Armée de terre - La réorganisation de l'Armée de terre - Le réseau intégré de transmission automatique
La réorganisation de l’Armée de terre
Commencée par la création de quatre nouvelles divisions et la fusion des 5e et 7e régions militaires, ainsi que nous l’avons annoncé dans de précédentes chroniques [NDLR 2024 : en avril notamment], la réorganisation de l’Armée de terre va se poursuivre par de profonds changements touchant l’ensemble des forces de manœuvre et de l’actuelle Défense opérationnelle du territoire (DOT).
Le chef de l’État et le gouvernement ayant approuvé les grandes orientations du projet du général Lagarde, Chef d’état-major de l’Armée de terre (Cémat), celui-ci vient d’en faire connaître les objectifs d’ensemble.
Il convient en premier lieu de rappeler que cette réorganisation a pour but :
– une meilleure polyvalence des forces en les regroupant dans de grandes unités et en valorisant les forces actuelles de DOT ;
– une plus grande mobilité ;
– une meilleure unité du commandement par l’extension des attributions des commandants de région, la suppression de certains échelons de commandement et la fusion des états-majors territoriaux et des états-majors opérationnels ;
– une mobilisation plus efficace ;
– un allégement des frais généraux, notamment par une meilleure répartition des effectifs, une diminution des états-majors et une réduction de l’infrastructure ;
– une meilleure répartition géographique des unités sur l’ensemble du territoire national.
L’application de ces principes implique un profond remaniement des unités qui se traduira tout d’abord par la généralisation progressive, à quelques exceptions près, de la structure quaternaire des régiments. Le but est de réduire les frais généraux par une économie des moyens de commandement et de soutien, tout en conservant à l’ensemble des forces le même potentiel de combat. Il en résultera une diminution du nombre des régiments pour un même nombre d’unités élémentaires de combat.
La nouvelle grande unité interarmes de base sera désormais la division et non plus la brigade. Elle aussi sera quaternaire. Elle comprendra quatre régiments de mêlée disposant des appuis et des soutiens correspondants.
Cette nouvelle division, tout en étant aussi souple d’emploi que la brigade et se prêtant comme elle à un style de commandement direct, sera plus puissante et capable de durer plus longtemps au combat.
Dans l’organisation actuelle, les grandes unités de base, les brigades, sont regroupées au sein de divisions subordonnées elles-mêmes aux corps d’armée.
La future organisation prévoit la suppression de l’échelon intermédiaire entre la grande unité de base et le corps d’armée. La nouvelle division sera directement subordonnée à ce dernier – ainsi pourront être réduits, à la fois, le volume des moyens de commandement et les délais de réaction de la chaîne hiérarchique. Ceux-ci seront de la sorte mieux adaptés aux nécessités du combat moderne.
Cette subordination directe est rendue techniquement possible, sur le plan des liaisons et des communications, par la mise au point d’un nouveau système de transmissions : le Rita qui sera décrit plus loin.
Le corps d’armée, menant directement le combat des divisions, restera l’échelon principal de la mise en œuvre du feu nucléaire tactique, de la conduite de la manœuvre aéroterrestre et du soutien logistique.
Au titre de cette réorganisation, les forces d’active comprendront 16 divisions, dont 8 divisions blindées, 6 divisions d’infanterie, 1 division alpine et 1 division parachutiste. La distinction entre unités des forces de manœuvre et de défense opérationnelle du territoire disparaît.
En temps de paix, ces grandes unités relèveront de l’autorité du général commandant la région militaire de stationnement.
En temps de guerre, et en fonction des hypothèses d’engagement et des missions envisagées, elles seront placées sous les ordres soit d’un commandant de zone de défense, soit d’un commandant de corps d’armée dans le cadre de la 1re Armée. De plus, 14 divisions provenant des réserves seront mises sur pied à la mobilisation. Quatre d’entre elles seront formées à partir d’écoles. Dix autres dériveront des corps d’active.
Ainsi l’Armée de terre après mobilisation comprendra 30 divisions.
