La guerre cognitive n’est pas un phénomène nouveau, mais les avancées en neurosciences et les réseaux sociaux ont transformé l’idéal de Sun Tzu (« Soumettre l’ennemi sans combattre ») en réalité. Certains États sont plus exposés que d’autres ; un indice de vulnérabilité aiderait à mieux préparer la défense cognitive.
La vulnérabilité des États face à la guerre cognitive : vers un indice mesurable
The Vulnerability of States Facing Cognitive Warfare: in Search of a Measurable Index
Cognitive warfare is hardly a new phenomenon, but the truth now is that advances in neurosciences and the effects of social networks have transformed Sun Tzu’s ideal of subduing the enemy without a fight. Some countries are more exposed than others—an index of vulnerability could help in preparing cognitive defence.
Dans L’Art de la guerre, le stratège chinois du VIe siècle avant J.-C., Sun Tzu affirmait que la forme la plus achevée de la victoire consistait à soumettre l’adversaire sans combattre. Pendant des siècles, cela est resté une aspiration. Aujourd’hui, cependant, la convergence des neurosciences, des technologies mobiles et des réseaux sociaux l’a rendue opérationnelle. L’Otan décrit désormais la guerre cognitive comme la lutte pour la supériorité cognitive, menée par des moyens militaires et non militaires afin d’obtenir, de conserver et de protéger un avantage sur les perceptions et les processus décisionnels de l’adversaire. Christoph Deppe et Gary S. Schaal, politologues à la Helmut-Schmidt-Universität de Hambourg (Allemagne), la définissent de façon similaire comme une tactique hybride associant technologies traditionnelles et émergentes pour produire des effets cognitifs sur une population et ses dirigeants, en deçà comme au-delà du seuil du conflit armé.
Ce phénomène ne se limite plus à l’échelle individuelle. La Russie a visé l’intégrité des élections dans les États baltes en utilisant la désinformation et l’exploitation des clivages ethniques et politiques ; la Chine cultive des réseaux d’influenceurs et des plateformes comme TikTok pour façonner l’opinion à Taïwan. Ce sont désormais les États eux-mêmes – et non plus seulement les citoyens – qui font l’objet d’attaques cognitives, dont les effets se font sentir bien avant, et bien en dessous, du seuil du conflit ouvert.
Cela soulève une question pratique pour les planificateurs de défense : quels facteurs rendent un État plus ou moins vulnérable à la guerre cognitive, et comment pourrait-on les pondérer pour orienter une politique de défense cognitive ? Cet article vise à construire et à tester un indice capable de répondre à cette question, d’abord au moyen d’un modèle quantitatif, puis par une validation fondée sur des études de cas.
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