Avec la deuxième Zone économique exclusive (ZEE) mondiale, la France doit relever de multiples défis alors que la conflictualité maritime augmente, créant de nouvelles vulnérabilités. La Marine nationale joue ici un rôle majeur, en évolution permanente avec un besoin accru de renseignement et de coopération régionale. L’enjeu est capacitaire, organisationnel et doctrinal.
Surveiller et protéger la ZEE : la Marine nationale face au retour de la conflictualité maritime
Monitoring and Protecting the EEZ: the French Navy and the Return of Maritime Conflict
France possesses the second largest Economic Exclusion Zone (EEZ) in the world and must therefore face many challenges as conflict at sea increases and creates new vulnerabilities. In this, the French Marine nationale plays a major, and permanently developing role, and has an increased need for intelligence and regional cooperation. The challenges concern capability, organisation and doctrine.
Depuis 1626, la Marine nationale constitue le principal instrument par lequel l’État assure la protection de ses intérêts en mer. Cette mission s’inscrit dans une continuité historique : sécuriser les flux, surveiller les approches et empêcher l’installation durable de menaces dans un espace ouvert par nature. La création de la notion de Zone économique exclusive (ZEE) dans les années 1970, puis sa consécration par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) (1), n’a pas transformé cette mission dans son principe, mais en a modifié les conditions d’exercice. En étendant les droits souverains de l’État côtier jusqu’à 200 milles nautiques, le droit de la mer n’a pas créé un espace de souveraineté pleine et entière, mais un espace de prérogatives économiques, environnementales et sécuritaires sur des étendues considérables. Dès lors, la question centrale n’est pas seulement juridique. En effet, l’affirmation de droits ne garantit pas leur effectivité.
Cette mutation intervient dans un contexte de densification des usages et de transformation des formes de conflictualité maritime. Aux activités traditionnelles s’ajoutent désormais des infrastructures critiques, des enjeux énergétiques et environnementaux, ainsi qu’une exploitation croissante des ressources. Parallèlement, la rivalité maritime privilégie désormais des pratiques ambiguës, souvent civiles en apparence, qui exploitent les marges du droit plutôt que l’affrontement direct (2). Pour la France, cette évolution revêt une dimension particulière. Sa ZEE, d’environ 10 millions de kilomètres carrés, est majoritairement ultramarine (3) et dispersée sur l’ensemble des océans. C’est la deuxième au monde en superficie, derrière celle des États-Unis et devant celles de l’Australie, de la Russie et du Royaume-Uni. Cette configuration confère à la France une profondeur maritime exceptionnelle, mais impose également des contraintes opérationnelles majeures, liées à l’éloignement, à la dispersion et à l’hétérogénéité des environnements stratégiques.
Dans ce contexte, surveiller et protéger la ZEE ne relève ni d’une logique de contrôle exhaustif (illusoire) ni d’une simple présence dissuasive. Il s’agit d’organiser la capacité à voir, comprendre et agir dans des espaces vastes. La crédibilité de l’État ne se mesure pas à l’étendue de sa présence, mais à sa capacité à réagir de manière pertinente et opportune face à des atteintes souvent diffuses. Comment, dans ce cadre, la Marine nationale parvient-elle à assurer la surveillance et la protection de ces espaces, en conciliant contraintes opérationnelles, exigences juridiques et transformations stratégiques ?
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