Foreword
Avant-propos
La conflictualité et l’insécurité contemporaines ne se laissent plus enfermer dans les catégories qui ont longtemps structuré notre pensée stratégique. La compétition entre puissances se joue dans les espaces cyber aussi bien que terrestre, maritime, aérien et spatial mais aussi dans les champs économique, technologique, informationnel et cognitif. Elle mobilise des acteurs étatiques et non étatiques, civils et militaires, publics et privés. Elle se déploie dans la guerre comme en deçà de son seuil, sur la scène internationale comme au sein du territoire national.
Cette extension du champ de la confrontation emporte des conceptions de protection faites d’interdépendances croissantes, d’accélération technologique, de volumes d’informations sans précédent, d’IA et de systèmes de plus en plus autonomes pouvant évoluer en essaims. Ces évolutions posent plusieurs questions : quid des hommes qui sont au cœur de ces évolutions ? Comment mener ces transformations sans perdre la maîtrise des conditions de notre propre action, voire, d’en tirer parti ?
La Gendarmerie nationale est une force armée de couverture du territoire aux 4 000 points d’appui opérationnels métropolitains et ultramarins. Par ce maillage, elle est en prise directe avec les enjeux précités au cœur des territoires. Ainsi, ses 100 000 gendarmes et 40 000 réservistes opérationnels immédiatement mobilisables sont le bras armé de son engagement pour maîtriser les insécurités dont la nature évolue constamment en lien avec ces transformations technologiques, sociétales et environnementales. Que l’on envisage les actions informationnelles visant à accentuer et créer des troubles sociaux et des déstabilisations des sociétés, éparses ou opérées par des acteurs structurés, pour servir des objectifs géopolitiques ou des actions opportunistes, tout point du territoire est immédiatement accessible et vulnérable.
Conscients de ces évolutions, la Gendarmerie, par l’Académie militaire de la Gendarmerie nationale (AMGN), a souhaité aborder ces réflexions via le colloque académique du Paris Defence & Strategy Forum (PDSF) 2026 dont vous pourrez lire les actes dans ce numéro, en association avec l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’Institut d’administration des entreprises (IAE) Paris-Sorbonne, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), l’University of Colorado Boulder (États-Unis) et Neu-Ulm University of Applied Sciences (Allemagne), autour des transformations qui redessinent notre environnement stratégique. Chercheurs en sciences humaines et fondamentales, militaires, ingénieurs et praticiens de la sécurité doivent confronter leurs travaux, pratiques et leurs analyses tout en rencontrant les opérationnels pour produire de la recherche à impact. Le colloque a ainsi réuni la pensée de représentants de plus de dix nationalités différentes.
Ce renforcement du lien entre recherche et terrain, nous le pensons comme le prolongement de la préparation à un avenir plus « rugueux », incertain, où l’adaptation à l’inconnu dominera et où robustesse et résilience morale, émotionnelle et physique des militaires de la gendarmerie seront primordiales. Le maintien de la maîtrise technique, juridique et déontologique pour gagner la confiance avant la guerre de défiance est un enjeu premier, dans une capacité d’adaptation à la fois aux populations connaissant des vulnérabilités plus nombreuses et à des adversaires diversifiés (organisés ou non, violents, contestation de l’autorité). Ces défis s’inscrivent dans un rythme d’innovations exponentiel (caméras, drones, outils numériques, systèmes d’Intelligence artificielle [IA] intégrés) devant être pris en compte par un commandement conçu par finalités, pragmatique et responsabilisé.
Face à ces transformations, notre responsabilité est de repenser l’avenir, donc la formation. La Gendarmerie s’est ainsi réorganisée pour concentrer le recrutement et toutes les formations ou entraînements opérationnels en un seul et même commandement, réalisateur unique des objectifs d’armement en effectifs et compétences au profit des directions opérationnelles et de soutien. La cohérence donnée à un dispositif unique permet cette nécessaire réactivité à ces impulsions d’innovations techniques, changements méthodologiques, orientations opérationnelles face à un adversaire hybride et protéiforme.
Guerre cognitive, opérations d’influence, conflictualités hybrides, recompositions politiques, géopolitiques, sociétales, interdépendances et vulnérabilités de la modernité, comment se préparer, quelles anticipations, autant de réalités connues ou cachées : les contributions réunies dans ce numéro, témoignent du dynamisme et de la diversité des analyses. Cette diversité n’est pas une dispersion ! Elle reflète la réalité d’un environnement dans lequel les vulnérabilités s’enchaînent et les rapports de force se déplacent d’un domaine à l’autre. Une dépendance économique peut devenir une vulnérabilité stratégique ; une infrastructure numérique, un enjeu de souveraineté ; une fracture sociale, un vecteur d’influence ; un algorithme, un intermédiaire entre l’information et la décision.
Les travaux réunis ici contribuent à l’exigence de notre préparation ! Bonne lecture à vous et à l’an prochain pour un nouveau colloque académique. ♦

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