La guerre de Six jours (I)
La « guerre de six jours », ainsi appelle-t-on en Israël, non sans quelque fierté, le troisième conflit armé israélo-arabe qui, tout comme ceux de 1948 et de 1956, a pris fin sur la victoire militaire de l’État hébreu. Il ne manque pas d’admirateurs inconditionnels de ce pays pour conclure, devant une telle répétition de succès, à une sorte de miracle.
Chez les Israéliens eux-mêmes, dont la conscience collective reste profondément imprégnée de religiosité, le sentiment d’une protection divine particulière — ce qu’on pourrait appeler chez leurs adversaires arabes la baraka, au sens religieux du terme — s’il n’est pas exprimé, n’en existe pas moins à l’état diffus et il a certainement sa place dans la satisfaction et le contentement de soi qu’ils ont peine à dissimuler. Quant aux Arabes, ils savaient certes, au moins à l’échelon des dirigeants, qu’ils n’étaient pas prêts à affronter victorieusement Israël, quel que fût l’effet d’aveuglement produit par les fanfaronnades guerrières ; mais ils ignoraient à quel point c’était vrai et la stupeur le disputa à l’humiliation après cette troisième défaite rapide et brutale. On ne s’est pas suffisamment avisé que l’accusation lancée contre les Anglo-Saxons d’avoir participé aux combats trouve son explication peut-être moins dans une mauvaise foi unanimement dénoncée que dans une incrédulité totale devant la surprenante efficacité de l’adversaire.
Y a-t-il donc un miracle, et comment a-t-il pu se répéter avec une telle continuité en faveur des Israéliens ? C’est ce que l’on peut essayer de découvrir en étudiant la façon dont les choses se sont passées. Certes, une telle étude, qui vient sans doute à un moment mal choisi, risque de paraître relever de la présomption ou de la naïveté, car il est à la fois trop tôt et trop tard pour faire œuvre utile. Il est trop tôt, en effet, si l’on considère que beaucoup d’informations nécessaires, en particulier sur le plan militaire, nous font défaut. Les protagonistes eux-mêmes, d’ailleurs, n’ont pas encore livré le résultat de leurs propres études, si tant est qu’ils aient eu le temps de tirer toutes les leçons de leur affrontement — ce qui est douteux — et qu’ils songent à révéler le résultat de leurs travaux. Il est trop tard, par contre, si l’on songe à la masse des récits, d’analyses et de commentaires que le conflit a inspirés et dont le dépouillement même partiel laisse l’impression décourageante que tout a déjà été dit. Aussi l’ambition devra-t-elle se borner, sans prétendre dévoiler des choses inédites, à mettre en ordre un certain nombre d’idées et d’enseignements à retenir de la « guerre de six jours ».
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