéologie musicale. On se rappelait ce passé, certes nostalgique et romantique, de la gloire de l’Ukraine cosaque ou celle conservée dans la tradition populaire. Des expositions se multipliaient pour rappeler la culture moderne ukrainienne pillée par le communisme et que la Russie s’approprie. Des chercheurs, de l’Ukraine jusqu’à la Baltique, remettent en scène l’œuvre et la circulation des artistes modernes venant de cette région, ce que le narratif russe a englobé dans sa politique culturelle : Chagall, Delaunay, Exter, Malévitch, la liste est particulièrement longue.
Ce renouveau culturel renforce la résistance ukrainienne et mobilise la population balte, centre-européenne et ses voisins. De surcroît cet esprit de résistance par la culture s’inscrit dans une longue histoire de la région.
En Estonie, Lituanie et Lettonie, la période 1987-1991, qui verra la restauration de leur indépendance, est appelée « Révolution chantée », un terme inventé par Heinz Valk lors du Tallinn Song Festival Grounds pour désigner « la nuit du chant en masse » (10-11 juin 1988). Plus tard, la députée européenne Sandra Kalniete décrit la Révolution chantée dans un ouvrage, qui est son journal personnel (17). L’auteure illustre comment le chant, mobilisé dans les festivals populaires, est devenu un vecteur puissant de conscience collective et d’affirmation nationale. Les chants patriotiques sont devenus des actes de résistance symbolique, ancrés dans une tradition culturelle profonde. Sandra Kalniete décrit la transition de l’individualisme à la mobilisation collective. Elle analyse l’évolution lente – puis rapide – des hésitations à l’engagement massif. Ce processus a été marqué par des prises de conscience individuelles qui se sont cristallisées en une mobilisation populaire inédite. La Révolution chantante s’inscrit dans une stratégie de résistance innovante : c’est une révolution sans armes, où la culture, le chant et l’histoire partagée ont servi d’armes morales pour défier le régime soviétique. Dès 1987, en effet, le festival de musique rassemble plus de trois cent mille Estoniens à Tallinn pour chanter des chansons et des hymnes strictement interdits. C’est bien un mouvement de rébellion.
Détournement de sens également en Tchécoslovaquie, où le mouvement de résistance de 1968 choisit pour nom celui d’un festival de musique créé en 1946 : « Printemps de Prague ». En Pologne, « Automne de Varsovie », créé en 1956 par les compositeurs Tadeusz Baird et Kazimierz Serocki, devient un rendez-vous artistique majeure. De surcroît, le festival a constitué un véritable pont culturel entre l’Est et l’Ouest, permettant aux publics du bloc de l’Est d’accéder à la musique d’avant-garde occidentale. En Hongrie, le ministère de la Culture reprend le nom les manifestations de 1989, « Cérémonie des adieux », pour baptiser un festival de musique. Ces entreprises artistiques, lieux de création et de dialogue, symbolisent, dès leur fondation, la modernité et l’appartenance à la culture européenne des pays d’Europe centrale.
La révolution chantante lettone est devenue le symbole d’un choix identitaire européen engagé. Elle a exclu la violence mais a farouchement exigé le respect du droit inaliénable d’un peuple à décider de son destin. La paix et la liberté mises en avant ont marqué l’attachement aux droits fondamentaux inscrits dans le code génétique européen. La défense de ces valeurs civilisationnelles se traduit par un engagement sans faille de ces trois pays, notamment dans les opérations militaires extérieures européennes. Le 23 août 1989, deux millions d’Estoniens, Lettons et Lituaniens ont formé une chaîne humaine de 600 km pour condamner le passé soviétique et exprimer l’espoir futur. Appelée « Voie balte », cette manifestation symbolise le choix profond des trois pays, inscrit dans les vers écrits pour l’occasion Les pays baltes se réveillent.
Dès l’agression russe, les trois pays baltes et ses populations se sont sentis particulièrement proches de l’Ukraine. Des artistes se sont alors mobilisés pour incarner cette unité des peuples unis par la culture et par l’histoire.
