La mer du Nord combine de multiples usages avec une hostilité croissante de la part de la Russie, d’où un besoin accru de protection des systèmes régionaux. La difficulté est de fusionner les données en partageant les renseignements et la pertinence de ceux-ci. Le projet NEPTARGOS s’inscrit dans cette perspective.
Gouvernance des données en mer du Nord : un cadre conceptuel de la conscience situationnelle maritime
Governance of Data in the North Sea: a Conceptual Framework for Maritime Situational Awareness
The growing Russian hostility to the many ways in which the North Sea is exploited highlights the need for improved protection of regional systems. The difficulty lies in merging data and sharing intelligence, and the pertinence of each. The Dutch NEPTARGOS project (Nautical Empowerment for Proactive Threat Analysis and Resilience with Guardian Oversight Systems) looks at these issues.
La guerre russo-ukrainienne a largement dépassé les limites du champ de bataille : les menaces hybrides exercent une influence croissante sur la sécurité européenne. En 2024, le pétrolier Eagle S, lié à la Russie, aurait endommagé le câble électrique sous-marin reliant l’Estonie à la Finlande. Cet incident a renforcé les préoccupations quant à l’utilisation potentielle de navires de la flotte fantôme russe pour conduire des opérations hybrides contre des infrastructures maritimes. Plusieurs États européens ont donc renforcé leurs dispositifs de surveillance. La France a, par exemple, intensifié ses mesures à l’encontre de cette flotte, en procédant à l’arraisonnement d’un quatrième pétrolier suspect (1). La France (2), comme les Pays-Bas (3), considère désormais les menaces hybrides comme une préoccupation majeure de sécurité nationale. Leur caractère multidimensionnel (cyberopérations, campagnes de désinformation, activités clandestines et sabotage) peut compromettre la résilience nationale et la sécurité des infrastructures maritimes européennes.
Dans ce contexte, la protection des systèmes cyber-physiques critiques exige une conscience situationnelle maritime (Maritime Situational Awareness-MSA) permanente, fiable et exploitable en temps utile. Pour les autorités civiles et militaires, la capacité à détecter, caractériser, attribuer et contrer une activité potentiellement hostile dépend d’une image opérationnelle commune, alimentée par des sources multiples. Or, les données nécessaires à la détection, à l’évaluation et à la réponse aux menaces demeurent fragmentées entre autorités publiques, opérateurs privés et partenaires internationaux. Ces acteurs interviennent selon des mandats juridiques, des responsabilités institutionnelles, des niveaux de classification et des dispositifs de partage distincts. Cette fragmentation entrave l’établissement d’une image maritime commune. Le problème ne réside donc pas dans l’absence de données, mais dans la capacité à les gouverner – partage, intégration et exploitation – de manière sécurisée et conforme aux exigences opérationnelles.
Cet article soutient que la gouvernance des données constitue une condition essentielle de la conscience situationnelle maritime et, par conséquent, de la résilience et de la capacité de réponse. Il examine comment elle peut renforcer cette conscience en mer du Nord néerlandaise, en identifiant les conditions nécessaires à un partage sécurisé, fiable et interopérable. Cette problématique s’inscrit dans les priorités actuelles de l’Otan, qui considère le partage de l’information comme prioritaire pour la protection des infrastructures sous-marines. Les initiatives récentes visent à améliorer le partage sécurisé des données, la coordination civilo-militaire, notamment par l’intégration d’informations issues des domaines maritime, terrestre, aérien, spatial et cyber. Le concept Digital Ocean (4), ainsi que des initiatives plus récentes telles que MAINSAIL (5) illustrent cette évolution vers une conscience situationnelle maritime multidomaine, allant du fond marin à l’Espace.
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