La guerre en Ukraine apporte de nombreux enseignements notamment sur le rôle de la Gendarmerie nationale pour la défense de la Patrie. Il faut revoir le rôle traditionnel de cette force à statut militaire en renforçant son rôle et ses responsabilités dans la défense territoriale, avec une capacité à durer et à faire face aux nouvelles menaces comme les drones.
La Gendarmerie nationale et la défense de la Patrie
Enseignements stratégiques de la guerre en Ukraine
The Gendarmerie Nationale and Defence of the Homeland
Strategic Lessons Learned from the War in Ukraine
The war in Ukraine offers a number of lessons, particularly on the role of the Gendarmerie nationale in defence of the homeland. A review is needed of the traditional role of this military-status force—to strengthen its role and responsibilities over the long term regarding territorial defence, and to be able to face new threats such as drones.
La guerre (1) est l’accoucheuse de l’Histoire. Celle qui a débuté en 2014 (2) et continue de faire rage en Ukraine a transformé notre époque. Quelle qu’en soit l’issue, il nous faudra bientôt parler du « monde d’hier » comme l’écrivait en son temps l’écrivain autrichien Stefan Zweig (3). L’invasion à grande échelle en 2022 démontre que le champ de bataille a investi la société tout entière. Aujourd’hui, la conflictualité est hybride, multidomaines et permanente. Elle vise notre cohésion autant que nos forces. L’Intelligence artificielle (IA), les drones aériens et terrestres, le cyber et le spatial ont densifié l’espace opératif. Ce n’est pas l’ajout de technologies mais un changement d’époque. L’intégration de capteurs dans des architectures C6ISR (4) et la prolifération de vecteurs low cost rendent tout mouvement observable, chaque infrastructure vulnérable.
La guerre en Ukraine confirme que le centre de gravité d’un conflit réside moins dans la destruction des forces que dans l’érosion de la résilience nationale. Les frappes systématiques contre le réseau énergétique ukrainien, les cyberattaques contre les services et les administrations, les opérations d’influence massives et l’action de proxys (intermédiaires) traduisent une stratégie d’attrition sociétale. Affaiblir la cohésion, saturer les fonctions vitales, altérer la volonté politique. Dans ce contexte, la distinction classique entre temps de paix et temps de guerre s’efface. Le territoire national cesse d’être un sanctuaire intangible. La guerre devient un continuum, caractérisé par la compétition sous le seuil, l’ambiguïté juridique et la porosité entre sphère civile et sphère militaire. La défense du territoire ne peut plus être pensée comme une simple manœuvre de contre-infiltration : elle devient une stratégie de continuité de l’État.
Qu’advient-il alors du rôle traditionnel de la Gendarmerie nationale dans la défense de notre pays ?
Les plus anciens en Gendarmerie se souviennent de la DOT (5) de la fin du XXe siècle… Une Gendarmerie de temps de paix se transformant soudain en troupe combattante certes sans beaucoup d’entraînement, sans grands moyens, avec peu de préparation… pour aller chasser un Spetsnaz carmin qui s’obstinait à reproduire inlassablement les mêmes actions de sabotage contre des pylônes électriques isolés au sommet de collines perdues. Les réserves armaient à l’époque des unités dérivées en cas de mobilisation. Nous appelions cela la « couverture générale du territoire ».
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