Quant à la Finlande, l’un des premiers pays qui a reconnu l’indépendance de l’Ukraine en 1918, puis en 1991, elle avait aussi affronté l’agresseur russe, elle a été également à l’avant-garde du soutien et de l’unité avec l’Ukraine. L’histoire traumatique finlandaise rejoint celle de l’Ukraine : une agression et une menace constante venant du voisin oriental, un esprit de résistance et de combat, une culture d’indépendance à défendre sans cesse et une notion de défense globale intégrant l’ensemble de la nation.
En guise de conclusion
Ces quelques éléments historiques restent à développer et à observer. Notre intention ne dépasse pas cette modeste volonté d’attirer l’attention du lecteur et de l’inciter à s’intéresser à cette région et à sa dynamique. Les alliances, historiques ou actuelles, ne cherchent pas à créer une sphère d’influence, mais à mutualiser les moyens et à fédérer les peuples qui ont un héritage commun à défendre. Pour conclure, citons une partie du discours prononcé le 24 février 2025 par le président de la République de Finlande, Alexander Stubb, s’adressant au Parlement ukrainien :
« Nous avons 1 340 km de frontière avec la Russie. En novembre 1939, la Russie nous a attaqués sans aucune provocation. Nous avons mené deux guerres existentielles contre elle. La première, la guerre d’Hiver, n’a duré que 105 jours et nous avons pu tenir le front. La seconde, la guerre de Continuation, a duré près de 1 100 jours. Et c’est ce que vous vivez actuellement. Pour moi, cette guerre concerne essentiellement l’existence de la nation ukrainienne et cette nation repose sur un triangle. Et ce triangle, nous pensions qu’il serait respecté depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale. Lors de la Seconde Guerre mondiale, la Finlande a dû accepter la paix avec Staline. Et je suis sûr que nous devrons accepter la paix avec Poutine. Mais la paix que nous avons acceptée ne reposait que sur un seul des trois principes de l’État : l’indépendance.
Nous étions le seul pays frontalier de l’Union soviétique à avoir pu conserver une véritable indépendance, mais nous avons perdu notre souveraineté. Nous ne savions pas à quel club adhérer. Nous n’avons pu rejoindre l’UE qu’en 1995, après l’effondrement de l’Union soviétique. Et nous avons perdu 10 % de notre territoire, y compris les régions où mes grands-parents et mon père sont nés. Si je dis cela, c’est uniquement parce que le soutien que vous constaterez de la part du public finlandais, et je pense de tous ceux autour de cette table, est un soutien identitaire et historique (18). » ♦
(1) Voir entre autres publications Simoulin Vincent, « La dynamique de la coopération nordique : Norden, Baltikum, Barents », Revue française d’administration publique, n° 79, juillet-septembre 1996, p. 553-563 (https://www.persee.fr/doc/rfap_0152-7401_1996_num_79_1_3070) ; et du même auteur, La coopération nordique : L’organisation régionale de l’Europe du Nord depuis la tentative autonome jusqu’à l’adaptation à l’Europe, L’Harmattan, 1999, 320 pages.
(2) Un projet d’union entre le Royaume de Suède et la République des Deux Nations [Pologne et Lituanie] qui s’étendait jusqu’à la mer Noire.
(3) Le concept développé par Kazys Pakstas, géographe lituanien, a inspiré la politique nordique de la Lituanie après l’indépendance.
(4) Malheureusement, cette coopération n’est pas encore suffisante et la connaissance des pays de l’Europe baltique et nordique reste sporadique. La France compte encore très peu de chercheurs sur la région.
(5) À titre d’exemple, évoquons la proximité de la Scandinavie et de la Baltique avec la Grande-Bretagne. La Scandinavie ne fait qu’un avec la Grande-Bretagne jusque vers 6 000 ans avant notre ère. Ensuite, sur les terres scandinaves surgit la culture Klosterlund (Danemark, Jylland), Fosna (Norvège, près de Kristiansund) et de Komsa (Norvège, Finnmark), dont les équivalents sont nombreux en Allemagne, Grande-Bretagne, Russie. Voir Boyer Régis, Jeannin Pierre et Gravier Maurice (dir.), Mers du Nord et Baltique. L’héritage de l’Europe du Nord, Flammarion, 1981, 254 pages.
(6) Voir notamment, Coviaux Stéphane, La fin du monde viking, Passés/composés, 2019, 365 pages.
