Contre la guerre, être lucide, comprendre, agir
Contre la guerre, être lucide, comprendre, agir
Grande reporter, journaliste et réalisatrice de documentaires, Mélina Huet a notamment couvert la guerre en Ukraine et au Proche-Orient pour France 24 et LCI. Elle est une des rares civiles à avoir fait l’École de Guerre-Terre, ce qui lui a permis de recueillir de précieux témoignages d’officiers ayant participé à maintes opérations extérieures dont elle rend compte avec discrétion dans ces pages.
Ce court essai pose la question que tout le monde s’énonce : que signifie aujourd’hui être en guerre ? Car qui peut se targuer de revendiquer haut et fort qu’il est pour la guerre ? Vladimir Poutine ne s’érige-t-il pas en partisan de la paix forcé de se lancer dans son Opération militaire spéciale ? Et quand l’ancien chef d’état-major, le général Thierry Burkhard déclarait qu’il fallait gagner la guerre avant la guerre, c’est bien qu’il en mesurait les terribles coûts. Or, les conflits armés, on les trouve de nos jours un peu partout, et nous, Européens et Français, renouons dans l’urgence avec l’idée de défense. Force est bien d’admettre qu’à force de voir des populations se décimer à l’autre bout de la terre, dans une familière indifférence, nous avions fini par confondre l’horreur de la guerre avec la nécessité de se défendre.
Sa démonstration se déroule en trois temps. Elle évoque tout d’abord la possibilité d’une guerre avec la Russie, que personne ne nie, mais dont on peut certes discuter de la date probable, autour de 2030. Ensuite, de quoi s’agira-t-il ? De brèves incursions russes dans les pays baltes, ou plus avec des prises de gages territoriaux de plus grande ampleur ? Enfin, quelles que soient les hypothèses retenues, tous les Européens, s’y préparent activement. L’effort d’armement est général et se traduit dans les chiffres, car le retard à combler est considérable : les dividendes de la paix durant la période de post-guerre froide ont été évalués à 1 800 milliards d’euros et c’est 1 000 Mds qu’il conviendrait de dépenser en cas de retrait américain de l’Otan. L’enjeu est énorme, car l’adversaire ne joue pas selon nos principes : on dit d’ailleurs que débattre des règles avec un adversaire autoritaire, c’est jouer aux échecs avec un pigeon qui fait ses besoins sur l’échiquier et renverse les pièces avant de rentrer au pigeonnier la tête haute. Pour lui, il ne prépare pas la guerre ; il ne s’en tient pas au vieil adage, « Si vis pacem, para bellum », car il est la guerre, et on sait que celle-ci revêt les formes les plus multiples, de la désinformation, des attaques cybernétiques, des ruptures de câbles sous-marins, des incursions, des drones, des interceptions aériennes en Baltique ou en mer Noire, ce qui a conduit l’Otan à placer ses opérations de pure police des airs en véritable défense aérienne intégrée et globale. La guerre est donc déjà là, même si officiellement le discours officiel, qui se veut rassurant, utilise la métaphore, ce n’est plus la paix, mais ce n’est pas encore la guerre. Désormais l’Armée de terre française emploie un nouveau triptyque : compétition–confrontation–affrontement. Les seuils de tolérance à l’agression sont de plus en plus hauts (sabotages, cyberattaques, brouillages GPS, etc.). Cette zone grise, celle de la guerre hybride, a été décrite à maintes reprises. Ses modalités et son intensité varient, d’où la nécessité d’une extrême vigilance pour éviter de tomber dans la provocation ou de commettre un faux pas, dans un jeu délicat où les démocraties avec leurs règles d’emploi de la force codifiées et régies par le droit partent avec une longueur de retard. Si on a beaucoup insisté sur les guerres psychologiques et médiatiques, en revanche, la guerre juridique, la lawfare, a été plus négligée. D’autant plus que, avec l’emploi de plus en plus généralisé de l’Intelligence artificielle (IA), il deviendra beaucoup plus difficile d’imputer les responsabilités exactes des actes guerriers.
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