1949 : Entrer en guerre froide
1949 : Entrer en guerre froide
Maints analystes et observateurs se demandent en quoi la rivalité présente et surtout celle à venir ressemblerait, par certains côtés, à la guerre froide qui s’est installée en Europe à compter des années 1947-1949 avant de s’établir comme système avec la signature le 4 avril 1949 de l’Alliance atlantique, qui a vite donné naissance à l’Otan, l’organisation militaire. Il s’est alors agi d’un affrontement idéologique, géopolitique et militaire, comme l’a démontré la guerre de Corée, déclenchée en juin 1950, qui a divisé le monde en deux blocs avant que ne surgissent l’idée de Tiers-Monde et concept de non-alignement : ce rassemblement des pays pauvres en voie de développement qui se sont efforcés d’échapper à l’emprise des deux Grands (États-Unis et URSS). Cette rapide description suffit à montrer que l’actuelle compétition entre Washington et Pékin (pour le moment pacifique) se démarque dans une large mesure de la guerre froide « classique ».
Quelques rares traits demeurent néanmoins comparables. Certes, la peur du nucléaire n’est plus la même que celle qui s’est emparée des opinions publiques en 1950, mais elle a ressurgi à petites doses et on s’est mis à acheter des abris. Ensuite, la course aux armements, qui entraîne le monde dans une spirale ascendante. La part du Produit intérieur brut (PIB) consacrée à la défense n’est plus de 6 % mais elle s’en approche dans quelques pays, comme la Pologne – pays qui fut un des épicentres de la guerre froide. En outre, on pouvait observer jusqu’au retour de Donald Trump un affrontement bipolaire de plus en plus intense entre l’Occident collectif, composé d’un petit milliard d’habitants, et le groupe de Shanghai dirigé par Pékin et Moscou. Ce dernier s’est arrogé le rôle de protecteur du Sud global, ancienne victime du joug colonial ou de l’exploitation capitaliste. Il a réussi à rallier sous son aile les pays à la politique fluctuante et les partisans opportunistes. Autre élément de similitude avec la période de la guerre froide, l’existence ou la recherche de zones d’influence. Elles étaient constituées jadis de chacun des camps, l’occidental, et le communiste au sein duquel régnait une allégeance plus ou moins forte et durable. Cette logique des « camps » n’est pas tout à fait morte, comme le montre le mécontentement manifesté par Donald Trump à l’égard de ses alliés, dont aucun n’a voulu le rejoindre dans sa Fureur épique !
C’est pour cette raison que le petit ouvrage de Justine Faure, professeure d’histoire à l’Université de Lille, est utile. Il va au-delà du rappel historique des principaux faits qui se sont accélérés du blocus de Berlin (juin 1948) à la guerre de Corée. Il replace l’affrontement des puissances – une des constantes des relations internationales – dans la longue durée. Certes le Rideau de fer s’est volatilisé, mais il en est resté des pans, comme celui enserrant la population nord-coréenne, phénomène directement hérité de la guerre froide. De même, le régime castriste, toujours en place, en découle directement. Et il est à se demander si tous les résultats récents ont montré que toutes les traces n’en ont pas disparu, comme dans le cas du scrutin en Saxe-Anhalt. L’ancienne République démocratique allemande (RDA), enfant direct de la division de l’Allemagne, donc de la division de l’Europe, et donc de la division du monde, montre bien que les effets de cette profonde césure n’ont pas été encore totalement effacés.
Il reste 6 % de l'article à lire






