Le concept de défense du territoire s’est mis en place progressivement à partir de la Révolution française quand la guerre devient l’affaire de la Nation. Ce n’est qu’après la défaite de 1871 que l’organisation de l’armée est revue dans sa totalité pour répondre au besoin de protéger la France face à l’ennemi allemand, en faisant effort à l’Est.
Histoire militaire - La défense du territoire – 1re partie : Avant 1914
La France après le Traité de Francfort de 1871 © Romain0, d’après François Roth, La guerre de 70, Fayard, 1990
Military History—Defence of the Homeland—1st Part: Before 1914
The concept of defence of home territory was gradually developed from the time of the French Revolution, when war became a matter for the entire Nation. It was only after the 1871 defeat that the organisation of the army was completely overhauled in order to respond to the need to protect France from the German enemy, by putting effort into the east.
Cette notion de défense du territoire, qui refait surface aujourd’hui, est relativement récente, puisqu’elle remonte en fait à 1792, par la transformation de la guerre, d’une forme relativement limitée à une forme nationale qui conduira à la guerre industrielle puis à la guerre totale (Totaler Krieg, déjà envisagée par le théoricien prussien Carl von Clausewitz).
La lente apparition de la notion de défense du territoire
En effet, jusqu’au XVIIIe siècle, les grandes puissances européennes sont toutes des monarchies héréditaires. La guerre ne se fait pas de peuple à peuple, mais de prince à prince, de souverain à souverain, afin d’établir, de renforcer ou de recouvrer ses droits dynastiques (les guerres successives, entre 1701 et 1748, de Succession d’Espagne, de Pologne et d’Autriche en sont de brillants exemples). Le but de la guerre est donc, soit la défense du « pré carré », bien temporel ancestral du monarque, soit la conquête d’une ville ou d’une province qui, après annexion, peut le cas échéant servir de gage dans le cadre d’une négociation. Il ne s’agit aucunement de détruire une nation, ce qui aurait risqué de rompre l’équilibre européen. La guerre de Sept Ans (1756-1763) qui a vu la France perdre son premier Empire colonial au profit de l’Angleterre peut être, à cet égard, considérée comme le point de bascule entre ces deux logiques de guerre.
De 1792 à 1809, la France s’est trouvée confrontée à quatre coalitions européennes successives qui visaient à abattre son régime et à revenir à l’ordre ancien, en faisant disparaître toute idée de nation française. C’est celle-ci et non plus le souverain légitime, qui devenait garante de la pérennité et de la défense du territoire, dorénavant devenu national. C’est à l’aune de cette notion qu’il convient de lire la victoire de Valmy, piètre engagement militaire, mais à la résonnance nationale très forte. Jusqu’au désastre russe de 1812, Napoléon a conquis la moitié de l’Europe dans un contexte général stratégiquement défensif : il défendait la France face à l’Europe des princes coalisée, constat qui est de nature à relativiser quelque peu son image de conquérant à tous crins. C’est la dernière coalition, celle de 1813-1814, qui a eu raison de sa résistance. Pour la première fois dans l’histoire, excepté au début du règne de Charles VII, Paris est tombé et les cosaques du tsar Alexandre Ier ont bivouaqué sur les Champs-Élysées.
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