Une lecture attentive de la loi anti-sécession, récemment votée par l’Assemblée populaire chinoise, conduit Harold Hyman à penser que le message ne doit pas seulement se lire au premier degré – fixer à Taiwan les limites à ne pas dépasser – mais qu’il faut aussi l’entendre à usage interne (l’Armée populaire chinoise étant le bon destinataire) et externe (les États-Unis et le Japon).
La loi anti-sécession n'annonce pas une crise sino-taiwanaise
La loi anti-sécession, votée le 14 mars 2005 par le Parlement chinois (Assemblée populaire nationale), interdit la « sécession » du territoire de Taiwan par rapport à la Chine. Décriée à Taiwan, elle a également provoqué à Bruxelles le report de la question de la levée de l’embargo sur les armes européennes à la Chine. Enfin, cette loi inquiète le gouvernement japonais qui est, à toutes fins pratiques, co-garant de la sécurité de Taiwan. S’agit-il d’un acte belliciste, d’un affront, d’une menace à la stabilité géostratégique ? Ce n’est pas sûr.
Cette loi anti-sécession ne serait pas une ultime semonce du parti communiste chinois (PCC) à Taiwan avant une invasion prévisible dans les dix à quinze ans. En revanche, elle servirait à redéfinir les rapports de force entre les diverses factions du pouvoir à Pékin, entre le clan du nouveau président Hu Jintao, l’ancien président Jiang Zemin, et l’Armée. La loi anti-sécession a même reçu une lecture subtile de la part de certains observateurs à Taiwan. Derrière le tumulte des commentateurs scandalisés, et parallèlement aux visites sur le continent de chefs politiques taiwanais certes anticommunistes, mais surtout attachés à la réunification, quelques esprits ont fait une lecture moins pessimiste de la loi. Dans le grand quotidien de Taipei China Times, la remarque fut faite que la loi anti-sécession contenait des éléments positifs pour Taiwan. Enfin, en Chine populaire, des esprits ont susurré à quelques diplomates européens — nous les avons rencontrés — que la loi anti-sécession est beaucoup moins belliciste qu’il n’y paraît. Cette concordance entre les têtes froides de Taipei et de Pékin suggère une lecture intéressante.
Ainsi, cette loi d’apparence univoque fait ressortir l’art de gouverner à la chinoise : avancer masqué vers les buts réels, toujours jouer sur deux plans, identifier des ennemis, réels ou factices. Cette lecture fait également ressortir les aléas du timing, que le président chinois Hu Jintao ne maîtrise pas entièrement.
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