Marine - États-Unis : le projet de budget de la Marine 1977 - France : sorties d'hiver des escadres ; première manifestation navale commémorant le bicentenaire des États-Unis - Grande-Bretagne : commande de nouveaux navires - Sénégal : situation de la Marine
États-Unis : le projet de budget de la Marine 1977
Le président Ford a présenté le 21 janvier 1976 au Congrès son projet de budget fédéral pour l’exercice fiscal 1976-1977, l’année budgétaire américaine commençant désormais le 1er octobre.
Les crédits demandés se montent à :
– 394 milliards de dollars de crédits de paiement (outlays) ;
– 433 Md $ d’autorisations de programme (TOA).
Les prévisions de dépenses pour la défense s’élèvent à :
– 101 Md $ de crédits de paiement ;
– 112 Md $ d’autorisations de programme.
Pour la première fois, le budget militaire dépasse les 100 Md $ ; il représente 5,4 % du PNB et 25,4 % du budget fédéral contre respectivement 5,7 % et 24,4 % en 1976. En termes réels, il est donc en léger accroissement sur celui de l’exercice précédent mais ce qui le caractérise, c’est l’accent mis d’une part sur l’équipement des armées (23 % du budget) – notamment pour la marine – et, d’autre part, sur la recherche et le développement (12 % du budget).
Ce budget permettra d’entretenir :
– 544 000 officiers et marins, soit 12 000 de plus qu’en 1976 ;
– 196 000 officiers et soldats du Marine Corps.
La flotte active et le Marine Corps comprendront :
– 41 sous-marins nucléaires stratégiques [NDLR 2024 : SNLE] porteurs de 656 missiles Polaris ou Poseidon ;
– 13 porte-avions ;
– 70 Sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) ;
– 188 autres bâtiments de combat ;
– 64 navires amphibies ;
– 13 Navy Attack Wings (formations embarquées sur porte-avions) ;
– 3 Divisions du Marine Corps ;
– 3 Marine Corps Wings (aviation du Marine Corps).
Le programme de constructions neuves s’élève à plus de 6 Md $, ce qui représente presque le double de la somme votée par le Congrès au titre de l’année fiscale 1976.
Il prévoit la commande de (coût en millions $) :
– 1 SNLE Trident : 791,5.
– 3 SNA : 958,7.
– 1 destroyer lance-missiles (DDG47) : 858,5.
– 8 frégates FFG (ex-Patrol Frigates) : 1 179,5.
– 1 bâtiment base de destroyers (AD) : 260,4.
– 1 bâtiment base de sous-marins (AS) : 260,9.
– 1 pétrolier ravitailleur d’escadre : 102,3.
– Divers bâtiments de servitude : 13,5
Soit un total de 4 425,3.
À ce total, il faut ajouter les crédits pour les approvisionnements à longs délais nécessaires au lancement du prototype du programme Strike Cruiser (CSGN), soit 170 M $, et ceux que la Navy sollicite pour pallier les effets de l’inflation sur les constructions autorisées au cours des années précédentes, provisions qu’elle évalue à 1 694,2 M $. Dans leur ensemble donc, les crédits pour les constructions neuves se montent à 6 289,5 M $. À ce dernier chiffre, il convient d’ajouter les 2 Md $ demandés pour les réparations, carénages et refontes.
À titre de comparaison, les autorisations de programme des deux exercices précédents étaient les suivantes :
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FY 1975 (obtenu) |
FY 1976 (obtenu) |
FY 1977 (demandé) |
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- Constructions neuves |
3 059 |
3 853 |
6 289 |
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- Réparations, carénages, conversions, refontes |
1 557 |
1 882 |
2 000 |
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4 616 |
5 735 |
8 289 |
Contrairement aux Fiscal Years précédentes, ce projet de budget ne prévoit aucun crédit pour la construction d’hydroptères lance-missiles. En fait, ce programme qui porte sur un total de 30 unités dont 8 ont déjà été autorisées, semble avoir du plomb dans l’aile. Il coûte en effet beaucoup plus que prévu ; c’est ainsi que les sommes votées en FY 1973 pour les 2 premières unités PHM 1 Pegasus et PHM 2 Hercules n’auraient pas suffi à payer en totalité le Pegasus, ce qui fait que l’achèvement de son sistership a été reporté à des jours meilleurs.
Les fonds pour le futur porte-avions nucléaire qui doit remplacer le Forrestal au début des années 1980 ne sont pas programmés au budget, aucune décision n’ayant encore été prise quant à la taille et à l’importance du navire. Trois concepts sont en discussion : porte-avions de 50 000 tonnes, de 70 000 t ou bâtiment de 90 000 t semblable au Nimitz, récemment entré en service, mais avec quelques équipements en moins pour en diminuer le coût ; c’est d’ailleurs ce dernier projet qui a les faveurs de la Navy. Quoi qu’il en soit, cette décision devra être prise très bientôt si l’on souhaite que ce bâtiment soit prêt à temps pour relever le Forrestal. Quand cette décision sera prise, un complément budgétaire sera proposé au Congrès. Le plan prévoit l’inscription du premier de ces porte-avions à la FY 1979 et celle du second à la FY 1981.