Par ailleurs, la fusion de plusieurs états-majors est prévue, et même amorcée, afin d’obtenir une meilleure unité du commandement et un allégement des frais généraux. C’est ainsi qu’ont été déjà fusionnés, ou le seront en 1976, les états-majors de la 6e région et du 1er Corps d’armée, ainsi que ceux des 5e et 7e régions militaires.
Succédant à une formule qui avait été élaborée lors des années soixante, cette nouvelle conception de l’organisation de nos forces a été dictée par la volonté de conserver à ces dernières une efficacité maximum malgré une enveloppe budgétaire insuffisante.
Le Réseau intégré de transmissions automatique (Rita)
La réorganisation en cours de l’Armée de terre, notamment la subordination directe des grandes unités de base au corps d’armée, sans échelon intermédiaire, est rendue possible grâce à la mise au point d’un nouveau système de transmissions.
Celui-ci, appelé Réseau intégré de transmissions automatique (Rita), fait appel aux techniques les plus récentes de l’informatique et de la transmission numérique. Il devrait procurer aux autorités des grandes unités des possibilités sans commune mesure avec celles dont elles disposent aujourd’hui.
L’ossature actuelle des transmissions est essentiellement hiérarchique. Elle est calquée sur l’organisation du commandement, chaque échelon disposant d’un système propre, les différents échelons étant reliés entre eux. Cette organisation présente de multiples inconvénients : incapacité de s’adapter à une autre articulation, d’intégrer sans difficulté d’autres correspondants que ceux prévus, de remplacer rapidement des relations défaillantes. Ce manque de souplesse est accentué par le fait que son exploitation est entièrement manuelle. De plus, la juxtaposition dans un même PC des organes de commandement et des moyens de transmissions conduit à des ensembles volumineux, peu mobiles et donc doublement vulnérables.
Le Rita, système global et homogène, couvre d’un maillage hertzien unique toute la zone de déploiement et d’engagement du corps d’armée. Il est constitué de centres de transmissions appelés centres nodaux distincts des PC et capables de desservir par intégration automatique un nombre élevé d’abonnés radio gravitant dans la zone qu’il couvre. Ce système de maillage permet d’établir les relations directement entre tous les correspondants se situant dans la zone, quel que soit l’échelon auquel ils se situent dans la chaîne hiérarchique. Le Rita peut donc s’adapter sans difficulté aux modifications de structure du commandement.
Les correspondants, qu’ils utilisent des moyens fils ou radios, s’intègrent dans le réseau sous un numéro attribué une fois pour toutes et indépendant de leur position géographique. Ce numéro est inscrit dans la mémoire d’un autocommutateur électronique, petit ordinateur, avec celui des autres abonnés.
Tous les utilisateurs situés dans la zone peuvent ainsi établir eux-mêmes leurs communications tant téléphoniques que télégraphiques, par simple numérotation sur un clavier et obtenir leurs correspondants de façon quasi instantanée sans avoir à connaître leur emplacement ni le central auquel ils sont rattachés. Le procédé de diffusion des appels entre les autocommutateurs de tous les centres nodaux permet en effet de découvrir très rapidement n’importe quel abonné quelle que soit sa position. Les abonnés n’ont besoin de savoir que le numéro d’appel de leur correspondant, qu’ils peuvent trouver dans un document permanent.
Une communication peut être établie même si le réseau est partiellement détruit, grâce notamment à une programmation de priorités et de préemptions. En effet, pour peu que subsiste, même par de multiples détours, un itinéraire possible de voies de transmission entre deux correspondants, la procédure de diffusion des appels permet de découvrir automatiquement cet itinéraire et d’établir la liaison dans des délais extrêmement courts.
Les autorités dotées seulement de postes radio mais disposant d’un appareil de type spécial, peuvent également, grâce à un système de raccordement, appeler et être appelées par tout abonné radio ou filaire.
Enfin, tous les utilisateurs bénéficient systématiquement du chiffrement des conversations et des messages.
Visant ainsi à apporter sur le champ de bataille, au profit de correspondants mobiles, les commodités tout à la fois du télex, de la téléphonie et de la radiotéléphonie automatiques, le Rita apparaît comme un système de nature à révolutionner les télécommunications militaires. ♦