(7) « En bordure et au-delà de la Pologne chrétienne, chez les peuples baltes dont le paganisme oppose une résistance coriace, les opérations prennent l’ampleur meurtrière de croisades auxquelles accourent épisodiquement des chefs suédois, sur la lancée d’expéditions analogues en Finlande, et plus massivement les forces danoises. Afin de poursuivre en Livonie cette âpre lutte, l’évêque Albert crée en 1202 l’Ordre des Chevaliers Porte-Glaive, absorbé en 1236 par l’Ordre Teutoniques que le duc de Mazovie, en 1222, avait appelé à la rescousse contre le peuple habitant la Prusse germanique », in Boyer R., Jeannin P. et Gravier M. (dir.), Mers du Nord et Baltique, op. cit. p. 118.
(8) « À l’est, un processus identique, les Suédois qui se sont installés à Novgorod et Kiev et ont constitué de ces villes deux royaumes, “rus”, s’ils donnent bien à ces États une dynastie scandinave, vont se laisser peu à peu absorber par les populations autochtones. Après Helgi-Oleg, puis Ingvarr-Igor, le fils de ce dernier Sviatoslav, laisse à ses deux fils, Valdimarr-Vladimir et Jaropolk, respectivement l’État de Novgorod et celui de Kiev. Vladimir le Grand, après avoir fait assassiner Jaropolk, régnera seul, de 980 à 1015, sur les deux territoires. Souverain intelligent, d’une rare énergie, converti au christianisme et appliquant une politique unificatrice d’un grand discernement, il mourra en odeur de sainteté. Son fils, Jaroslav (1019-1054), héritera de ses qualités. Mais s’il pacifie ses États (…), la fin de son règne marque en fait la fin de la probable influence scandinave sur le monde slave, par assimilation totale. Ici comme ailleurs, les Nordiques auront été responsable de mise en ordre et des facteurs d’éclosions », Mers du Nord et Baltique, op. cit., p. 100.
(9) Un débat des historiens contemporains porte également sur le rôle des Scandinaves avec Byzance et Rome, ainsi que le rôle des peuples de l’Europe centrale dans ces circulations.
(10) Loi de commerce venant de Lübeck et de Livonie.
(11) Au XIIIe siècle, les villes continentales baltiques adoptent la loi allemande.
(12) Les dénominations historiques restent parfois difficiles à traduire dans le langage contemporain, mais nous pouvons assimiler le Code à des premières constitutions en Europe.
(13) Actuelles Biélorussie, Ukraine et une partie de Pologne.
(14) « La communauté d’esprit », notion contemporaine répandue, est une expression-clé de l’œuvre de Milan Kundera, bien qu’elle ne soit pas un concept systématiquement défini dans un seul passage de son œuvre. Elle apparaît dans plusieurs de ses essais – notamment dans L’Art du roman et Les Testaments trahis – et renvoie à une forme d’union spirituelle ou intellectuelle entre les êtres humains, fondée sur la sensibilité, la mémoire, la culture et la compréhension du monde, plutôt que sur la nation, la religion ou la politique. « L’Europe n’est pas une somme d’États, mais une communauté d’esprit, née de l’aventure de l’art européen. », écrit Kundera dans Les Testaments trahis, Gallimard, 1993.
(15) Évidemment, la Biélorussie qui a conservé la continuité du pouvoir depuis la période communiste ne se réfère pas à ces valeurs communes, sauf au sein de l’opposition et de la communauté scientifique, souvent en exil.
(16) Voir Kaniv (de) N., « L’Université européenne : universitas et l’esprit européen », in Kaniv (de) N. et Bellouard Patrick (dir.), Souveraineté et solidarité, un défi européen, Édition du Cerf, 2021, p. 241-249 ; Kaniv (de) N., « Université », in Delsol Chantal et Nowicki Joanna (dir.), La Vie de l’esprit en Europe centrale et orientale depuis 1945, Dictionnaire encyclopédique, Éd. du Cerf, 2021, p. 522-526.
(17) Voir Kalniete Sandra, Chantons la Liberté : la Révolution lettone et la chute de l’empire soviétique, trad. Ansis Reinhards, Éd. Lasitava, 2019, 703 pages.
(18) Stubb Alexander, « Address by President of the Republic of Finland at the Support Ukraine plenary session in Kyiv », Ukraine, 24 février 2025 (https://www.presidentti.fi/).