Par contre, deux bâtiments nouveaux figurent au projet de budget FY 1977 :
– le Strike Cruiser dont on se souvient que le Congrès avait refusé, au titre de la FY 1976, les premiers crédits demandés par la marine sous prétexte que l’étude de ce bâtiment ne lui semblait pas assez mûre pour lancer les premiers investissements ;
– le destroyer lance-missiles DDG47. Ce dernier bâtiment sera en fait la version antiaérienne des grands destroyers anti-sous-marin (ASM) de 7 900 t de la classe Spruance en service, achèvement à flot ou sur cale (30 exemplaires prévus au total). Il sera armé du Harpoon anti-surface et du système Aegis de défense aérienne.
Le SNLE type Trident sera la cinquième unité de ce type. Les crédits demandés pour sa construction comprennent également les fonds d’avance nécessaires aux 3 bâtiments suivants ; le SSBN726 Ohio, prototype de ces sous-marins de 18 000 t porteurs chacun de 24 missiles de 4 000 nautiques de portée, sera mis en chantier le 10 avril prochain à Groton.
Après révision, ce programme qui prévoit la construction d’une première tranche de 10 sous-marins, sera financé selon le calendrier suivant :
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FY 1974 |
FY 1975 |
FY 1976 |
FY 1977 |
FY 1978 |
FY 1979 |
FY 1980 |
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SSBN726 Ohio |
SSBN 727 SSBN 728 |
SSBN 729 |
SSBN 730 |
SSBN 731 SSBN 732 |
SSBN 733 |
SSBN 734 SSBN 735 |
Mais d’ores et déjà, il est envisagé de construire au titre de la FY 1981 une 11e unité de ce type.
Les 3 SNA inscrits au programme seront les 29e, 30e et 31e de la série SSBN688 Los Angeles. Ce sous-marin de 6 900 t et plus de 35 nœuds en plongée sera doté de la torpille filoguidée MK48, du Sub Harpoon (version encapsulée et lançable en plongée du Harpoon anti-navire des bâtiments de surface) et du nouveau sonar multifonctions AN/BQQ 5 intégré qui en feront un sous-marin d’attaque sans équivalent dans aucune autre marine.
Le projet de budget de la Marine pour 1977 prévoit 3,03 Md $ pour l’acquisition de 221 avions et hélicoptères pour l’aéronautique navale. La commande la plus importante concerne l’intercepteur tous temps Grumman F-14 Tomcat (694 M $). Des crédits sont aussi prévus pour la fabrication de deux nouveaux types d’appareils COD (Carrier Onboard Delivery) US-3 qui sera un dérivé de l’avion ASM S-3A Viking et un hélicoptère de transport lourd, le Sikorsky CH-53E King Stallion, pour le Marine Corps.
Pour ce qui concerne enfin les armes, 2,24 Md $ sont demandés pour financer notamment la fabrication des systèmes Trident, Sparrow, Sidewinder, Phoenix, Condor (en nombre limité) et Harpoon (ce dernier en cours d’évaluation opérationnelle). Des fonds d’avance sont ainsi prévus pour le système d’artillerie de défense antiaérienne très rapprochée Phalanx et le développement d’une nouvelle torpille dérivée de la MK.46 ASM présentement en service.
France
Sorties d’hiver des escadres
Du 9 février au 21 mars 1976, le croiseur lance-missiles Colbert, la frégate ASM Tourville, la corvette Aconit et le pétrolier ravitailleur d’escadre La Saône, ont effectué sous les ordres du vice-amiral de Gaulle, commandant l’escadre de l’Atlantique, une mission de présence en Atlantique Nord, mers du Nord et Baltique. Au cours de cette sortie, les exercices à la mer, effectués souvent par très mauvais temps, ont alterné avec des escales à Bergen (Colbert), Trondheim (Aconit, La Saône), Kiel (Tourville), Hambourg et Amsterdam (Colbert, Aconit).
Répartis en plusieurs groupes, les bâtiments de l’Escadre de la Méditerranée, de leur côté, ont eux aussi effectué en février et mars une mission de présence en Méditerranée Orientale. À cette occasion, le porte-avions Clemenceau, portant la marque du contre-amiral Menettrier, commandant les porte-avions et l’aviation embarquée, et l’escorteur d’escadre Jauréguiberry ont, du 13 au 18 février, séjourné à Istanbul.
Quant aux autres navires de l’escadre, c’est-à-dire les escorteurs rapides Le Provençal, Le Vendéen, Le Béarnais, le pétrolier ravitailleur La Seine, le bâtiment logistique Rhin et le sous-marin Amazone, sous les ordres du contre-amiral Robin, commandant l’escadre de la Méditerranée à bord de l’escorteur lance-missiles Duperré, ont, après avoir effectué des exercices, fait escale dans plusieurs ports méditerranéens et notamment à Izmir et Salonique.
