Les constellations satellitaires dotées d’Intelligence artificielle (IA) modifient progressivement la manière dont l’information utile à la décision est produite, filtrée et transmise. Cette évolution pose une question directement liée au commandement : comment conserver une capacité d’arbitrage et de contrôle lorsque l’infrastructure participe elle-même à la construction de la situation opérationnelle ?
Constellations intelligentes : quand l’infrastructure transforme le commandement
Intelligent Constellations: When Infrastructure Transforms the Command
Satellite constellations which operate with artificial intelligence (AI) are gradually modifying the way in which information needed for decision-making is produced, filtered and transmitted. This development raises an issue directly related to the command: how should the ability for arbitration and control be maintained when the infrastructure itself is involved in constructing the operational situation?
Doctorante en sciences de gestion à Nantes Université (LEMNA) où elle mène une thèse sur la gouvernance des systèmes d’information polycentriques orientés défense et sécurité, centrée sur les constellations satellitaires IA-pilotées. Officier au ministère des Armées avec un parcours de commandement et de déploiements en opérations inter-alliées, Project Management Officer de l’opération de cohérence numérique « Commandement opérationnel » à la Direction générale de l’armement (DGA).
Quand le traitement de l’information se rapproche du capteur
La réduction du temps entre détection, compréhension de la situation et action constitue depuis longtemps un objectif des systèmes de commandement. Les évolutions contemporaines des architectures spatiales lui donnent toutefois une portée nouvelle. Les constellations proliférées multiplient les capteurs et réduisent les délais de revisite. Les architectures multi-orbites associent des moyens aux caractéristiques différentes. Les capacités militaires s’articulent de plus en plus avec des infrastructures commerciales ou alliées. Surtout, certaines fonctions de traitement peuvent désormais être exécutées au plus près de la source : détection d’un événement, sélection d’une information, corrélation entre plusieurs signaux, hiérarchisation ou choix d’un chemin de transmission.
Le changement peut sembler uniquement technique. Il touche pourtant directement au commandement. Dans une représentation classique, le capteur observe, le réseau transmet, un système traite l’information et un échelon humain l’interprète. Cette succession devient moins nette. Lorsqu’une information a déjà été sélectionnée, enrichie ou hiérarchisée avant son arrivée dans un centre de commandement, le système technique a contribué à déterminer ce qui sera vu, quand cela sera vu et sous quelle forme. Il ne s’agit pas d’affirmer que l’algorithme « commande » – l’autorité, l’intention et la responsabilité demeurent humaines –, mais les infrastructures contribuent de plus en plus à construire l’environnement informationnel dans lequel cette autorité s’exerce.
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