L’intelligence artificielle transforme la guerre dans sa domination cognitive. L’influence, la tromperie et la désinformation sont accélérées par les outils numériques mettant en danger nos capacités de défense. C’est désormais un véritable champ de bataille qui fragilise les principes de vérité tant les récits sont contestés via l’IA.
La bataille pour la réalité : comment l’intelligence artificielle transforme la guerre cognitive
The Battle for Reality: How Artificial Intelligence Transforms Cognitive Warfare
Artificial intelligence (AI) is transforming the cognitive aspect of warfare. Influence, deception and disinformation have rapidly expanded with the use of digital tools, and endanger our defence capabilities. It is truly a battlefield on which the very principles of truth are being attacked, such is the degree to which narratives are being challenged by AI.
L’Intelligence artificielle (IA) transforme la guerre dans un domaine difficile à cartographier, mais de plus en plus difficile à ignorer : la cognition humaine. L’influence, la tromperie et la propagande sont aussi anciennes que le conflit lui-même. Ce qui change, c’est l’environnement technologique dans lequel elles opèrent. L’IA générative permet de produire à grande échelle des contenus synthétiques persuasifs, tandis que les systèmes algorithmiques façonnent de plus en plus les informations auxquelles les individus sont exposés ainsi que la manière dont ils les recherchent, les évaluent et les interprètent. La guerre cognitive, entendue au sens large comme l’ensemble des efforts visant à influencer ou perturber la cognition afin d’obtenir un avantage stratégique, dépasse ainsi la propagande pour englober l’infrastructure, médiée par l’IA, de la perception et de la prise de décision (Claverie & du Cluzel, 2022 ; Deppe & Schaal, 2024).
Cette distinction est importante pour la défense. Un message trompeur peut être réfuté et un hypertrucage (deepfake) peut parfois être détecté. Cependant, lorsque la manipulation devient persistante, personnalisée et intégrée aux systèmes utilisés pour établir la crédibilité, contrer des contenus pris isolément ne suffit plus. La planification de défense doit donc considérer les plateformes, les modèles d’IA et les services de vérification non seulement comme des canaux d’information, mais aussi comme des dépendances critiques dont l’intégrité et la résilience doivent être protégées.
Ces questions ne doivent pas faire oublier une importante mise en garde conceptuelle. La guerre cognitive est un champ récent et controversé. Une revue systématique (Nilsson, et al., 2026) relève une forte ambiguïté définitionnelle, une opérationnalisation empirique limitée et un chevauchement substantiel avec la guerre de l’information, la guerre psychologique et la propagande. Par conséquent, le terme ne devrait pas servir à qualifier toute forme d’influence hostile. Son intérêt pratique réside plutôt dans le fait qu’il oblige les organisations de défense à considérer conjointement la cognition, la technologie et les systèmes sociaux. Ce n’est pas l’ambition d’influencer qui est nouvelle, mais les moyens scientifiques, computationnels et infrastructurels désormais disponibles.
Il reste 88 % de l'article à lire
Plan de l'article

.jpg)