Par ailleurs, l’escorteur d’escadre La Bourdonnais et l’escorteur rapide Le Picard, appartenant, le premier aux forces de Méditerranée et le second à celles de l’Atlantique, ont quitté la métropole vers la mi-février pour une mission de présence dénommée « Sargasses » en Atlantique Sud et aux Antilles. Ils doivent rallier la métropole le 20 mai.
Première manifestation navale commémorant le bicentenaire des États-Unis
Il y a bientôt deux siècles, le 14 février 1778, John Paul Jones, l’un des premiers officiers de la marine « insurgente », commandant le Ranger qui battait pavillon des États-Unis d’Amérique saluait, au large de Quiberon, l’escadre de Lamotte-Picquet, lequel répondait à ce salut. La France fut ainsi la première puissance étrangère à reconnaître la bannière étoilée, nouvel emblème national adopté le 14 juin 1777 par le Congre américain.
Pour commémorer cet événement, une brève cérémonie s’est déroulée le 13 février 1976 en rade de Brest. L’escorteur d’escadre Dupetit-Thouars a répondu, par les 9 coups de canon qui étaient réglementaires au temps de la marine royale pour saluer une République, aux 13 coups tirés par les frégates américaines Valdez et Jesse L. Brown, comme l’avait fait autrefois le Ranger pour rendre honneur au pavillon du roi.
Grande-Bretagne : commande de nouveaux navires
Le gouvernement britannique a récemment autorisé la Royal Navy à commander un second croiseur ASM à pont continu du type Invincible et un 7e destroyer lance-missiles type 42 classe Sheffield.
L’Invincible, désigné à l’origine sous l’appellation de Through Deck Cruiser, est en construction depuis avril 1973 ; sa mise en service est prévue pour 1980-1981, celle de son sistership interviendra vers 1982-1983.
Ces croiseurs, qui sont en fait de véritables petits porte-aéronefs, présentent les caractéristiques suivantes :
– Déplacement : 19 500 tonnes pleine charge (tpc).
– Dimensions : 206,60 (hors-tout) x 192,87 (flott.) x 31,89 (max.) x 27,50 (flott.) x 6,40 (milieu) mètres.
– Propulsion : 4 turbines à gaz développant 94 000 CV.
– Vitesse max. : 28 nœuds.
– Installations aéro : pont d’envol de 180-190 m de long ; piste oblique de 170 x 13 m à 4° ou 5° de l’axe du navire ; 2 ascenseurs ; pas de catapultes ni brins d’arrêt.
– Armement : missiles AA Sea Dart à moyenne portée ; 13 aéronefs (hélicoptères ASM Sikorsky SH-3 Sea King, avion Hawker Siddeley Harrier navalisés).
La construction du destroyer lance-missiles sera confiée aux chantiers Swan Hunter ; il portera le nom d’Exeter. Ce nom a été porté quatre fois dans le passé ; trois fois par des frégates construites entre 1680 et 1784 et une fois par le croiseur qui participa à l’engagement contre le cuirassé de poche allemand Graf von Spee au large de l’embouchure de la Plata le 13 décembre 1939 et qui se termina par le sabordage de cette unité quatre jours plus tard à Montevideo. La classe Sheffield, à vocation prioritaire antiaérienne, devrait en principe comprendre 8 unités. Seul le prototype est entré en service, avec un grand retard sur les prévisions ; 4 (Birmingham, Coventry, Cardiff et Newcastle) sont en achèvement à flot et un cinquième, le Glasgow, sur cale.
Les caractéristiques de ces destroyers sont :
– déplacement : 3 600 tpc,
– dimensions : 125 (ht) x 14,34 x 5 m
– propulsion : système COGOG comprenant 2 turbines à gaz de 27 200 CV pour la marche à grande vitesse et 2 autres de 4 100 CV pour la navigation économique,
– vitesse : 28 nœuds.
– armement : système AA Sea Dart (rampe double - 20 missiles), 1 tourelle simple de 114 CA ; 1 hélicoptère anti-surface pouvant être gréé en ASM.
Sénégal : situation de la marine
Les forces navales sénégalaises, d’origine toute récente, se développent favorablement.
Ses principaux éléments sont :
– 2 patrouilleurs côtiers lance-missiles (8/SS-12) de 240 t et 18 nœuds, le Saint-Louis et le Popenguine, construits aux chantiers de la SFCN de Villeneuve-la-Garenne ; ces unités sont entrées respectivement en service en 1971 et 1975. Une troisième du même type, le Podor, est en construction dans les mêmes chantiers ; elle sera lancée en juin prochain et remise à la marine sénégalaise en février 1977 ;
– 1 Engin de débarquement d’infanterie et de chars (Edic) de 250 t (670 tpc), le Falene, qui n’est autre que l’ex-L 9095 de la Marine nationale cédé le 7 janvier 1974 ;
– 2 Landing Craft Mechanized (LCM) ;
– 1 vedette ;
– 1 bâtiment d’instruction.
Les effectifs se montent présentement à 250 hommes dont 10 officiers, 50 officiers-mariniers et 190 quartiers-maitres et marins.
Dakar est la base principale de cette marine. ♦

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